Des centaines d’alpinistes étrangers accompagnés pour la plupart de leur guide sont actuellement bloqués dans la région du Manaslu (8163 m), 8e plus haut sommet du monde, qu’ils viennent de gravir cette semaine. La raison ? Un blocage mis en place par les locaux qui réclament un accès égal aux hélicoptères. Car à ce jour, un touriste étranger peut obtenir un permis de vol en quelques minutes seulement, tandis que les habitants de la région doivent généralement attendre une semaine ou plus. Même en cas d’urgence médicale.
Samagaon, Népal. À quelques kilomètres du camp de base du Manaslu (8163 m), les locaux empêchent les hélicoptères d'atterrir. La centaine d'alpinistes ayant atteint le huitième plus haut sommet du monde cette semaine devra donc attendre avant de rentrer à Katmandou. Ou devra descendre à pied dans la vallée, inaccessible par la route, lorsque les conditions météorologiques le permettront, une tempête étant prévue d’ici quelques jours.
Les revendications des habitants sont claires : exiger la levée des restrictions de transports aériens imposées depuis longtemps aux villageois de la région… alors que les touristes étrangers utilisent ce service sans faire face aux contraintes des locaux. « Nous avons besoin d'une autorisation pour faire venir des hélicoptères, même en cas d'urgence médicale, et parfois les gens meurent en attendant », a déclaré Karma Lama, président de la circonscription n° 1 de la municipalité rurale de Tsum Nubri, à Everest Chronicle. « Nous sommes traités comme des étrangers dans notre propre pays. Les restrictions n'ont fait que nous compliquer la tâche ».
« Les habitants ne font que réclamer leurs droits fondamentaux »
De telles restrictions ont lieu en raison de la situation géographique du village de Samagaon, et plus généralement de la région du Manaslu. Cette dernière bordant la Chine est située dans une zone réglementée. D’où la difficulté pour les locaux d'obtenir un permis de transport aérien. À noter que ces zones réglementées sont rentables pour le gouvernement népalais, car les touristes étrangers doivent payer un permis de trekking pour y pénétrer.
Rajendra Bajgain, membre du Parlement, a expliqué à ExplorersWeb que la zone avait subi des restrictions par le gouvernement Népal afin d’empêcher les guerriers de la tribu des Khampas de faire passer des armes au Tibet pendant le soulèvement de 1959. « Mais ce conflit est terminé depuis longtemps et les habitants de cette région montagneuse sont des agriculteurs qui possèdent de petits lopins de terre. Ils sont très pauvres », a-t-il ajouté. « De leur côté, les étrangers y ont un accès facile. Les habitants ne font que réclamer leurs droits fondamentaux. Ce sont aussi des êtres humains. Le gouvernement doit trouver une solution pour que les habitants puissent quitter librement la région en cas de besoin ». Il demande également à l’Autorité nationale de l’aviation du Népal d'autoriser les hélicoptères qui déposent des touristes étrangers sur les pentes du Manaslu et reviennent très souvent à vide à prendre des locaux sur le chemin du retour.
Le bureau d'administration du district de Gorkha (où se situe le village de Samagaon) a publié une lettre ouverte demandant au gouvernement et au ministère de l'Intérieur népalais de répondre à toutes ces demandes. Sans quoi, ces derniers menacent d’empêcher les hélicoptères d'atterrir indéfiniment.
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