Ce dimanche de Pâques, l’alpiniste et pilote d’hélicoptère Simone Moro reçoit un appel de détresse depuis l’Annapurna (8091 mètres). Un alpiniste ukrainien souffre du mal aigu des montagnes et d’épuisement. Il est bloqué au camp III, à 6 550 mètres d’altitude. L’opération s’annonce délicate. Si l’Italien connaît l’Annapurna pour l’avoir gravi par la voie française, il n’a encore jamais atterri sur la zone de secours, sur l’arête hollandaise. Il va pourtant risquer sa vie, comme sur chacune de ses interventions dans l’Himalaya. Récit d’un sauvetage à haut risque.
« Ils [l’agence Seven Summit Treks, en charge de l’expédition] m’ont dit que l’alpiniste était au camp III, mais je n’y avais encore jamais atterri » nous confie Simone. Si l’Italien est aujourd’hui pilote d’hélicoptère, il est aussi un himalayiste reconnu, nommé deux fois au Piolet d’Or Asie pour ses ascensions hivernales du Makalu en 2009 et du Gasherbrum II en 2011. Il a déjà gravi l’Annapurna, mais par la voie française, pas par l’arête hollandaise où se trouvait l’Ukrainien.
« Je savais où étaient les camps. J’ai localisé la face et je suis monté au camp III. L’aire d’atterrissage était minuscule, et le vrai problème, c’était le vent très, très fort ».
Voler en hélicoptère dans l’Himalaya est une mission à haut risque. Le relief escarpé complique la navigation, les systèmes météorologiques peuvent se former en quelques minutes, et l’air raréfié réduit considérablement la portance des pales. À ces altitudes, les appareils frôlent la limite, laissant peu de marge d’erreur.
« Il faut être prêt techniquement, physiquement, et aussi mentalement », expliquait un autre pilote italien, Maurizio Folini, au site PlanetMountain. « En vol, on se sent en contrôle grâce à la machine dont il faut connaître les moindres détails. Et l’expérience vous permet de composer avec le vent, l’altitude, les nuages... »
Impossible de faire un test de vol stationnaire
Sur la route de l’Annapurna, à environ 270 kilomètres à l’est de l’Everest, Simone Moro fait face à de violents vents rabattants qui rendent l’approche instable. Impossible de faire un test de vol stationnaire – une manœuvre de test pour savoir si l’hélicoptère a assez de puissance pour se poser – il choisit plutôt de viser une étroite vire sur la montagne.
« J’aime garder une certaine vitesse en approche : ça demande moins de puissance et stabilise le nez de l’hélicoptère. Franchement, la zone d’atterrissage était minuscule, je devais faire attention à ne pas heurter la glace avec les pales ».
Au Népal, tous les vols doivent se faire à vue, selon la réglementation VFR (Visual Flight Rules), ce qui signifie que le pilote doit en permanence avoir une bonne visibilité. Une règle de bon sens, surtout ici où, comme le disent les pilotes locaux : « Dans les nuages népalais, il y a toujours un rocher caché ».
En 2023, Moro avait été temporairement interdit de vol après un atterrissage au camp III de l’Everest, à 7 000 mètres. Les autorités avaient jugé qu’il avait dépassé le plafond autorisé pour son appareil. Il a depuis récupéré sa licence.
En question, le niveau des alpinistes des expéditions commerciales
Cette fois, sur l’Annapurna, Simone parvient à se poser sur une petite corniche. Les pales encore en rotation, l’équipe embarque rapidement l’alpiniste avec quelques bouteilles d’oxygène vides. Moro attend une accalmie pour redécoller et redescendre jusqu’au camp de base, à 4 130 mètres.
Une journée de travail parmi d’autres pour Simone et les quelques dizaines de pilotes chevronnés qui assurent ces missions dans l’Himalaya. Tous sont employés par des compagnies d’hélicoptère basées à Katmandou, au service des expéditions pendant la haute saison. Le reste du temps, ils assurent les rotations entre la capitale et les camps de base, transportant matériel et alpinistes. L’Italien fait partie des rares étrangers à venir chaque année prêter main-forte aux pilotes népalais. Quelques heures après son intervention, un autre pilote a réussi deux hélitreuillages depuis le même camp.
Cette saison, dix opérations de sauvetage ont déjà eu lieu depuis le camp III de l’Annapurna, selon le site ExplorersWeb. Ce qui ne va pas sans soulever la question du niveau des alpinistes qui s’engagent dans ces expéditions commerciales. Sans doute comptent-ils un peu trop sur l’usage des hélicoptères.
À cette question, Simone se contente de répondre : « Ce n’est pas une mission qu’on peut réaliser tous les jours ni confier à n’importe qui, mais c’est le travail que nous avons choisi. Et je suis heureux de le faire ».
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€










