Ce sont les plus vulnérables face aux dangers de l’Everest : les icefall doctors. Chargés de sécuriser une partie de la voie normale, du camp au base au camp I, ils passent de longues heures dans les dédales du redoutable glacier du Khumbu. Un lieu propice aux avalanches et chutes de séracs où seize sherpas avaient péri il y a dix ans, presque jour pour jour, le 18 avril 2014. Et cette année, leur tâche a été particulièrement ardue. La faute à un hiver très sec les ayant contraint de retarder la date d'ouverture à mi-avril. Rencontre avec ces travailleurs de l’ombre. Sans qui grand nombre d’expéditions commerciales ne pourrait tout simplement pas rejoindre le toit du monde.
Ils s’appellent Ang Sarki Sherpa, Dawa Nuru Sherpa, Pemba Tshering Sherpa, Ngima Tenzi Sherpa, Ngawang Chimmi Sherpa, Dawa Chirri Sherpa, Dawa Jangbu Sherpa et Mingma Gyaljen. Leurs noms vous sont certainement inconnus. Pourtant, sans eux, la plupart des expéditions commerciales seraient incapables de franchir le glacier du Khumbu séparant le camp de base du camp I.
Le rôle fondamental des "icefall doctors"
4 mars 2024. On commence à s’agiter sur les pentes de l’Everest. Les expéditions commerciales ne sont pourtant pas encore là. À l’œuvre, une équipe composée de huit icefall doctors. Ces Sherpas, tous des alpinistes chevronnés dont le nombre ne varie pas ces dernières années (ils ont pu être jusqu'à 10 ou 12 dans le passé), sont sélectionnés et rémunérés par le Sagarmatha Pollution Control Committee (SPCC), une organisation qui, à l'origine, s'occupait uniquement de la protection de l'environnement dans le parc national de l'Everest. Depuis 1997, le SPCC est également responsable de l'itinéraire à travers la cascade de glace du Khumbu pour le compte du gouvernement népalais. Chaque membre d'une expédition doit payer 600 dollars pour remunérer ces Sherpas experts. Certains exercent dans cette unité spéciale depuis des lustres. C'est le cas d'Ang Sarki Sherpa, sur le terrain depuis 2008. Agé de 52 ans, il est actuellement le vétéran de l'équipe.
Le rôle des icefall doctors ? Trouver et sécuriser un itinéraire pour travers le glacier du Khumbu. Et maintenir ce passage en état pendant toute la saison. Au total plus d’une soixantaine d’échelles – et d’innombrables cordes fixes – sont accrochées à la glace et vérifiées chaque jour jusqu’à fin mai. Avant d’attaquer leur périlleuse tâche, ils ont suivi une formation d’une semaine au Khumbu Climbing Center à Phortse, un village non loin du camp de base de l’Everest, à 3840 mètres d’altitude, village qui compte la plus forte densité de Sherpas alpinistes sur l'Everest. Plus de 80 de ses habitants ont déjà foulé le Toit du monde. Parmi les formateurs présents, Conrad Anker, emblématique alpiniste américain.
Une tâche particulièrement ardue cette année
La mission des icefall doctors est plus que délicate. Surtout quand on sait que le glacier est en perpétuel mouvement – l’itinéraire de la saison dernière n’existant plus. Il leur faut donc en créer un nouveau, en slalomant entre de nombreuses crevasses, parfois cachées par de précaires ponts de neige. Le tout en s’exposant le moins possible aux avalanches et chutes de séracs. Une autre équipe de Sherpas aura la charge de sécuriser la partie supérieure de l’ascension, du camp I jusqu’au sommet.
Et même si cette mission est plutôt bien rémunérée (environ 2 500€ pour 2 à 3 mois passés sur le glacier, dans un pays où le salaire moyen est proche de 50 € par mois), les accidents sont fréquents. Il faut en effet savoir que les clients des expéditions commerciales font tout pour passer le moins de temps possible sur ce glacier réputé pour sa dangerosité, lieu de travail des icefall doctors. Tous les locaux ont en mémoire la terrible avalanche de 2014. Elle avait emporté seize Sherpas.
Cette année, leur tâche a été particulièrement ardue. La faute à un hiver particulièrement sec, le manque de neige ayant rendu la mise en place d’échelles plus complexe que prévue. L'Everest a donc ouvert aux expéditions commerciales avec une semaine de retard. Et une fois la saison terminée, les icefall doctors enlèveront cordes, broches à glace et échelles. Puis rentreront chez eux. Avant de revenir, pour la plupart, la saison suivante.
Un documentaire : "Icefall doctors : Guardians of Everest"
Seuls quelques "icefall doctors" sont devenus célèbres au-delà du Népal. Parmi eux, Ang Nima Sherpa, décédé en 2013. Pendant 37 ans, il a gagné sa vie dans la cascade de glace du Khumbu. En 2021, l'aventurier et cinéaste américain Sean Bench lui a consacré son documentaire "The Icefall Doctor". Salué par quatre prix, il est disponible en VOD.
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