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climbingsevensummit camp de base de l'Everest
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Everest : les prestations de luxe sur le camp de base dans le collimateur du Népal

  • 27 février 2024
  • 7 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

Ecrans plats, salons de massage, barista, marchand d’art… certains alpinistes très fortunés ne s’imaginent pas affronter l’ascension du toit du monde sans le « confort minimum ». Ca tombe bien, depuis quelques années, une poignée d’agences leur offrent tous ces services, moyennant finances. Un juteux business que vient de remettre en cause le Népal. Officiellement pour des raisons environnementale. A moins que Katmandou en ait après les opérateurs occidentaux, majoritaires sur ce petit marché du luxe ? s’interroge Alan Arnette, l’un des meilleurs chroniqueurs contemporains de l’Himalaya.

Mise à jour (jeudi 14 mars). Les nouvelles réglementations visant à limiter le luxe excessif sur l'Everest ont fait tellement débat... que les autorités sont revenues sur certaines de leurs décisions !
A savoir :
- l'obligation d'utiliser des convois de yaks plutôt que des hélicoptères pour acheminer le matériel a été supprimée, les pourvoyeurs ayant du mal à trouver suffisamment de yaks à Syanboche, à deux jours du camp de base. Et les charges à transporter étaient trop lourdes pour les animaux. La situation ne pouvait qu'empirer lorsque les alpinistes ont commencé leurs rotations vers les camps supérieurs en avril. À cette époque, les besoins en fournitures, notamment en bouteilles d'oxygène, augmentent.
- les hélicoptères pourront donc voler jusqu'au camp de base, sous surveillance.
- les hélicoptères atterriront et décolleront à partir de trois héliports situés au camp de base de l'Everest. Au-dessus de cette altitude, ils ne pourront effectuer que des missions de sauvetage.
- la taille des tentes au camp de base a été également soumise à de nouvelles limites plus souples. Les tentes repas pourront avoir une superficie de 5,5 mètres carrés par personne. Chaque tente de couchage pourra avoir 7,4 mètres carrés par personne. 
- si les trekkeurs et les visiteurs ne sont toujours pas autorisés à passer la nuit au camp de base, les alpinistes peuvent néanmoins héberger leurs amis et leurs sponsors. 
Les autres mesures annoncées ci-dessous restent inchangées. 

Du jour au lendemain, raconte Alan Arnette, le Népal a annoncé qu’il adoptait de nouvelles règles limitant les "produits de luxe" proposés par les opérateurs sur le camp de base de l'Everest, mais aussi sur le Lhotse, le Nuptse et l'Ama Dablam. Et ce avec application immédiate, autrement dit, la saison 2024. Pourquoi ? Les autorités ont invoqué leur volonté de réduire l’impact des expéditions sur l'environnement. Soit. Surprenant tout de même quand on constate que Katmandou ne cesse, saison après saison, d’autoriser un nombre croissant de grimpeurs sur ce site, s’insurge l’expert américain, fin observateur de l’activité himalayenne depuis plusieurs décennies.

https://youtu.be/Zxg8Ect9fkw?si=obxMUxcesxgeCKth

« Produits de luxe » : de quoi parle-t-on exactement ?

« Il semble que les autorités se concentrent sur l'empreinte carbone de chaque équipe et de ses membres », explique Arnette. « Par exemple, la taille des chambres et des salles à manger et le nombre de tentes toilettes ». Important quand on sait que la taille des équipes peut varier de moins de 20 personnes à plus de 200. Et qu’elles sont nombreuses à occuper un grand espace au pied de la cascade de glace du Khumbu.

« Chaque équipe dispose généralement d'au moins une tente pour cuisiner, manger, dormir et d’un coin toilettes. D'autres ajoutent des tentes pour le stockage et d'autres besoins. Mais ce qui semble être dans le collimateur des autorités népalaises, c’est la prolifération de grands dômes et de tentes de toilettes personnelles attachées à des dômes plus petits dédiés au couchage. Jusqu’en 2015, la plupart des tentes de couchage étaient des North Face VE-25 à trois places. Aujourd'hui, ce sont les grandes "Box Tents" qui ont le vent en poupe. Elles permettent à une personne de se tenir debout, et beaucoup sont équipées de lits de camp pour dormir et parfois même d'une table de travail et d'une chaise.

Pour modifier son règlement, le Népal s’appuie une ancienne règle, appliquée jusque-là de manière inégale, et qui n'autorisait à dormir au camp de base que les alpinistes ayant un permis. Mais elle est durcie encore par une nouvelle règle interdisant les tentes dites à "usage commercial". A savoir, les salons de massage, les cafés, les boulangeries, notamment. Mais aussi les marchands d'art (sic !) qui y ont déjà fait leur apparition. Sans parler de l’arrivée d’un musée une année, note Alan Arnette.

On notera que les « tentes toilettes » attachées à une tente de couchage sont désormais interdites. De même, que les tentes-cabines au-dessus du camp de base. Enfin, les hélicoptères ne peuvent plus transporter de matériel jusqu'au camp de base. A leur place, les équipes devront utiliser des yaks, comme au bon vieux temps. Une mesure dont la plupart des alpinistes ne se plaindront pas et qui devrait sérieusement calmer la frénésie de luxe qui s’est emparée de certaines expéditions ces dernières années. Il va désormais être un peu plus compliqué de transporter à dos d’animal les téléviseurs à écran géant si prisés par certains à 5364 mètres d’altitude !

Mais la planète devrait s’y retrouver, considère le Népal, conscient de l'impact environnemental des vols en hélicoptère ou de l'utilisation de générateurs. Sans parler, sur ces expéditions haut de gamme, de l'augmentation du nombre d'alpinistes de soutien, généralement des Sherpas et du problème des excréments ainsi générés sur l'Everest. L'utilisation de sacs WAG, pourtant obligatoire maintenant, étant loin d’être en vigueur chez tous les opérateurs, loin de là.

Voir cette publication sur Instagram

Une publication partagée par Robb Report (@robbreport)

Que proposent les agences aux VIP ?

Une poignée d'opérateurs offrent des services très haut de gamme que l'on pourrait classer dans la catégorie du luxe, explique Alan Arnette qui a fait un tour d’horizon de leurs prestations. Très complètes au niveau sécurité, équipement, communication, formation, transport ou encadrement – c’est la moindre des choses vu leurs tarifs, elles proposent toutefois des "plus" assez surprenants à une telle altitude !

« Seven Summits Treks 

« Cette agence propose l'expédition 'VIP Everest 2024'. Les prix ne sont plus affichés sur leur site web, mais la dernière fois qu'on a pu les y voir, ils s'élevaient à 130 000 dollars », raconte l’expert. « Ils sont probablement plus élevés aujourd'hui, plus proches des 200 000 dollars.» Leurs' plus' par rapport à une expédition standard ? En voici quelques exemples, tels que décrits sur le site web de l'expédition 2024 :

  • Un cuisinier privé, dédié exclusivement à un client
  • Des lodges améliorées (toilettes attenantes)
  • Un photographe / vidéaste personnel pendant toute la durée du voyage
  • Des légumes verts frais et sains, de la viande fraîche, des fruits, des boissons non alcoolisées et des jus de fruits seront servis régulièrement pendant toute la durée de l'expédition grâce à des vols en hélicoptère
  • Une tente de luxe Big Dome blanche pour les repas, le café et la détente
  • Une boulangerie et un bar au camp de base pour les membres de l'équipe de Seven Summit Treks
  • Chauffage au camp de base dans chaque tente pour les membres
  • Un téléviseur 42'' avec antenne satellite au camp de base avec lecteur DVD et projecteur
  • Une tente de relaxation personnelle au basecamp pour les membres, un espace où s'adonner au yoga, à la méditation, au massage de la tête et des pieds, à la lecture et à d'autres activités apaisantes.

Furtenbach Adventures

Une autre option haut de gamme est proposée par la société autrichienne Furtenbach Adventures avec ses Signature Everest Expeditions, poursuit Alan Arnettte. "Pour 217 000 dollars, vous ajoutez à leurs voyages standard un haut niveau de service. Furtenbach est l'une des rares grandes compagnies de guides qui détaille sur son site web comment elle garantit une expédition durable. Elle prétend avoir une empreinte carbone faible, voire négative."
Parmi ses nombreux services VIP, on retiendra la présence dans son vaste package d'une tente dôme chauffée de 80 m2 avec salle de bain privée au camp de base.

Climbing the Seven Summits 

Avec son option de voyage haut de gamme appelée "8848- The Residence" ( supplément non spécifié s'ajoutant aux frais standard qui varient entre 50 000 et 120 000 dollars),c’est sans doute l’agence qui affiche le plus de « petits détails » 100% luxe.

  • Une salle de bain privée avec douche chaude
  • Des WC et lavabo privés avec miroir
  • Un poêle chauffant personnel
  • Un lit king-size avec une couette et des oreillers
  • Des pyjamas unichill
  • Une table et une chaise pour "créer un espace de travail privé permettant aux professionnels et aux dirigeants d'entreprise d'utiliser de manière productive leur précieux temps de repos au camp de base. Ce, afin de pouvoir continuer à gérer leurs obligations professionnelles ou simplement pour rester en contact avec leurs amis et leur famille et mettre à jour les médias sociaux."
  • Une commode et un porte-vêtements
  • Un sol surélevé et recouvert de moquette pour s'isoler du glacier
  • Un humidificateur personnel
  • Un porte-chaussures
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Une publication partagée par Michael Hamill (@climbingthesevensummits)

Cette règlementation est-elle applicable ? Et efficace ?

C'est la question que se pose Alan Arnette. L'expert a en effet demandé à Mike Hammil, fondateur et dirigeant de « Climbing the Seven Summits » (CTSS), ce qu'il pensait de ces nouvelles règlementations. Cette agence, qui propose certaines des prestations les plus haut de gamme sur l'Everest manque certainement d'objectivité, reste qu'elle est connue pour être l'une des plus engagées au niveau environnemental et que certains de ses arguments laissent songeurs sur les intentions du Népal, comme l'explique ici Mike Hammil à Alan Arnette.

" Ces 'restrictions' nous ont été imposées sans aucune discussion ni consultation avec nous, en tant qu'acteur clé du secteur, et sans aucun avertissement, à seulement six semaines de l'expédition. Malheureusement, la façon dont les restrictions sont structurées, nous ne pouvons que les considérer comme une attaque directe contre notre entreprise plutôt que comme un moyen réaliste, positif et constructif de réduire l'impact environnemental de l'industrie, dont nous avons toujours été à l'avant-garde.

Il serait utile que les entreprises comme CTSS comprennent exactement comment ces restrictions de dernière minute vont préserver "la culture et l'environnement" et comment elles s'attendent à ce que nous les mettions en œuvre. Qui prend ces décisions pour l'ensemble du secteur sans l'avis des opérateurs qu'elles visent, comme nous ?

En outre, elles ne sont pas applicables ; par exemple, comment réduire l'espace de la tente-restaurant à la taille irréaliste de 3 m2 par personne ? Cela signifie-t-il qu'il n'y a même pas assez d'espace pour que chaque personne puisse occuper une seule chaise ? Le fait de ne pas permettre à notre barista de faire du café (inclus gratuitement dans notre service, ce qui n'est pas commercial) ne fait que priver de travail notre équipe népalaise employée localement. En quoi le fait d'avoir des toilettes attenantes où les déchets sont transportés et éliminés exactement de la même manière que dans les toilettes de notre équipe fait-il une différence ? Les gens vont aux toilettes à la même fréquence.

Il ne semble pas que les motifs qui sous-tendent ces propositions de règlement soient très clairs ou qu'ils correspondent vraiment à l'objectif qu'ils prétendent atteindre.(...)
D'après ce que j'ai compris, la plupart de ces mesures font suite à des pressions de la part des propriétaires de maisons de thé à Namche, qui craignent que moins d'alpinistes redescendent dans la vallée pour utiliser leurs services avant la rotation au sommet, et de la part des pourvoyeurs locaux qui ne veulent pas de la concurrence de services plus haut de gamme avec lesquels ils ont du mal à rivaliser et qui recourent donc à des tactiques de guérilla.

Pour être honnête, cela ressemble à une gifle et nous pousse à remettre en question le fait d'opérer au Népal, où les attaques, déguisées en règlements, sont imposées arbitrairement à la dernière minute. Il semble qu'il s'agisse d'une tactique courante utilisée par les opérateurs népalais pour entraver la concurrence. »

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