Dans le village savoyard du fond de la vallée de Bozel, les habitants ne dorment pas sereinement, sous la menace du lac glaciaire du Grand Marchet, formé en 2020. Pour éviter de le voir s'ajouter à la liste des communes sinistrées par des éboulements ou des crues – après La Bérarde il y a un an et Blatten, en Suisse, plus récemment, la préfecture de Savoie a entrepris des travaux afin d’éviter le pire scénario.
Quelle est la situation aujourd’hui ?
Le village de Pralognan-la-Vanoise se trouve dans le parc national de la Vanoise, en Tarentaise, à environ 1 500 mètres d’altitude. Il compte à peine plus de 700 habitants, et est ancré au confluent des vallées glaciaires de la Glière et de Chavière. Deux rivières – le Doron de Pralognan et le Doron de Chavière – se rejoignent dans la commune. En amont du village, à environ 2 900 mètres d’altitude, se trouve le lac glaciaire du Grand Marchet, formé au pied du glacier du même nom.
Le lac du Grand Marchet concentre aujourd’hui toute l’attention. « Une vidange soudaine est possible, avec 50 000 à 70 000 mètres cubes d’eau qui s’écoulent d’un coup », alertait lors d’une conférence de presse David Binet, directeur de l’agence de restauration des terrains en montagne pour les Alpes du Nord, mardi 24 juin 2025. Si ce scénario se produisait, les deux rivières de Pralognan-la-Vanoise déborderaient aussi violemment que soudainement. Et ce n’est pas tout, car le lac glaciaire est perché à environ 2 900 mètres d’altitude. De cette hauteur jusqu’au village, environ 1 400 mètres plus bas, le déversement brutal de l’importante quantité d’eau emporterait tout sur son passage. Le village serait donc menacé, en plus des crues de ses rivières, par tous les débris charriés par les eaux, rochers et arbres compris.
Pourquoi s’aperçoit-on seulement aujourd’hui que le lac est dangereux ?
La formation du lac glacière du Grand Marchet est récente. Elle date de 2020, un grain de sable à l’échelle du temps. Il s’est formé en conséquence du réchauffement climatique, lui-même responsable de la fonte du glacier. Aujourd’hui, le problème réside dans l’instabilité de l’étendue d’eau, comme l’expliquait David Binet : « On sait que d’ici deux à trois ans, le lac pourrait changer de bassin versant à cause de la fonte du glacier ». Comprendre : déborder à cause d’un volume d’eau trop important. La course contre-la-montre est lancée, les températures augmentant chaque année un peu plus et avec elles, l’instabilité du lac.
Quelle est la nature des travaux envisagés par la préfecture de Savoie ?
Pour éviter que le lac ne se déverse sur Pralognan-la-Vanoise, la préfecture de Savoie a annoncé fin juin 2025 que des travaux seraient menés tout au long de l’été. Il est écrit, sur le site de la préfecture, que ces travaux consistent « à creuser un chenal dans la glace d’environ 110 mètres de long pour permettre au lac de se déverser vers le cirque du Grand Marchet ». L’idée est la suivante : engager une vidange progressive et contrôlée du lac afin de réduire son volume. Il existe un précédent, des travaux similaires avaient permis la vidange du lac glaciaire de Rochemelon en Maurienne en 2005 ou plus récemment celui du lac des Bossons à Chamonix en 2023.
Ce chenal sera réalisé « à l’aide de trois pelles mécaniques qui seront démontées, acheminées par héliportage et remontées sur site », peut-on encore apprendre sur le site de la préfecture. Une base-vie sera montée sur place, les opérateurs y seront aussi transportés par hélicoptère et y resteront toute la semaine, nuits incluses. Cette solution a été retenue pour limiter l’impact environnemental. En effet, le chantier se déroulera au cœur du parc national de la Vanoise, une aire protégée, et acheminer humains, machines et matériaux par les voies terrestres auraient durablement endommagé les sentiers et les écosystèmes à force d’allers-retours.
Le risque à Pralognan-la-Vanoise est-il le même qu’à La Bérarde ou qu’à Blatten ?
Les habitants des Alpes ont tous, en mémoire, les catastrophes de Blatten, en Suisse, et de La Bérarde, en Isère. Côté suisse, le glacier Birch s’est effondré le 28 mai 2025, rasant le village de Blatten, situé à 1 500 mètres d’altitude environ. Le risque était connu et les quelque 300 habitants avaient pu être évacués à temps. Un homme de 64 ans a toutefois été retrouvé mort mardi 24 juin 2025, il était porté disparu depuis l’effondrement du glacier. En ce qui concerne La Bérarde, environ 1 700 mètres d’altitude, le hameau a été dévasté par un torrent de pierres et de sable le 21 juin 2024. La fonte des neiges conjuguée à de fortes pluies ont conduit à une crue dévastatrice du torrent du Vénéon. Le village du massif de l’Oisans a, tout comme Blatten, était rayé de la carte. L’intervention des secours avait permis de n’enregistrer aucune victime.
Causes, altitude des villages, fonte des glaciers, crues, éboulements… les points communs ne manquent pas entre Pralognan-la-Vanoise, Blatten et La Bérarde. Aussi les autorités tentent-elles, par ces travaux, d’anticiper et d’éviter le drame. Toutefois, force est de constater qu’avec la catastrophe environnementale en cours, ce genre de problèmes devraient survenir de plus en plus fréquemment. Les travaux semblent n'être qu'un pansement sur une jambe de bois tant que nos sociétés ne s’attaqueront pas, en amont, au cœur du problème : le dérèglement climatique.
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