Si en France l’organisation des JO 2030, imposée sans consultation aucune, soulève une forte opposition, en Italie, où sont attendus les prochains Jeux d'hiver du 6 au 22 février 2026, et leurs alter ego paralympiques, du 6 au 15 mars, ils sont loin de faire l’unanimité non plus. Un an après l'ouverture des Jeux de Milan Cortina, aucun des objectifs de durabilité économique et sociale n'a été respecté, s’inquiète l’antenne italienne de Mountain Wilderness, réjoints par le CAI (Club alpin italien) ou encore la Cipra (Commission internationale pour la protection des Alpes. Les points qui blessent ? Ils sont nombreux. Et loin d'être résolus.
"Notre objectif, c'est que l'Italie apparaisse comme une merveille aux yeux du monde", expliquait avec enthousiasme le 6 février dernier le président du Coni (Comité national olympique italien), Andrea Varnier. Et Matteo Salvini, vice-président du Conseil italien et ministre des infrastructures et des transports de rappeler : "Pour ces Jeux, nous avons en charge la réalisation de 94 infrastructures au total, dont 45 sportives et 50 relevant des transports. Et elles pèsent au total 3,5 milliards d'investissements". Les chiffres sont vertigineux. Et les coûts tout autant, si l’on en croit le collectif "Open Olympics", mobilisé contre cet événement, et le dernier rapport d'associations telles que le CAI (Club alpin italien), la Cipra (Commission internationale pour la protection des Alpes) ou encore Mountain Wilderness. Publié dans Il Fatto Quotidiano, leur état des lieux est alarmant.
En février 2024 déjà, les opposants au projet étaient descendus dans la rue à Milan et Venise. Un signal d'alarme de plus alors que de grands chantiers prenaient du retard. A quelque 250 kilomètres de Milan, d'autres manifestants, à l'appel de mouvements tels qu'Extinction Rebellion, Fridays for future ou Mountain Wilderness, se rassemblaient devant le siège de la région Vénétie à Venise. Et tous de rappeler que le ministre de l'Économie italien lui-même disait "regretter" le choix du Comité international olympique (CIO) d'avoir choisi Milan et Cortina d'Ampezzo. Un an plus tard, les opposants n’ont pas lâché l’affaire.
Une enquête de satisfaction.... commandée par Coca Cola
Le CIO a eu beau publier le 11 mars dernier une étude mettant en évidence "le fort soutien des Italiens aux valeurs olympiques avant Milano Cortina 2026 », elle n'a pas convaincu grand monde… l’étude était commandée par Coca-Cola Italie, sponsor historique de l’événement. Il est vrai que les questions évitaient les sujets sensibles ( coût, impact sur l'environnement...) et se concentraient sur des points plus généraux, nettement plus fédérateurs. Parmi les conclusions : « L'étude montre également que les Jeux Olympiques captivent les Italiens de toutes les tranches d'âge, puisque sept personnes sur dix suivent l'événement avec passion et curiosité, dont 65 % des moins de 30 ans. L'enquête indique que 62 % des Italiens se disent fiers d'accueillir les Jeux de Milano Cortina 2026, et 59 % des personnes interrogées reconnaissent que l'événement peut renforcer le sentiment d'unité du pays. »
Plus sérieusement, à moins d'un an de l’inauguration des jeux, prévue le 6 février 2026 sur plusieurs sites, dont Milan et Cortina, ses opposants ont entrepris d'en évaluer les répercussions positives ou négatives. Pour ce faire, ils ont choisi de s’appuyer sur les objectifs inscrits dans les 127 pages du dossier de candidature italien. A savoir : au 6 Juin 2026, coût nul, 92% des ouvrages déjà existants ou avec de légères rénovations, événement durable, lutte contre le dépeuplement des montagnes, héritage, investissement dans la culture. De fait, qu’en est-il ? Les points clefs tels que résumés sur le site de Mountain Wilderness Italia.
Des Jeux olympiques à coût nul ? Coût final, 5 milliards et 720 millions d'euros
« En ajoutant les travaux en cours de définition aux coûts de gestion de l'énorme machine organisationnelle de la Fondation Milano Cortina 2026, les coûts s'élèvent à 5 milliards et 720 millions d'euros (contre 1,5 milliard indiqués dans le dossier de candidature). Des infrastructures qui n'ont rien à voir avec l'événement sportif ont été incluses dans les dépenses olympiques : travaux routiers, voies ferrées, aéroports, liaisons de ski. Le coût réel de l’événement olympique ne pourra être évalué qu’en 2028 ; seuls les travaux sportifs seront terminés dans les délais annoncés, soit moins d'un tiers des prévisions. »
Les infrastructures existantes ? Elles ont été en grande partie démolies
« La piste de bobsleigh et de luge de Cortina n'en est que l'exemple le plus frappant (démolition, rénovation, absence de plan de gestion, coût passant de 50 millions d'euros à 128 aujourd'hui). Les tremplins de saut à Predazzo et le centre de ski de fond de Tesero (Trentin), les pistes de biathlon à Anterselva (Haut Adige, de quelques millions d'euros à 53 actuellement), les pistes de ski alpin et les structures qui accueilleront les compétitions sur glace à Milan. Tout est nouveau, non seulement les structures existantes ont été démolies mais aussi le contenu le plus solide du dossier. »
La durabilité ? Disparue à coup de dérogations
« Le principal outil indiqué dans le dossier de candidature pour évaluer la durabilité environnementale et sociale de l'événement était l'EES (Évaluation Environnementale Stratégique), comme l'exigent la réglementation européenne et la législation nationale. La durabilité a disparu à la demande du gouvernement et de la Fondation, tout comme la transparence : les structures olympiques et les travaux associés ont tous été mis en commission, ils n'ont fait l'objet d'aucune évaluation d'impact environnemental, même partielle. En recourant à des dérogations, toute confrontation avec les territoires et les populations impliquées a été évitée, à tel point que les travaux ont été construits sur des situations à risque hydrogéologique grave : rocades, liaisons skiables, parkings, villages olympiques (Predazzo) en l'absence d'un processus participatif minimum, ce qui a conduit les huit associations environnementales nationales à abandonner la table de discussion avec la Fondation Milano Cortina 2026 le 14 septembre 2023. »
L'objectif de lutter contre le dépeuplement des montagnes ? Ridiculisé par les faits
« Dans les vallées les plus fragiles (Valtellina, Cadore) l'abandon se poursuit, voire s'est étendu à des zones touristiques matures comme Bormio, Livigno, Cortina, Valle di Fiemme. Les travailleurs sont introuvables car sous-payés, les jeunes locaux fuient parce que les territoires sont submergés par la monoculture touristique qui empêche toute autre opportunité d'emploi de haut niveau, les loyers et l'achat de logements sont transformés en mirage par les coûts élevés. Les services destinés à la santé publique, à l'école, aux transports publics et aux travaux de soutien à la montagne ont été supprimés. »
L'héritage ? Un objectif fort, réduit à peau de chagrin
« Chaque œuvre devait apporter un impact social positif sur les territoires, pas seulement en termes de soutien au sport. À ce jour, nous ne pouvons trouver de véritables espaces d'héritage que dans le village olympique de Milan qui sera transformé en résidence étudiante, sur les pistes de biathlon d'Antholz, dans le nouveau tronçon ferroviaire de la vallée de Riga, dans le Haut-Adige. Toutes les autres structures ont un héritage douteux. »
La culture ? Ecartée au profit d'inaugurations et de conférences
« Le dossier mentionne à 27 reprises l'importance d'un investissement dans les JO culturelles parallèlement à l'événement sportif. Aujourd'hui, nous n'assistons qu'à des célébrations politiques, à des inaugurations de structures publicitaires, à de minimes conférences d'auto-célébration, à quelques déplacements dans les écoles ou à l'implication d'entrepreneurs locaux : chambres de commerce, associations professionnelles, monde de la mode ou de la gastronomie. L'investissement dans les Jeux olympiques culturels ne faisait pas partie des objectifs poursuivis par la Fondation Milano Cortina 2026. »
« En tant que sportifs de montagne, il n'est pas agréable de mettre en avant ces questions critiques, nous aussi avons été bouleversés par la trahison que les dirigeants de la Fondation et le gouvernement ont imposée dans le dossier de candidature », concluaient les auteurs du rapport. «C’est avec une grande tristesse que nous assistons au bouleversement définitif de milieux naturels de grande valeur et d’une grande fragilité. »
Des conclusions qui ont fait vivement réagir la société Simico (Infrastructures Milan-Cortina), bras droit opérationnel du gouvernement italien sur les 94 chantiers des jeux. Dans une note adressée aux organes de presse italiens, elle s’est insurgée contre ce rapport qu’elle considère comme « diffamatoire », un « tissus d'instrumentalisations inacceptables ». L'avenir, et les chiffres, risquent de malheureusement prouver que cet état des lieux accablant est dans le vrai.
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