Parcours mythique aux dizaines de variantes, ce chemin qui, dans sa version la plus longue peut atteindre 960 km, peut aussi être abordé par tronçons nettement plus accessibles, à votre rythme. Le temps d'une semaine, ou fractionné sur plusieurs années. Question de disponibilité ou d'envie, explique notre journaliste qui l’a déjà parcouru trois fois, via le Chemin français, le Camino de la Plata et le Chemin anglais. Entre deux randos, il a posé son sac et partagé ses conseils.
Un encensoir en argent massif fumait en oscillant au-dessus de nos têtes, libérant un nuage épais et parfumé dans les voûtes gothiques. Huit prêtres, en robe de cérémonie, jouaient les contrepoids pour manœuvrer la corde grosse comme mon avant-bras. Mieux valait ne pas penser à ce qui arriverait si elle venait à céder : 80 kilos de métal chauffé et de braises se déversant sur les fidèles massés dans la nef…
Cette scène impressionnante, tout droit sortie d’un roman, marquait pourtant la fin bien réelle d’un mois de marche sur le chemin de Compostelle, un pèlerinage catholique autrefois au cœur de l’Europe médiévale, aujourd’hui revisité comme une expérience spirituelle, sportive, ou simplement personnelle.

Pourquoi marcher vers Compostelle aujourd’hui ?
Si les motivations religieuses existent encore, la majorité des marcheurs d’aujourd’hui empruntent le Camino pour des raisons très diverses : besoin de couper avec la routine, quête intérieure, défi physique… Pour moi, un mois de marche représentait un beau challenge – exigeant, mais à ma portée. Loin du tumulte quotidien, des écrans, du boulot et des réseaux, j’ai enfin pris le temps d’écouter mes pensées. Une forme de spiritualité, elle aussi.
Comme dans toute itinérance, le chemin impose une certaine discipline physique et mentale, et instaure un rythme simple, presque méditatif. Ce retour au minimalisme séduit de plus en plus : on est passé de moins de 10 000 marcheurs sur le Camino Francés en 1992 à plus de 190 000 en 2012. En 2023, ils étaient environ 442 000 et près de 500 000 en 2024. Chacun l’aborde à sa façon. Mais que vous soyez du genre en préparer vos randos dans le moindre détail ou à prendre votre sac sur un coup de tête, quelques points clefs sont bons à connaître.

Bien se préparer : faites simple
Inutile de se noyer dans les préparatifs : Compostelle n’est pas un trek engagé. L’un de ses charmes, c’est qu’on peut en partie l’improviser. Un guide de base, comme ceux de l'agence française des chemins de Compostelle suffit largement pour connaître les étapes, les points d’intérêt et ajuster son rythme. Les fans d'applis pourront aussi se référer à la sélection réalisée par la rédaction d'Outside.
La réalité, c’est que votre itinéraire changera en cours de route. Vous rencontrerez des compagnons de marche, aurez envie de prolonger une étape, ou de passer l’après-midi à contempler la rivière… Grâce à l’infrastructure en place (gîtes, points d’eau, villages), inutile de tout planifier.
Techniquement, il ne s’agit pas d’une randonnée difficile : la plupart du temps, on marche sur des pistes carrossables, des sentiers bien balisés ou des routes secondaires. Si vous ne randonnez pas souvent, une petite heure de marche quotidienne en amont suffira, à condition de bien roder vos chaussures. Et puis, comme on le dit souvent : la meilleure préparation... c’est la première semaine du Camino.
Le matériel de base : partez léger
L’équipement dépend bien sûr de la saison, mais la règle d’or reste la légèreté. Votre sac ne doit pas dépasser 10 à 15 % de votre poids corporel. Voici une base efficace :
- Un sac de 30 à 40 litres, bien ajusté
- Une gourde ou poche à eau (2L si possible)
- Votre crédencial (passeport de pèlerin), carte d’identité, carnet de notes et stylo dans un sac étanche
- Une trousse de toilette minimaliste, sans maquillage, avec savon biodégradable, crème solaire, et pourquoi pas rasoir… mais beaucoup s’en passent pour alléger le sac
- Une mini trousse de secours : antalgiques, désinfectant, pansements, compresses, aiguilles stériles (pour les ampoules). Les pharmacies sont nombreuses sur votre route, pas besoin d’emporter plus
- Deux t-shirts techniques, deux pantalons légers (type zip-off), trois sous-vêtements et paires de chaussettes (lavage quotidien)
- Des vêtements adaptés à la météo : sous-vêtements en laine mérinos, polaire, veste imperméable et coupe-vent, surpantalon, housse de sac
- Des chaussures de randonnée légères ou des sandales de marche (hors itinéraires plus techniques comme le Camino Primitivo). Et une paire de tongs, idéale pour le soir
- Le strict minimum en électronique : téléphone, appareil photo. Laissez ordis et tablettes à la maison
- Un set de vaisselle léger : couverts de bivouac, couteau, assiette, bol et tasse. De nombreux gîtes ont des cuisines, et les repas partagés sont fréquents

Les 7 principaux itinéraires
Camino Francés
Le plus populaire : paysages variés, hébergements fréquents, bonne ambiance. Départ : Saint-Jean-Pied-de-Port. 780 km environ.
Camino del Norte
Longe la côte nord, départ à Irún, passe par Bilbao, Santander, Oviedo. 820 km. Moins fréquenté, mais hébergements plus espacés, donc étapes plus longues.
Camino Portugués
Depuis Lisbonne, via Porto et Pontevedra, jusqu’à Compostelle. 610 km. Terrain plutôt plat, souvent proche de routes.
Via de la Plata
Le plus long : 1 000 km depuis Séville, suivant une ancienne voie romaine. Intéressant pour les amateurs d’histoire antique.
Camino Inglés
Depuis Ferrol ou La Coruña (où débarquaient les pèlerins anglais). Moins de 120 km, idéal pour une courte escapade.
Camino Primitivo
Depuis Oviedo, itinéraire plus montagnard, exigeant, souvent pluvieux. 290 km. Rejoint le Camino Francés à Melide.
Camino de Finisterre
Prolonge l’expérience après Compostelle jusqu’à Fisterra (55 km) ou Muxía (18 km en plus). Fin symbolique “au bout du monde”.
Les 3 mots à connaître
Crédencial : passeport du pèlerin, à faire tamponner à chaque étape (hôtel, église, mairie, etc.).
Compostela : certificat officiel délivré à Compostelle si vous avez parcouru au moins 100 km à pied. Disponible aussi pour les motivations « spirituelles » non religieuses.
Albergue ou refugio : hébergements pour pèlerins, publics, privés ou associatifs. Souvent en dortoirs, très bon marché (à partir de 5 €). Attribution par ordre d’arrivée, priorité aux marcheurs, puis cavaliers, puis cyclistes.
Un Camino chargé d'histoire, longtemps tombé dans l’oubli
Le chemin mène à Saint-Jacques-de-Compostelle, en Galice (nord-ouest de l’Espagne), où, selon la légende, repose l’apôtre Jacques. Dès le VIIIe siècle, la ville devient un haut lieu de pèlerinage chrétien. Au fil des siècles, des millions de pèlerins venus de toute l’Europe – nobles ou mendiants – y convergent, attirés par la promesse d’une réduction du purgatoire en échange d’un long périple. Le Camino tomba peu à peu dans l’oubli, avant d’être remis en lumière dans les années 1990 grâce à la littérature et au tourisme de randonnée.
Quand on parle du « Camino », on pense souvent à l’itinéraire principal : le Camino Francés, ou voie française. Il débute à Saint-Jean-Pied-de-Port, côté français, franchit les Pyrénées et traverse l’Espagne d’est en ouest à environ 100 km au sud de la côte cantabrique. Long d’environ 800 km, il passe par Pampelune, Burgos, León, et une myriade de petits villages.
Mais autrefois, on partait tout simplement… de chez soi. À force de convergences, certains itinéraires se sont imposés comme majeurs : Saint-Jean, par exemple, est devenu un point de passage obligé. Mais il existe des dizaines d’autres chemins à travers l’Europe : du Portugal, d’Angleterre, de Madrid… Aujourd’hui, face à l’afflux touristique sur la voie française, nombre de marcheurs redécouvrent ces alternatives plus calmes.
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