« Trop dangereux pour les alpinistes et les trekkeurs !», vient de conclure le gouvernement népalais. Suite à l’accélération de la fonte du glacier du Kumbu, due au réchauffement climatique, le camp de base sud situé à 5364 m, va devoir être déplacé près de 400 mètres plus bas d’ici 2026, voire 2024. De quoi changer la donne pour les expéditions.
Situé à la frontière du Népal et de la Chine, l’Everest compte deux camps de base. Sur le versant sud, le site népalais, proche du glacier du Khumbu, est de loin le plus populaire. En 2021, le gouvernement népalais aurait délivré 408 permis Everest à des alpinistes, mais le camp lui-même est aussi utilisé par des milliers de personnes qui font du trekking jusqu'au pied de la montagne. On estime ainsi que chaque année, 1500 personnes y transitent et y séjournent parfois pendant de longues semaines, dans l’attente de conditions propices à l’ascension vers le plus haut sommet du monde. Or il en va désormais de leur sécurité car depuis ces dernières années la fonte du glacier génère des crevasses de plus en plus inquiétantes et de plus en plus fréquentes, apparaissant parfois pendant la nuit. Au matin beaucoup d'alpinistes font une expérience glaçante : pendant leur sommeil, les fissures survenues brusquement sont telles, qu’ils auraient pu y tomber pendant la nuit.
"Nous nous préparons actuellement à relocaliser le camp, nous allons donc bientôt commencer à consulter toutes les parties prenantes", a déclaré à la BBC Taranath Adhikari, directeur général du département du tourisme du Népal. "Il s'agit essentiellement de s'adapter aux changements que nous y observons. Cette mesure est devenue essentielle pour la durabilité de l'activité d'alpinisme elle-même." Le camp se trouve actuellement à une altitude de 5 364 m. Le nouveau site, qui reste encore à définir, devrait être situé 200 à 400 mètres plus bas, dans une zone moins sensible à l’évolution du glacier, selon Taranath Adhikari.
Comme de nombreux autres glaciers de l'Himalaya, le glacier du Khumbu fond et s'amincit rapidement sous l'effet du réchauffement climatique, comme le mettait déjà en évidence en 2018 une étude menée par des chercheurs de l'université de Leeds. Les chercheurs ont en effet calculé que le glacier perdait 9,5 millions de mètres cubes d'eau par an, et que la zone proche du camp de base s'amincissait à un rythme de 1 m par an. "Nous avons constaté que le taux d'amincissement de la glace dans la zone du camp de base était plus élevé que dans certaines autres parties du glacier, car elle est recouverte d'une fine couche de roches et de débris de rochers", a déclaré Scott Watson, l'un des chercheurs, à la BBC.
La majeure partie du glacier est recouverte de ces débris rocheux, mais il y a aussi des zones de glace exposée appelées falaises de glace, et c'est la fonte des falaises de glace qui déstabilise le plus le glacier, explique-t-il. "Lorsque les falaises de glace fondent de la sorte, les débris de rochers et de pierres qui se trouvent au sommet des falaises de glace se déplacent et tombent, puis la fonte crée aussi des plans d'eau. "Nous constatons donc une augmentation des chutes de pierres et des mouvements d'eau de fonte à la surface des glaciers, ce qui peut être dangereux." Un changement déjà très clairement visible pour les alpinistes comme pour les autorités népalaises qui d’année en année voit grossir le ruisseau situé en plein milieu du camp de base.
Changement qui n’étonnera guère quand on examine les conclusions d’une étude publiée en début d’année dans la très sérieuse revue scientifique « Nature », qui rapporte que la glace du glacier du col sud (SCG) a rétréci 80 fois plus vite qu'elle ne s'est formée. Autrement dit, il n’aura fallu que 25 ans pour faire fondre une glace qui a mis 2000 ans à se constituer !
De son côté, Tshering Tenzing Sherpa, responsable du camp de base de l'Everest au sein du Comité de contrôle de la pollution de Sagarmatha (SPCC), a constaté que de forts craquements sont fréquemment entendus, suite au déplacement de la glace ou aux chutes de pierres. Avant de monter une tente au camp de base, explique-t-il, il était nécessaire d'aplanir la surface rocheuse qui recouvre la glace, et de répéter cette opération de temps en temps, au gré des mouvements du glacier. "Dans le passé », explique-t-il, la zone aplanie ne se retransformait qu'après deux ou trois semaines. Maintenant, cela se produit presque chaque semaine", s’inquiète-t-il.

En cause donc, le réchauffement climatique, mais pas que. Trop de gens occuperaient le site. Au plus fort de la saison, alpinistes et trekkeurs produiraient chaque jour environ 4 000 litres d’urine au camp de base. Sans compter que l’usage massif de carburants, kérosène et gaz brûlés pour cuisiner et se réchauffer ont certainement un impact sur le glacier.
Devant l’augmentation des risques, un nouveau site s’impose, admet également Adrian Ballinger, d’Alpenglow Expeditions, même si cela suppose, pour les alpinistes, de rallonger le temps d’ascension vers les camps suivants. Ce qui ne devrait pas les décourager pour autant, espère le Népal. Reste à définir le site, en concertation avec les communautés locales et toutes le parties concernées, et surtout le timing. Car si pour Tshering Tenzing Sherpa, du SPCC, le site actuel du camp de base est encore exploitable pendant encore trois ou quatre ans, malgré les problèmes actuels, les responsables népalais se montrent plus pressants et affirment que le déménagement pourrait avoir lieu d'ici 2024. Si tant ait que les calculs des experts soient justes, car la récente accélération des bouleversements climatiques a malheureusement montré que leurs prévisions pourtant très alarmantes étaient encore trop optimistes.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€










