Un an après avoir traversé la France verticalement, du Sud au Nord, sans GPS ni moyens motorisés, le traileur Fleury Roux repart le 31 mars sur une nouvelle ligne droite. Cette fois, il coupe l’Hexagone horizontalement, de l’Alsace à la pointe de Corsen. Dans la même logique, mais en se fixant plus de contraintes encore, histoire de corser ce parcours de 1 200 km. Un projet très personnel, plus complexe qu’il n’en a l’air.
Tracer une ligne et s’y tenir. Avec son nouveau défi, « Cap à l’Ouest », Fleury Roux, ex champion junior de courses d'orientation, poursuit son obsession pour l’exploration, en traversant la France d’Est en Ouest, sans GPS, au cœur d’un couloir de quatre kilomètres. Le principe n’est pas nouveau. L’exemple le plus marquant restant celui de Mike Horn qui en 1999–2000 avait bouclé un tour du monde à pied, à la voile et à la nage le long de l’Équateur. Plus de vingt-cinq ans plus tard, et toutes proportions gardées bien sûr, Fleury Roux poursuit la même quête : donner du sens à une ligne sur une carte. Un esprit joueur, qu’il partage avec son frère Corentin, cartographe, son compagnon de route sur la traversée de la Norvège, en 2022.
Un couloir de 4 km de large seulement
Trois ans plus tard, en avril 2025, Fleury Roux avait relié le pic Coma Negra, dans les Pyrénées, à Bray-Dunes, à la frontière belge. 1 334 kilomètres, 23 400 mètres de dénivelé positif, onze jours d’effort, sans GPS, uniquement à la carte, dans un couloir de cinq kilomètres. Ce projet, « Azimut Nord », avait posé les bases d’une méthode. Trois règles non négociables : rester dans un couloir étroit, s’orienter exclusivement à la carte, ne jamais utiliser de moyen motorisé. À l’arrivée, un constat s’imposait : la France, vue hors sentiers et hors balisage, est un terrain bien plus complexe qu’il n’en a l’air. Et si une ligne verticale pouvait raconter autant de choses sur un territoire, pourquoi ne pas tenter l’inverse ? Cette fois, ce ne serait plus un méridien, mais une latitude. Une France coupée horizontalement. D’Est en Ouest : son projet « Cap à l’Ouest ».
Sur la carte, cette traversée horizontale semble presque plus simple que la verticale. Moins de reliefs marqués, moins de grandes barrières naturelles. Trop facile ? Pas vraiment, car Fleury Roux choisit de durcir la règle. Son couloir de passage passe de cinq à quatre kilomètres de large, sans exception.
La contrainte d’un couloir de 4 km n’enlève rien à la liberté, bien au contraire !
Hors sentiers et hors balisage, chaque décision compte et l’orientation sur carte reprend tout son sens.
Et puis il y a la beauté de la trace !
Une ligne simple, imparfaite, mais unique
Enfin, il garde ses principes de base. L’orientation reste exclusivement sur des cartes papier. Ni GPS, ni moteur : il va avancer en enchaînant les disciplines, course à pied, gravel, natation ou kayak. « À cette latitude, poursuit-il, les difficultés ne sont pas tant liées au relief qu’à la densité du territoire. », nous explique-t-il.
Contrairement à un axe Nord–Sud, l’axe Est–Ouest coupe la France perpendiculairement à ses grands systèmes. En chemin, il va donc devoir composer avec des réseaux hydrauliques, des axes de transport, des zones industrielles et tout le maillage agricole. Des difficultés qu’il va rencontrer dès son départ, le 31 mars, depuis Erstein, dans le Bas-Rhin.
Là, c’est le Rhin qui s’impose comme une contrainte majeure. Large, canalisé, infranchissable hors ouvrages, il ne laisse que quelques points de passage possibles. Or, ces ponts sont rarement alignés avec la ligne d’azimut. Le choix du point de franchissement conditionne donc non seulement le début du projet, mais aussi les dizaines de kilomètres suivants. À cette contrainte s’ajoute la densité alsacienne. Entre les voies ferrées, les zones industrielles clôturées et les canaux (dont le canal du Rhône au Rhin), il va avoir fort à faire, sans parler des innombrables grillages qu’il va devoir contourner, comme il avait déjà pu le constater lors de sa traversée Sud-Nord.
Son gravel sur un matelas gonflable pour traverser la Moselle
Plus à l’Ouest, Fleury Roux pourrait espérer un peu de répit du côté de la Lorraine, de la Champagne ou du Bassin parisien. En réalité, c’est là que sa progression risque d’être plus lente. Les rivières y sont larges, encaissées, souvent bordées d’ouvrages aménagés. Les ponts sont peu nombreux, rarement situés dans l’axe exact de son tracé. « Je vais donc devoir franchir la Moselle à la nage. A ce stade, j’aurai déjà bouclé la partie course à pied – une étape de 90 km avalée dès le premier jour – et je serai passé au gravel. En gonflant au maximum mon matelas, je devrais pouvoir y arrimer mon vélo et traverser la rivière », nous explique-t-il.
À cela s’ajoutent les autoroutes, notamment l’A4, et les lignes SNCF clôturées qu’il a toutes les chances de croiser. De quoi rendre son avancée plus complexe que passer un col de moyenne montagne. Reste enfin la région parisienne. Même en contournant Paris intra-muros, la frange francilienne resterait l’un des secteurs les plus critiques du parcours, vu la densité urbaine qui risquent de le faire dériver de sa ligne, et les innombrables obstacles qu’il devra franchir dans son couloir de 4 km. Il a donc opté par un passage via Fontainebleau.
À l’Ouest, le bocage normand et breton impose un autre rythme. Face aux haies épaisses et aux clôtures agricoles, sa progression risque de devenir plus lente. Les rivières côtières sont courtes mais encaissées, avec peu de ponts utilisables dans l’axe. Là aussi, sur l’Elorne, il va devoir se mettre à l’eau mais en utilisant un kayak cette fois. Fleury Roux va donc devoir planifier finement son tracé. Enfin, en Bretagne, les passages privés pourraient l’obliger à faire quelques détours, à moins que sur place, les habitants se montrent accueillants, ce qu’il a pu apprécier lors de sa traversée verticale l’année dernière.
Pour la fin de son périple, attendue entre le 5 et le 7 avril, l’athlète laissera tomber son vélo et ses chaussures de course pour sauter dans son kayak pour atteindre la pointe de Corsen, point le plus occidental de l’Hexagone, l’aboutissement de son projet. Là, c’est la météo, les courants et les marées qui pourraient faire tomber son chrono.
Après sa verticale et son horizontale, une diagonale en ligne de mire
Mais peu importe, car si on a vu l’athlète remporter l’Himalayan Race en 2024, il est moins animé par la performance pure aujourd’hui que par sa passion pour l’orientation, la découverte de la France et une certaine idée de l’aventure. « Je suis surtout en quête de liberté », nous explique-t-il. « Je ne suis pas une trace, juste une ligne que j’ai choisie et des contraintes que je me suis posé. Quitte à pousser l’éthique à revenir sur mes pas pour me replacer dans mon couloir de 4 km, comme Mike Horn ! ». Une discipline qu’il devrait pousser encore plus loin sur sa prochaine ligne. Fleury Roux n’a pas encore entamé son Cap à l’Ouest qu’il songe déjà à une diagonale Est-Ouest entre les deux points les plus éloignés de France, au départ de Menton. « Une traversée beaucoup plus exigeante. Elle passe par les Alpes, le Vercors, le massif Central, la Bretagne", soit 1 083 km en ligne droite qui devrait me prendre un mois.
Verticale, horizontale, diagonale… trois lignes bouclées qui devraient lui fournir suffisamment d'images pour un documentaire, dit-il. En attendant, il cale les derniers détails de son périple, avec en ligne de mire un autre objectif : sa première participation aux championnat du monde de raids d'aventure. « Une discipline qui compte de très beaux circuits, mais moins connue aujourd’hui », dit-il, « Il faut aimer pratiquer l’outdoor et accepter d'être moins mis en avant que le trail. Mais c’est ce qui rend la discipline assez sympa ! »
Cap à l’Ouest mode d’emploi
• Le départ est fixé au 31 mars, depuis Erstein, dans le Bas-Rhin. L’arrivée est prévue entre le 5 et le 7 avril, à la pointe de Corsen, point le plus occidental de la France métropolitaine.
• Environ 1 200 kilomètres séparent ces deux points.
• La traversée se fera en plusieurs temps : les Vosges à pied, pour environ 90 kilomètres et 3 000 mètres de dénivelé positif ; le reste du parcours principalement en gravel et VTT, pour près de 1 100 kilomètres à raison de 200 km environ par jour ; et, en Bretagne, une courte mais symbolique section à la nage ou en kayak, rendue nécessaire par l’absence de pont dans le couloir.
• Comme sur Azimut Nord, Fleury Roux partagera l’aventure avec Pierre Martinez, tandis que Raphaël Masliah accompagnera certaines portions à vélo. Une aventure collective, mais sans assistance lourde – pas de tente, nuits chez l’habitants ou en gites, ravitaillement sur place - fidèle à l’esprit des projets précédents.
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