86 km et 3500 D+ par jour… pendant 40 jours ! Le tout avec une moyenne de cinq heures de sommeil par nuit, et une assistance minimalisme. Ce que vient de réaliser Tara Dower, qui vient d’établir un nouveau temps de référence sur l’Appalachian Trail (3534 km ; 141 732 D+), est tout simplement exceptionnel. De quoi abaisser de 13 heures le record détenu par la légende de l’ultra, Karel Sabbe. Notre journaliste a suivi l’ultra-traileuse américaine pendant son périple à travers les Etats-Unis.
« Avant Tara, seulement dix personnes avaient parcouru l'Appalachian Trail en moins de 50 jours, dont une seule femme », explique Liz Derstine, ancienne détentrice du record féminin (51 jours en 2020) qui a partagé quelques kilomètres en début de semaine avec Tara Dower sur le sentier. « Et Tara l'a fait plus rapidement que toutes les autres, y compris les hommes. C'est l'un des plus grands exploits de tous les temps. C'est énorme ».
« Je ne pouvais pas m’imaginer faire ça »
Au-delà des chiffres, ce qu’il faut certainement retenir du parcours de Tara Dower, 30 ans, c'est peut-être son ascension rapide et inattendue dans le monde l’ultra. L’histoire remonte à ses années étudiantes, il y a moins de dix ans. La jeune femme découvre alors le sentier des Appalaches dans un documentaire de National Geographic. De quoi la motiver, une fois son diplôme en poche, en 2016, à faire ses premiers pas sur cet emblématique itinéraire, pendant 120 kilomètres. « J'ai décidé d’arrêter parce que j’avais fait une crise de panique sur le sentier », nous a-t-elle raconté. « J'ai juré de ne plus jamais faire de randonnée et j'étais assez déçue de moi-même ».
Trois ans plus tard, en 2019, elle est pourtant de retour sur l’Appalachian Trail, accompagnée de son mari, Jonathan. Le couple ne cherche pas à aller vite. Ils bouclent tout de même ce thru-hike en un peu plus de cinq mois, un temps moyen. À cette époque, Tara Dower, qui avait vu un extrait de la performance de Karl « Speedgoat » Meltzer, à l'origine d'un record sur le sentier, en 2016, estimait qu’elle n’était pas faite pour ce genre de performance. « Il était si grand, si athlétique. Je pensais qu'il avait un corps parfait pour l'endurance », m'a-t-elle dit. « Je ne pouvais pas m’imaginer faire ça ».

« C’était une lutte permanente »
La pandémie l’a faite changer d’avis. Ainsi, après un déménagement à Hot Springs, en Caroline du Nord, une ville emblématique traversée par l’Appalachian Trail, Tara Dower s’est mise à courir dans les montagnes environnantes. La traileuse a même suivi Liz Derstine sur deux étapes lors de sa propre tentative de FKT sur la route nord de l’Appalachian Trail. De quoi l’encourager à traverser la Caroline du Nord en direction de l'est sur le Mountains-to-Sea Trail (1890 kilomètres), établissant un nouveau record de vitesse en un peu plus de 29 jours. « J’ai trouvé ça très dur et très long. C'était une lutte permanente », se souvient-elle. « Il ne m'est pas venu à l'esprit d'essayer un autre projet de ce type ».
Très vite, Tara Dower a accumulé un impressionnant palmarès – quatre victoires sur des ultra en 2021, plus un record de parcours sur le Devil Dog 100-miler (160 kilomètres) en 2022. Cette année-là, elle a établi un nouveau record sur le Benton MacKaye Trail (482 kilomètres), souvent considéré comme un Appalachian Trail miniature. Avant de pulvériser le record féminin du Colorado Trail (900 kilomètres) aux côtés de Liz Derstine.
Ce qui l’a grandement encouragée à planifier une tentative de record sur l’Appalachian Trail. L’année 2023 fut donc synonyme d’entraînement pour elle. Elle a notamment participé à la Hardrock (160 km ; 10 000 D+), dans le Colorado, terminant à la 4e place, soit sept heures derrière l'une de ses plus grandes inspirations, Courtney Dauwalter.
5 heures de sommeil par nuit, 86 kilomètres et 3500 de D+ par jour
L’un des secrets de la réussite de Tara Dower sur l’Appalachian Trail ? Sa vitesse constante, sans aucun doute. Car la plupart du temps, elle marchait moins vite que Karel Sabbe, l’ancien détenteur du record, mais elle parcourait plus de kilomètres au total. « Elle faisait des journées plus longues », nous a expliqué Warren Doyle, le spécialiste de l’Appalachian Trail. « L’ultra, ce n'est pas une question de vitesse. C'est avant tout une question d'endurance ».
Et pour la soutenir lors des longues heures passées sur les sentiers, Tara Dower s'est contentée d'un petit groupe, composé de sa mère, Debbie Komlo, et de Megan « Rascal » Wilmarth, une randonneuse avec laquelle elle s'est liée d'amitié sur l’Appalachian Trail en 2019. (Plusieurs autres personnes l'ont tout de même suivie ou lui ont ponctuellement offert leur aide, sur quelques heures ou une journée seulement).
Le planning de Tara était simple : se lever à 3 heures du matin, se coucher à 22 heures, manger plus de 10 000 calories par jour (à base de junk food principalement, complétés par quatre shakers protéinés par jour). Et courir le reste du temps. Pour elle, bien-sûr. Mais aussi pour « Girls on the Run », une organisation à but non lucratif qui enseigne le sport aux enfants. Lorsque Tara Dower a bouclé son périple, le 21 septembre, elle avait récolté 21 000 dollars en faveur de l’association qu’elle soutient.

« Dans le monde de l'ultra, les femmes sont tout aussi fortes que les hommes »
Nous avons parlé à Tara Dower une dizaine de fois pendant son périple, en ayant rarement l'impression qu'elle était en difficulté, fatiguée ou même qu'elle souffrait beaucoup. Car à vrai dire, elle riait beaucoup, faisant des blagues sur les insectes qu'elle avalait en courant, sur ses difficultés à supporter la pluie battante et sur l’état de ses pieds. Elle semblait tout simplement heureuse d’être là, à sa place.
Les athlètes d'endurance parlent souvent de la nécessité de s'épuiser dans leurs activités préférées. Ce n'est pas le cas de Tara. Elle a choisi d’aborder ce défi en toute légèreté. En résulte un sacré record, souligné Karel Sabbe. « Dans le monde de l'ultra, les femmes sont tout aussi fortes que les hommes" a-t-il commenté. "Car dans notre sport, il ne s'agit pas seulement de vitesse, mais aussi de détermination, de résistance à la douleur et de lutte contre le manque de sommeil. Des athlètes comme Tara Dower, Jasmin Paris et Courtney Dauwalter nous montrent le véritable potentiel que nous pouvons atteindre lorsque nous nous donnons la peine de faire quelque chose ! Quelle inspiration ! », conclut-il.
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