Notre journaliste est un peu agacée par la tendance à l'ultra-léger en randonnée et nous explique pourquoi elle préfère partir avec un sac bien lesté. Après tout, pourquoi chercher à contourner l'épreuve quand on peut y adhérer pleinement ?
C’était l'été et la météo laissait entrevoir une journée infernale, avec une chaleur et une humidité inhabituelles. J'avais prévu de commencer ma randonnée à l'aube et j'ai quitté ma ferme alors qu'il faisait encore nuit, mon border collie à l’avant. Les phares de ma camionnette éclairaient les routes sinueuses jusqu'au point de départ du sentier. Nous ne partions que pour la journée, mais à cause de mon emploi du temps chargé d'agricultrice, les loisirs à l'extérieur sont précieux. J'avais noté la date sur mon calendrier des semaines à l'avance et planifié l'itinéraire à la perfection. La veille au soir, j'avais préparé mon sac pour la journée avec tout ce dont j’avais besoin pour profiter au maximum de mon temps en plein air. Si tout se déroulait comme prévu, à 11 heures nous pourrions admirer une vue imprenable sur les montagnes tout en partageant un petit festin.
Je fais de la randonnée parce que c'est une façon de ressentir des plaisirs simples, primaires. Pour moi, ils se concrétisent par une ascension difficile en pleine chaleur jusqu'à ce que je ressente la seule brise fraîche de toute la région. Quand je la trouve, je reste là un bon moment, parfois jusqu'au crépuscule, retrouvant ma camionnette à la lampe frontale. C'est pour ça que je porte un sac lourd. Il a la capacité magique de transformer les muscles endoloris et la sueur en gratitude et en nostalgie instantanée.
J'adore ressentir ce poids. Pour une randonnée d'une journée, j’aime la nouveauté de cette sensation d’inconfort qui l’accompagne. Je ne suis dehors que pour quelques heures et je sais très bien que m’attendent à la maison la perspective d’une douche chaude et d’un lit confortable. Je n’ai pas à supporter le fardeau de la distance, alors à la place je porte des livres, des poêles et parfois même de quoi m’abriter. Je ne cherche pas à contourner l’épreuve. J'y adhère pleinement.
Hamac, oreiller et livre relié
Mon gros sac, ma chienne et moi ne parcourions que onze kilomètres de sentiers ce jour-là, mais ce n’était pas la distance qui comptait. Nous avons marché ensemble toute la matinée, sentant la journée devenir désagréablement chaude, nécessitant de nombreuses pauses pour nous réhydrater. Nous nous sommes reposées près de quelques vesses-de-loup. À l'automne, ces boules se transforment en sacs remplis d’une poussière brune qui, lorsqu'ils sont projetés, explosent comme des bouffées de fumée - d'où leur nom latin, lycoperdon, qui se traduit littéralement par "pet de loup".
Lorsqu’enfin nous sommes arrivées à un point de vue bien mérité, j'étais en sueur et mon cœur battait à tout rompre. J'ai posé mon sac de 9 kilos et je me suis plongée dans le bonheur d'être à nouveau en apesanteur parmi les montagnes et les nuages, avant de m'asseoir pour partager un sandwich avec ma chienne, ce que nous attendions toutes les deux depuis l'aube.
Pendant qu'elle dormait à l'ombre, j'ai fouillé dans mon sac. C'était le meilleur moment de la journée. J’en ai tiré un hamac, un oreiller de voyage et un de mes livres reliés bien-aimés. J'ai installé le hamac avant de préparer du café sur mon réchaud et de sortir le thermos rempli de glace pilée pour refroidir ma boisson. Pendant les heures qui ont suivi - la partie la plus chaude de la journée - je me suis balancée dans mon petit paradis de montagne, j’ai siroté un café glacé et lu un livre sur un joueur de luth.
Se méfier du poids caché des tortillas
Si vous êtes un randonneur ultra-léger et que vous êtes encore en train de lire cet article, je suis franchement surprise. J'étais certaine de vous avoir perdu quand j’ai commencé à parler d’oreiller et de livre relié. Mais je n'exagérais pas. Je transporte au moins 9 kilos d'équipement pour une randonnée d'une journée et je le fais avec enthousiasme. Bien sûr, j'aime les sacs à dos, les lampes frontales et les chaussures tout autant que n’importe quel randonneur, mais je suis un peu fatiguée de la tendance à l’ultra-léger. Il s'agit d'un culte de l'équipement qui semble cibler des gens plus enthousiastes à l'idée d'acheter du matériel de plein air qu'à celle d'être à l'extérieur.
Rendre son sac aussi léger que possible semble être le nouvel objectif à atteindre, même pour les personnes qui partent juste pour une journée. De nombreux magazines se concentrent sur ce seul critère : ils vantent les mérites du Dyneema sur le nylon, proposent de réduire au maximum les kits de premiers secours et d’abandonner toute idée de repas chaud au profit de bouillies froides. Quand je vois un Youtuber de 22 ans au physique d’athlète conseiller à ses followers de se méfier du poids caché des tortillas, ça me fait doucement rire.
Si acheter du matériel de randonnée onéreux vous donne envie d'être à l'extérieur, faites-vous plaisir. C'est votre argent et votre randonnée. Mais je vous conseille vivement, au moins de temps en temps, d'être un poney plutôt qu'un cheval de course sur les sentiers. Apportez tout ce dont vous avez besoin pour faire cuire une pizza sur une pierre près d'un feu de camp au coucher du soleil. Prenez votre tente pour faire une sieste à l'ombre. Dévorez les livres et apprenez à distinguer un orme d'un frêne. Apportez un maillot de bain et une serviette pour vous baigner dans une rivière. Ou peut-être commencez par changer votre vision de la vie en "followant" des gens qui vous apprennent des choses sur les champignons et les feux de camp plutôt que sur les cuillères en titane.
Pour la plupart d'entre nous, la randonnée n'est pas une course à remporter. Si l'ultra-léger est votre truc, profitez-en, mais assurez-vous que votre seule raison de randonner ne soit pas de justifier un achat ou de tester du matériel. Prenez le temps de savourer l'air frais, le soleil et de suer un peu. Ajoutez à ça la sensation confortable de votre sac sur le dos, peu importe combien de kilos il pèse, pour que l'effort en vaille la peine. Et pour l'amour de Sisyphe, prenez le temps de vous arrêter et de sentir les pets du loup...
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