Au moins 95 morts et près de 400 voyageurs portés disparus : le bilan encore très provisoire de la crue éclair qui a dévasté mercredi 26 août le nord du Népal est déjà considérable. Une avalanche de glace et de roche, possiblement déclenchée par un séisme de magnitude 4,4, serait à l’origine de la catastrophe. En tombant dans la Lhende Khola, la masse aurait obstrué la rivière avant que ce barrage naturel ne cède brutalement, libérant une vague d’eau, de boue et de débris dans les vallées situées en aval. Ce scénario est aujourd’hui privilégié, mais l’éventuelle rupture d’un lac glaciaire n’est pas encore totalement écartée.
Mercredi matin, vers 9 heures, une masse d’eau chargée de boue et de rochers a déferlé dans le district de Rasuwa, au nord de Katmandou, près de la frontière avec le Tibet. Elle a balayé des habitations, des routes, des ponts, des véhicules et plusieurs installations hydroélectriques sur son passage. Syabrubesi, principale porte d’entrée des treks du Langtang, et Timure, située sur l’axe menant au poste-frontière de Rasuwagadhi, figurent parmi les localités les plus durement touchées. Selon le bilan encore très provisoire communiqué mercredi, au moins 95 corps avaient été retrouvés et plusieurs centaines de personnes restaient portées disparues. Parmi elles figuraient de nombreux voyageurs étrangers, principalement des pèlerins qui se rendaient au mont Kailash, au Tibet.
Une avalanche de glace et de roche tombée dans la rivière
Les premières images satellites examinées par les autorités népalaises révèlent un important éboulement, environ 20 kilomètres au nord-est du poste-frontière de Rasuwagadhi. Il aurait atteint la Lhende Khola, un torrent qui rejoint la Bhote Koshi, puis la Trishuli. « Une avalanche de glace semble avoir obstrué la Lhende », a expliqué au Kathmandu Post Rijan Bhakta Kayastha, professeur à l’université de Katmandou et spécialiste du climat. Le barrage naturel ainsi formé aurait retenu l’eau avant de céder brutalement, déclenchant une crue torrentielle qui a charrié blocs, arbres et sédiments sur plusieurs kilomètres.
Le séisme de magnitude 4,4 a-t-il déclenché l’avalanche ?
Quelques minutes avant les premières images de la catastrophe, un séisme de magnitude 4,4 a été enregistré sur le plateau tibétain, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Gosaikunda. Les secousses pourraient avoir déstabilisé le versant et précipité son effondrement. Pour établir ce lien, il faudra confronter l’heure du séisme à celles de l’avalanche et de l’arrivée de la crue, puis comparer les images satellites prises avant et après l’événement. La structure du versant, la présence de glace dans les fractures, les précipitations récentes et les températures des jours précédents devront également être examinées. Le séisme reste donc, à ce stade, un déclencheur possible de l’éboulement.
La rupture d’un lac glaciaire reste-t-elle possible ?
Dans les premières heures, les autorités népalaises avaient évoqué la vidange soudaine d’un lac glaciaire, une hypothèse qui n’est pas encore totalement écartée. L’avalanche pourrait avoir obstrué la rivière, mais aussi atteint l’un des lacs du secteur, provoquant une vague ou fragilisant sa retenue naturelle. Les deux mécanismes pourraient même s’être combinés. Des images satellites plus précises seront nécessaires pour détecter une éventuelle diminution brutale du volume de l’un de ces lacs. « Il faudra plusieurs jours pour savoir si un lac glaciaire a également cédé », prévient Rijan Bhakta Kayastha.
Le 8 juillet 2025, la vidange brutale d’un petit lac formé à la surface d’un glacier tibétain avait déjà provoqué une crue dans cette même vallée. Neuf personnes avaient péri et le pont de l’Amitié, qui reliait le Népal à la Chine, avait été emporté. Les images satellites avaient ensuite révélé que le lac s’était développé en quelques mois seulement.
Le rôle du réchauffement reste à établir
La hausse des températures accélère la fonte des glaciers, favorise la formation de nouveaux lacs et peut dégrader le pergélisol qui contribue à maintenir certains versants rocheux. Elle augmente ainsi le nombre de situations potentiellement instables en haute montagne. Le lien avec le réchauffement climatique n’est pour autant pas établi. L’exemple de la vallée de Thame, au pied de l’Everest, illustre parfaitement cette complexité. En août 2024, une avalanche rocheuse s’est abattue sur un lac d’altitude à 4 900 mètres. La vague provoquée a rompu sa retenue, entraînant dans son sillage la vidange d’un second lac. Bilan : le village de Thame, en grande partie rayé de la carte. Il aura fallu plus d’un an d’investigations minutieuses pour reconstituer la chaîne des événements.
Le risque d’une seconde crue n’est pas écarté
D’après l’International Centre for Integrated Mountain Development, un autre amas de glace et de débris pourrait encore obstruer la rivière en amont. S’il retient une quantité importante d’eau puis cède à son tour, une nouvelle vague pourrait descendre vers les secteurs déjà dévastés. Les habitants installés le long de la Bhote Koshi et de la Trishuli ont donc été appelés à gagner les hauteurs. Les alertes ont été étendues bien au-delà de Rasuwa, jusqu’aux plaines du nord de l’Inde. Tant que les images satellites et les observations de terrain n’auront pas permis d’évaluer la stabilité du barrage restant, le scénario de la catastrophe ne sera pas totalement reconstitué — et le danger ne pourra pas être considéré comme écarté.
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