Qualité du sommeil, nombre de pas, rythme cardiaque… Les montres connectées ne cessent de séduire les sportifs en quête de plus en plus de données. En tête du marché : l’Apple Watch, vendue à 53,9 millions d’exemplaires à travers le monde en 2022. Mais ce tracking permanent de nos activités n’est pas sans poser problème, entre anxiété, troubles alimentaires et bigorexie. Voici quelques astuces pour utiliser cet accessoire en toute sérénité.
« Les montres connectées peuvent renforcer certains comportements négatifs en favorisant les tendances obsessionnelles » explique Haley Perlus, psychologue spécialiste du sport et de la performance. « Ce qui risque d’entraîner ou d'aggraver, à plus ou moins long terme, de l'anxiété et des troubles de l'alimentation. Les perfectionnistes, les personnes sujettes à la bigorexie [excès d'exercice, ndlr] doivent également faire preuve de prudence avec ces accessoires pouvant amplifier les problèmes existants ». En clair : vous risquez de devenir obsédé par vos objectifs, souvent au détriment de votre bien-être général.
Et cela peut même affecter votre vie professionnelle, explique Jessica Matthews, professeure agrégée en bien-être. Des études, publiées en 2017 dans la revue Eating Behaviors, démontrent que les montres connectées, avec leurs trackers d'activité et de calories, ont été associées à l'émergence de troubles de l'alimentation. Ce qu’est venue confirmer une autre étude diffusée en 2023 dans le Journal of Medical Internet Research. Dans cette expérience, certaines Apple Watch avaient été programmées, à l’insu des participants, pour afficher un nombre de pas inférieur à la réalité, or, en fin de journée, leurs utilisateurs étaient plus susceptibles de présenter des comportements négatifs, notamment une baisse de l'estime de soi et une augmentation de la pression artérielle (contrairement aux participants dont le nombre de pas était resté exact).
Enfin, selon d'autres travaux publiés en 2019 dans BMC Psychology, le fait même de ne pas pouvoir porter sa montre connectée - parce qu'elle n'est pas chargée ou qu'elle est égarée - peut entraîner de la frustration ou de l'anxiété. Pour Wendy Troxel, psychologue clinicienne et spécialiste de la médecine comportementale du sommeil, le stress peut être exacerbé par le fait de ne pas atteindre un objectif de suivi. Prenons l'exemple du sommeil : les yeux rivés sur les données des trackers, les athlètes peuvent souffrir d'orthosomnie, c'est-à-dire qu'ils sont obsédés par la recherche du sommeil optimal, Ce qui, paradoxalement, finit souvent par provoquer de l'anxiété... et même par affecter leur sommeil lorsque l'objectif n'est pas atteint. Leurs performances sportives peuvent alors en pâtir.
Comment utiliser votre montre connectée en toute sérénité ?
Relativisons tout de même : il n’y a rien de grave à consulter votre montre connectée ou à étudier les données qu'elle recueille. Mais afin d’entretenir une relation saine avec cet accessoire, il est essentiel de savoir où se situe la limite de l’obsession. Pour cela, voici les quatre principes clés à garder en tête, selon le psychologue Haley Perlus.
1. Modération
Vous devriez utiliser votre montre connectée pour obtenir des informations et de la motivation, mais en aucun cas vous sentir obligé de vérifier constamment vos statistiques.
2. Plaisir
Vous devez réellement apprécier vos séances d'entraînement et vos activités physiques, que vous portiez ou non votre appareil. « Le suivi améliore votre expérience, mais ne la définit pas », précise Haley Perlus.
3. Flexibilité
Vous devez être en mesure d'adapter votre plan d'entraînement en fonction de vos sensations, plutôt que de suivre à la lettre les indications de votre montre connectée.
4. Gestion du stress
Le tracker d’activités ne doit vous causer aucun stress. « Si un objectif manqué vous perturbe excessivement, attention, cela peut être le signe d'un attachement malsain », explique la psychologue.
Accro à votre montre ? Voici comment modifier vos habitudes
Pour commencer, au lieu de regarder constamment vos statistiques, la professeure Jessica Matthews, recommande de tenir un journal d’entraînement quotidien. « En fait, les données subjectives peuvent être tout aussi bénéfiques que le suivi plus objectif fourni par une montre connectée, car elles permettent de dresser un tableau plus complet de vos progrès, mais aussi de votre santé et de votre bien-être en général », explique-t-elle. L’idée ? Noter ses séances d'entraînement, mais aussi ce que l'on ressent pendant et après chaque séance (humeur, courbatures, stress), peut aider à réfléchir à son entraînement de manière saine, explique-t-elle.
Havey Perlus recommande également de prêter attention aux indices physiologiques (variabilité de la fréquence cardiaque, qualité du sommeil et niveaux d'énergie). Et, explique-t-il, si vous êtes à la recherche d'un feedback externe, trouvez un partenaire d'entraînement ou rejoignez un club d'entraînement. Le soutien et la motivation des autres vous permettront de vous rapprocher de vos objectifs et d'intégrer une nouvelle communauté.
Et si vous arrêtiez de passer à côté de ce qui fait la saveur des sports d’endurance ?
A l'heure de courir un trail, de faire des dizaines de kilomètres à vélo ou de gravir des sommets, accorder trop d'importance aux mesures d’activité peut en fait vous priver de la simple joie que procurent l'effort et le sentiment d'accomplissement. Vous risquez de ressentir davantage la pression de la performance, ce qui pourrait déclencher de l'anxiété ou la peur de ne pas atteindre vos objectifs, explique la psychologue.
En étant obnubilé par les statistiques de votre tracker, il est fort possible que vous passiez à côté de tout ce qui fait l'intérêt d'une épreuve d'endurance : votre environnement, le parcours, le partage. La conscience de soi - c'est-à-dire le fait de remarquer, sans jugement ni attente, les pensées qui surgissent et les sensations physiques ressenties dans le corps - est un aspect important de la pratique d'une activité physique, quelle qu'elle soit, rappelle Jessica Matthews.
En conclusion, l'utilisation d'une montre connectée peut être motivante, mais veillez à ce qu'elle ne prenne pas le pas sur votre capacité à vous reposer et à récupérer. Et si ce tracter génère chez vous de l’angoisse ou une certaine pression pour atteindre vos objectifs, il est peut-être temps de vous en débarrasser.
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