Fidèle compagnon de cordée de la norvégienne Kristin Harila avec laquelle il avait établi un record du monde en réalisant l'ascension des 14 sommets de plus de 8 000 mètres en seulement 93 jours, l’alpiniste Tenjen Lama Sherpa, 35 ans, a trouvé la mort dans une avalanche vendredi dernier sur le Shishapangma, en Chine. Porté disparu ce week-end avec Gina Marie Rzucidlo, l’alpiniste américaine qu’il guidait vers le sommet, son corps n’avait pas pu être retrouvé, la nouvelle de son décès a été confirmée hier. Le bilan de l’accident se porte donc à quatre morts, deux autres alpinistes se trouvant dans la zone ce jour-là.
« Nous avons eu le cœur lourd en apprenant la disparition de Tenjen Sherpa (Lama) sur le mont Shisha Pangma le 7 octobre 2023. », écrivait hier Kristin Harila sur Instagram « L'esprit indomptable de Lama nous a toujours inspirés par son dévouement et sa gentillesse. Son héritage alpiniste brillera à jamais et son souvenir restera gravé dans nos cœurs. Nos prières vont à Lama et à sa famille, ainsi qu'à tous ceux qui ont disparu et péri sur le Shisha Pangma. » conclut l’alpiniste qui vient de s’envoler pour le Népal suite à cette tragédie.
Hasard ou fatalité, c’est en secondant une autre alpiniste en quête, elle aussi, d’un record sur l’ascension des 14x8000, l’Américaine Gina Marie Rzucidlo, que le célèbre Sherpa qui s’est illustré en juillet dernier aux côtés de Kristin Harila a trouvé la mort sur le Shishapangma (8027 m, 14e sommet le plus haut du monde situé au Tibet, en Chine). Ce jour-là une autre cordée en mal de record, composée de l’Américaine Anna Gutu et de son guide népalais, Mingmar Sherpa, a également péri. Le bilan est donc très lourd sur cet accident qui aurait peut-être pu être évité.
Une première avalanche... suivie d'une deuxième
Citant des témoins oculaires, l’Himalayan Times explique que le groupe d’alpinistes se trouvait à environ 90 mètres sous le sommet lorsque deux avalanches ont balayé la voie principale. 52 personnes au total grimpaient vers le sommet lorsque l’avalanche s’est déclenchée et au moins huit alpinistes ont été touchés, selon Xinhua news. Outre les quatre morts, quatre personnes ont été blessées– Kami Rita Sherpa (un homonyme de celui qui détient le record du plus grand nombre de sommets de l’Everest), Mitra Bahadur Tamang et Karma Gyalzen Sherpa ansi que l’alpiniste Mingma G qui a dû être réanimé après avoir fait une chute de 160 mètres alors qu’il était parti porter secours aux victimes.
Cette catastrophe intervient pour les Américaines au moment où le Shishapangma devait être le dernier sommet dans leurs tentatives respectives d’escalader les 14 sommets, selon Explorers web. Anna Gutu tentait en effet d’en faire l’ascension au cours de la même saison. Elle grimpait avec Elite Expeditions. L’alpiniste avait gravi son 13e sommet, le Cho Oyu (8188 m), le 4 octobre, avant de s’attaquer au Shishapangma.
La new yorkaise Marie Rzucidlo avait commencé sa quête en 2022 en escaladant huit sommets. Elle avait gravi le Cho Oyu le 1er octobre, puis avais rejoint le Shishapangma. Anna Gutu aurait commencé son ascension du Shishipangma le vendredi 6 octobre. Sa compatriote se trouvait déjà à un camp plus élevé à ce moment-là. Or les conditions optimales étaient loin d’être réunies.
« Les conditions météorologiques ont été difficiles cet automne, avec des vents forts et une neige abondante, une combinaison potentiellement parfaite pour les avalanches de plaques. », explique l’Himalayiste Alan Arnette dans une chronique publiée samedi dernier. « En général, les alpinistes prennent vingt-quatre à quarante-huit heures après une forte chute de neige pour laisser la nouvelle neige s’accrocher à l’ancienne, faute de quoi les déplacements sur la couche fraîche peuvent déclencher une avalanche ».
Hélas l’avalanche s’est produite vers 7800 mètres sur le sommet de 8 027 mètres. La Chine n’autorise pas l’utilisation d’hélicoptères pour les sauvetages en montagne, les équipes au sol sont donc utilisées pour tous les sauvetages et les recherches. Cette course aux records est pleine de risques. On peut s’interroger sur la valeur des records dans ce style », conclut Alan Arnette.
Après une 1ere avalanche, pourquoi tenter le sommet ?
L’expert rejoint sur ce point l’inquiétude du Français Marc Batard, Himalayiste accompli lui aussi, qui nous expliquait ce matin que d’après une source sur place « Il y a eu une pression pour continuer une ascension malgré une forte chute de neige. Encore une fois, un Sherpa en subit les conséquences. », s’indigne-t-il.
De nombreuses questions troublantes demeurent sur cette tentative d’ascension, écrit de son côté Explorers’ web : « Les conditions dans lesquelles elle a été lancée, la gestion de l’expédition et, surtout, les raisons pour lesquelles certains ont continué à tenter d’atteindre le sommet après le déclenchement de la première avalanche ». On sait en effet que la première avalanche est tombée entre 7 600 et 7 800 m. Soit deux heures avant la seconde, qui a emporté Gina Rzucidlo, Tenjen Lama et d’autres Sherpas.
Pourquoi n’ont-ils pas tenu compte de cette alerte alors que l’on sait que le Shishapangma peut se montrer très meurtrier ? Cette montagne a en effet été le théâtre d'autres tragédies : on se souvient notamment qu'en 1999, une avalanche a déferlé sur la face sud, tuant le célèbre alpiniste américain Alex Lowe et le caméraman David Bridges. L'alpiniste américain Conrad Anker, qui se trouvait aux côtés des deux hommes, a survécu. Seize ans plus tard, l'alpiniste suisse Ueli Steck devait retrouver les corps de Lowe et de Bridges sur le sommet.
Article publié initialement le 9 octobre 2023, mis à jour le 10 octobre 2023.
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