C’est la question qu’on ne peut s’empêcher de se poser devant la récente performance de la jeune américaine résidant en France. Le 1er septembre dernier, elle pulvérisait le record féminin de l’UTMB détenu jusque-là par sa compatriote, la redoutable Courtney, considérée comme la plus grande traileuse de tous les temps. Simple « coup de chance », « one shot » qu’on ne reverra pas ? Ou une preuve de plus que Katie en a sous le pied et ne compte pas s’arrêter là, comme on le pressent à l’issue de l’interview qu’elle nous accordée ?
Lorsque nous rencontrons Katie Schide, quelques jours seulement après son exploit lors de l’UTMB, elle ne s'est pas encore complètement remise de sa course. A 32 ans, elle venait de remporter la course de 176 km ; 9900 D+ en 22 heures, 9 minutes et 31 secondes. Soit près de 21 minutes de moins que Courtney Dauwalter, 39 ans, détentrice du record féminin depuis 2021. Une surprise pour la plupart de ceux qui suivent Courtney, intouchable ces dernières années sur les plus grandes épreuves mondiales : de la Western States Endurance Run, en passant par la Hardrock 100 et bien sûr l'UTMB. Au point que les experts n’hésitaient pas à la qualifier en 2023 de « meilleure traileuse de tous les temps ».
Or, le récent record de Katie Schide à l'UTMB met en évidence que Courtney a du souci à se faire. Car, il est clair désormais que sa compatriote se rapproche de son niveau, et qu’elle ne compte pas en rester là. Un challenge qui n’est sans doute pas pour déplaire à Courtney d'ailleurs. Pour en savoir plus, nous sommes revenus avec Katie sur sa saison, et sur la façon dont elle envisageait l’avenir face à une concurrente hors normes, certes. Mais visiblement pas intouchable !
Tu as remporté le Western States 100 fin juin, avant de t’imposer à nouveau tout en haut du podium lors de l'UTMB le 1er septembre. Comment as-tu géré ta récupération et ton entraînement entre ces deux événements ?
Je dois dire avant tout que je ne pense pas qu'il soit normal de courir ces deux courses au cours de la même saison. En fait, je n'avais jamais pensé le faire jusque-là, et je ne crois pas que ce soit un bon exemple de faire deux grandes épreuves si proches l'une de l'autre. Cela dit, je pense que le sport a beaucoup évolué ces dernières années et que la manière dont nous nous entraînons et nous nous alimentons a changé, que ce soit avant les courses, ou pendant. Ce qui permet aux athlètes de récupérer plus rapidement.
J’ai fait mon premier UTMB en 2019. Aujourd'hui, cinq ans plus tard, je sais beaucoup mieux comment mon corps réagit. Cette année, j'ai donc pris une semaine entière de repos après la Western States. Je suis rentrée en Europe ( où elle vit à l’année, dans les Alpes maritimes, ndlr). L’adaptation au décalage horaire m’a pris une semaine. Puis j'ai passé une autre semaine à me limiter à des joggings faciles, de 30 à 40 minutes. Enfin, je me suis allée à Chamonix six semaines avant l'UTMB et j'ai repris mon entraînement normal pendant trois semaines.
Beaucoup d'ultrarunners américains vivent dans les Rocheuses ou dans des régions où la communauté du trailrunning - coureurs, entraîneurs et groupes d'entraînement - est très vivante. Toi, tu t’es installée à Saint-Dalmas-le-Selvage, un petit village de 60 habitants dans les Alpes. Quels sont les avantages et les inconvénients de tel choix ?
Le plus grand avantage est… qu'il n'y a vraiment rien d'autre par ici ! Rien d'autre que de s'entraîner et de se reposer. Vivre ici permet vraiment de se reposer. Les jours de repos, on ne peut pas aller prendre un café avec un ami, puis aller faire un tour à la bibliothèque et à l'épicerie du coin. Non, ces jours-là, je ne peux vraiment rien faire d'autre que me poser sur mon canapé et peut-être faire une petite promenade dans le village. J'aime bien aller boire un café quand je suis en ville, mais ce n'est pas le style de vie dont j'ai besoin tous les jours. Vivre ici nous donne (elle vit avec son compagnon, l'ultra traileur professionnel Germain Grangier) la possibilité d'être tranquilles et de nous déconnecter.
Quant aux inconvénients ? Nous n'avons pas beaucoup de ressources en matière de soins de santé, alors si je veux voir un physio ou me faire masser, je dois faire une heure et demie de route. Même chose pour aller faire des courses. Ce qui nous oblige à planifier à l'avance. Lorsque je m'entraînais à Flagstaff, en Arizona, avant la Western States, c’était incroyablement facile de trouver un masseur, c’est sûr. Mais ces inconvénients vont de pair avec les avantages, c'est donc un compromis qu'il faut faire.
Courtney Dauwalter s’est retrouvée au cœur de l’attention médiatique ces dernières saisons. Ton opinion sur elle a-t-elle changé au fur et à mesure que tu progressais en trail ?
Courtney est là depuis que j’ai commencé ma carrière dans l'ultrarunning, et je l'ai vue placer la barre toujours plus haut. J'ai couru contre elle pour la première fois en 2019, lors de l'UTMB, lorsqu'elle a redéfini les normes de la course féminine. Je me souviens d'avoir fait quelques pas avec elle lors de cette course, et qu'elle m'a dit que j'allais adorer mon premier 100-miles… alors que je détestais ça alors. Elle a également été une excellente ambassadrice pour le sport et a attiré de nombreux spectateurs vers l'ultrarunning, des gens qui jusque-là ne s’y intéressaient pas du tout. De tout ça, on ne peut que la remercier. Ce qu'elle a fait profite à tout le monde. Elle a redéfini ce que je pensais être possible dans ces courses, et parce qu'elle était si loin devant ce que faisaient les autres coureuses, je crois que nous avons toutes compris qu’il y avait une marge entre elles et nous, et que maintenant il s’agissait de la grignoter.
Est-ce qu’il t’a semblé alors possible de réduire la marge de Courtney Dauwalter ?
Mon objectif n’a jamais été de la rattraper. Mais quand on voit la marge entre elle et les autres femmes, on comprend qu’il y a vraiment de l'espace. Je me suis dit qu'il n’y avait pas de raison pour qu’il y ait autant de marge entre nous. Alors disons que d'une certaine manière, elle m'a inspirée pour essayer de réduire l'écart. Mais à l'époque, je n'aurais jamais pensé pouvoir me rapprocher autant d'elle. Et je pense qu'elle est contente que nous commencions à combler l'écart.
Quelles sont tes forces et tes faiblesses par rapport à elle ?
Courtney a définitivement l'avantage de l'expérience. Elle a fait plus d'ultras que moi, c'est donc un « plus » indéniable. Son mari est aussi un grand avantage, parce qu'il est toujours là pour elle. Or, si vous avez une équipe solide, vous pouvez vous appuyer sur elle. Mon partenaire dans la vie est, lui un athlète professionnel, comme moi. Nous ne pouvons donc pas faire équipe l'un pour l'autre. Mon avantage, c'est… je ne sais pas vraiment. Je n'aime pas comparer les athlètes entre eux, parce que l'ultrarunning est un sport où il y a tellement de différences entre les athlètes. Mais c'est ce qui le rend si intéressant. Ce n'est pas comme le cyclisme, où l'on peut dire que telle personne a un meilleur rapport poids/puissance, ou que telle autre a un meilleur contre-la-montre individuel. En course à pied, nous ne venons pas tous du même milieu sportif, alors nous essayons de rassembler nos forces le même jour et de voir ce qui se passe sur le terrain.
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