Parties le 27 septembre pour l’ascension du Chaukhamba III, sommet de 6 974 m situé dans le nord de l’Inde, Fay Manners et Michelle Dvorak, deux jeunes alpinistes professionnelles, se sont retrouvées jeudi dernier sans aucun équipement ni nourriture, suite à la perte de leur sac à 6 500 mètres d’altitude. Il aura fallu trois jours d’attente dans des conditions extrêmes et l’intervention de quatre membres du Groupe Militaire de Haute Montagne (GMHM) de Chamonix, présents dans la zone, pour les sauver.
La Britannique Fay Manners, 37 ans, et l’Américaine Michelle Dvorak, 31 ans, sont des camarades de cordée de longue date. Alpinistes aguerries, elles sont à l’origine de nombreuses premières ascensions dans l’Himalaya ainsi que dans les Alpes, où réside depuis quelques années Fay Manners. Le jeudi 3 octobre, elles se trouvaient sur le Chaukhamba III, à une altitude d’environ 6 000 mètres, lorsqu’un éboulement s’est produit. Celui-ci a sectionné l’une de leurs cordes, entraînant la perte de leur matériel (leur satellite Garmin, leur tente, leur réchaud, une paire de crampons et de piolets, un pantalon en duvet, une lampe frontale, ainsi que d'autres objets de première nécessité). Cela a marqué la fin immédiate de leur tentative d'ascension. Très vite, les deux alpinistes ont pris conscience de l’importance de ces pertes. « L'ambiance a vraiment changé », explique Michelle Dvorak. « Nous nous sommes dit : 'Oh, merde ! Nous ne sommes plus en sécurité sur cette montagne.' »




« Nous étions en train de remonter mon sac et elle [Michelle Dvorak, ndlr] portait le sien. Une chute de pierres a coupé la corde attachée à l’autre sac, qui a dévalé toute la montagne. J’ai tout de suite compris les conséquences de ce qui venait de se passer », a expliqué Fay Manners à la presse locale. Les deux alpinistes ont immédiatement lancé un SOS. « Nous n’avions plus aucun équipement de sécurité. Pas de tente. Pas de réchaud pour faire fondre la neige et obtenir de l’eau. Pas de vêtements chauds ni de lampe frontale pour la nuit, » a raconté Fay à la BBC. « Nous étions terrifiées. » La tension est encore montée lorsqu’il a commencé à neiger. Les deux jeunes femmes se sont alors réfugiées sur une corniche en attendant les secours. Pour se protéger, elles ont partagé le seul sac de couchage qui leur restait.

L'hélicoptère les survole sans les voir
Mais, lancées à leurs recherches, l’armée de l’air et l’armée de terre indiennes n’ont pas pu les localiser le premier jour en raison des mauvaises conditions météorologiques et de l’altitude. C’est donc une première nuit très éprouvante qu’elles ont passée. « Nous étions en hypothermie (…) nous tremblions constamment en raison du manque de nourriture et de chaleur », a expliqué Fay. « L’hélicoptère est repassé devant nous et ne nous a pas vues. Nous étions dévastées.»
Au deuxième matin, elles ont dû se rendre à l’évidence, « l’hélicoptère n’allait pas les aider » car il continuait à les survoler sans les voir. Dès lors, elles savaient qu’elles n’avaient pas d’autre choix que d’essayer de descendre plus bas. Utilisant le peu de matériel qui leur restait, Fay et Michelle ont commencé une prudente descente en rappel. Parvenues à 5 300 mètres, elles ont pu faire fondre un peu d’eau pour tenter de se réhydrater. C’est alors qu’elles ont repéré une équipe du GMHM (Groupe Militaire de Haute Montagne) qui avait prévu d’escalader le pilier Est de Chaukhamba III. Fay raconte que les quatre miliaires ont partagé leur équipement et leur nourriture et qu’ils ont contacté la compagnie d’hélicoptères pour leur indiquer leur position exacte. « J’ai pleuré de soulagement en sachant que nous allions peut-être survivre », confie Fay. « Ils (les membres du GMHM) nous ont aidées à traverser le glacier, ce qui aurait été impossible sans crampons ni piolets (…)». Sans eux « Nous serions mortes de froid ou nous aurions tenté de traverser les glaciers sans l’équipement adéquat et nous aurions pu chuter (…) Ou peut-être que l’hélicoptère nous aurait finalement trouvées ? ».
Epuisées, mais saines et sauves, les deux alpinistes ont été transportées par hélicoptère jusqu’à Joshimath, au sud-est du Chaukhamba, dans l’État de l’Uttarakhand. Dans un communiqué publié sur X, l’armée de l’air indienne a déclaré : « Le sauvetage de deux alpinistes étrangères (États-Unis et Royaume-Uni) au Chaukhamba III, dans la région de Chamoli (Uttarakhand), témoigne de la résilience et des compétences de l’armée de l’air indienne, ainsi que des efforts conjoints du SDRF, du NIM et des alpinistes français ». Cette opération de sauvetage qui a mobilisé deux hélicoptères Chetak de l’armée indienne a duré 80 heures, selon l’agence de presse indienne.

« Je ne veux pas que cette histoire décourage les gens de pratiquer ce sport »
La nouvelle du sauvetage des deux alpinistes a fait le tour du monde. Et ce, dès leur héliportage le matin du dimanche 6 octobre. Dans les 48 heures qui ont suivi, de nombreux médias ont parlé d’elles. Mais toutes les deux nous ont affirmé avoir des sentiments mitigés vis-à-vis de cette soudaine attention. « Michelle et moi avons donné le meilleur de nous-mêmes sur cette montagne », a déclaré Fay Manners. « Mais c'est un sommet que nous n'avons pas gravi. Nos succès n’ont pas eu autant de bruit dans les médias… […] Je ne veux pas que cette histoire décourage les gens de pratiquer ce sport ».
Article initialement publié le 7 octobre, mis à jour le 11 octobre
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