6 heures de live non-stop : du jamais vu pour une expédition sur le toit du monde. 270 personnes mobilisées, un puissant télescope au camp de base, des images d’une qualité exceptionnelles, les Chinois ont sorti le grand jeu hier pour couvrir l'installation de la station météo automatique la plus haute au monde, à 8 800 m d'altitude sur l'Everest. L’enjeu ? Recueillir un maximum d’informations sur l’évolution du climat mais aussi réaffirmer la suprématie chinoise sur le plan scientifique comme stratégique sur cette zone capitale de la planète.
Les équipes de CNN ont sans doute regardé avec beaucoup d’intérêt le live organisé hier par la Chine à l’occasion du projet baptisé "Summit Mission, mené sur l’Everest. Interviews de sommités de l’alpinisme chinois, d’experts en glaciologie ou en météorologie, commentaires sur plateau de journalistes spécialisées, schémas explicatifs et photos détaillées, rien ne manquait pour expliquer l’importance majeure de cette expédition commentée en chinois et en anglais. Une attention qui n’est pas seulement destinée à la diaspora chinoise qui ne maîtriserait pas la langue, qu’aux Occidentaux, histoire de bien montrer au monde entier – et tout particulièrement aux Américains - que la Chine est à son affaire sur l’Everest. Tant en matière de recherches que de prétention territoriale.
Personne n’a oublié en effet qu’en mars 2020, sous prétexte d’épidémie de Covid, Pékin annonçait la fermeture de son accès au toit du monde via le Tibet mais aussi son intention d’établir une « ligne de démarcation » au sommet du monde, séparant le territoire chinois du territoire népalais. Information qui sidéra le monde. A commencer par les Népalais eux-mêmes bien sûr. Dans la même veine, quelques mois plus tard, en mai, la chaine câblée China Global Television Network (CGTN), contrôlée par l’Etat chinois, annonçait dans un tweet que l’Everest était en territoire chinois. Une affirmation fausse qui souleva un tollé général. Elle dut vite se rétracter, et convenir que le toit du monde était bel et bien, et toujours, à la frontière entre le Népal et la Chine. Selon un accord de 1960 sur le différend frontalier entre ces deux pays, l’ Everest est en effet divisé en deux parties, le nord et le sud. La première est sous administration chinoise tandis que la seconde est sous administration de Katmandou.
C’est d’ailleurs cette même chaine CGTN) qui a assuré la couverture de la Summit Mission via des moyens exceptionnels. De quoi lui permettre, on doit l’avouer, une couverture en direct d’une qualité étonnante. Au cours des 6 heures de live, on a ainsi pu suivre en direct la progression des 13 alpinistes partis mercredi à l’assaut de de l’Everest, avec gros plans et commentaires sur le terrain des protagonistes, jusqu’au sommet lui-même, à 8848,86 mètres. Des images étayées d’explications techniques en voix off, afin de bien faire comprendre aux spectateurs l’importance de cette mission. Un fin montage de séquences plateau et de plans sur le terrain visant à garder le spectateur en haleine. Pas facile sur six heures de live, et nous n’avons pas les chiffres de l’audience de cet événement, mais nul doute que ce formidable matériel visuel aurait fait le bonheur d’un Jimmy Chin et d’une Elizabeth Chai Vasarhelyi ! Et les réalisateurs de l’oscarisé « Free Solo« , du multiprimé »Meru » de "The Rescue" et tout récemment de "14 Peaks : nothing is impossible", documentaire Netflix sur Nims Dai - quatre production très dramatisées « à l’américaine - nous auraient certainement évité la bande son assez improbable meublant les temps morts de l’expédition chinoise : des extraits de musique classique - principalement du piano - pour le moins surprenants. De quoi faire décrocher les militants du PCC les plus zélés.
Reste que l’événement est d’importance. Pékin mène des recherches sur le plus haut sommet du monde - château d'eau de l'Asie et troisième pôle de la Terre – depuis la fondation de la République populaire de Chine en 1949. Les géomètres chinois ont ainsi effectué six séries de mesures à l'échelle et de recherches scientifiques sur le mont Qomolangma, nom chinois de l’Everest, dont la partie nord est située à Xigaze, dans la région autonome du Tibet (sud-ouest de la Chine). La «Summit mission », lancée le 28 avril fait partie de la deuxième enquête de recherche scientifique de la Chine sur le plateau Qinghai-Tibet, où se trouve le mont Everest, qui a débuté en 2017.
Cette fois, l’expédition scientifique et sa couverture médiatique ont mobilisé 16 équipes comptant plus de 270 personnes. Mais seuls 14 membres de l'équipe d'expédition chinoise sont partis vers le sommet lundi à 14 heures, heure locale, explique CGTN. Chargés de sacs pesant sept kilos, ils transportaient des équipements d’une cinquantaine de kilos, démontés et répartis entre les grimpeurs : les éléments de la station météorologique automatique destinée à être installée à 8 800 mètres d’altitude et un radar de haute précision visant à mesurer pour la première fois l’épaisseur de la neige au sommet de l’Everest.

Vers 19 heures le même jour, l’équipe parvenait avec succès à Beiao, ou au camp du col nord, (7 028 m), « La météo était favorable et un seul membre de l’expédition souffrait du mal de l'altitude. », explique le média chinois. « Après une bonne nuit de repos, les 13 autres membres de l'équipe ont quitté le camp du col nord de la montagne à 9 heures ce mardi pour le camp final à 8 300 mètres. L'équipe devait arriver au camp final vers 18 heures mardi et commencer à atteindre le sommet de 8 848 mètres du mont Qomolangma vers 3 heures du matin mercredi. »
En y parvenant ce mercredi, les alpinistes, que l’on voit au cours du live agiter un flamboyant drapeau chinois - ont installé la plus haute station météorologique automatique du monde, à 8 800 mètres d'altitude. Elle devrait permettre d'obtenir des données sur la région environnante, aidant ainsi les scientifiques à mieux comprendre le troisième pôle de la planète. Elle remplace aujourd’hui celle de 8 430 mètres d'altitude mise en place par les scientifiques britanniques et américains sur le versant sud de la montagne en 2019. S’imposant ainsi comme la plus haute du monde en son genre, selon l'Institut de recherche du plateau tibétain (ITP) de l'Académie chinoise des sciences. « Fort des technologies les plus avancées, ce nouveau dispositif vise à affiner nos connaissances sur le schéma du changement climatique et à étudier la variation des concentrations de gaz à effet de serre dans les altitudes extrêmement élevées du mont Qomolangma », expliquent les Chinois.
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