Au moins 469 morts et près de 1 000 personnes portées disparues des deux côtés de la frontière. Le bilan encore provisoire de la crue éclair qui a dévasté mercredi 26 août le nord du Népal est considérable. L’effondrement d’une partie d’un glacier, à environ 5 200 mètres d’altitude, serait à l’origine de la catastrophe. En tombant dans la vallée de la Lhende Khola, la masse de glace et de roche aurait obstrué la rivière avant que ce barrage naturel ne cède brutalement, libérant une vague d’eau, de boue et de débris dans les vallées situées en aval. Le séisme évoqué dans les premières heures n’en était finalement pas un. Le signal enregistré aurait été produit par l’effondrement lui-même. Deux nouveaux lacs formés derrière des amas de débris font désormais craindre de nouvelles crues.
Mercredi matin, vers 9 heures, une masse d’eau chargée de boue et de rochers a déferlé dans le district de Rasuwa, au nord de Katmandou, près de la frontière avec le Tibet. Elle a balayé des habitations, des routes, des ponts, des véhicules et plusieurs installations hydroélectriques sur son passage. Syabrubesi, principale porte d’entrée des treks du Langtang, et Timure, située sur l’axe menant au poste-frontière de Rasuwagadhi, figurent parmi les localités les plus durement touchées. Vendredi 28 août, le bilan atteignait au moins 469 morts au Népal. Près de 1 000 personnes restaient portées disparues des deux côtés de la frontière, parmi lesquelles au moins 540 étrangers originaires de 31 pays. De nombreux voyageurs se rendaient au mont Kailash et au lac Manasarovar, au Tibet. Les recherches se poursuivent dans des vallées rendues difficilement accessibles par la destruction des routes et des ponts.
Une partie d’un glacier s’est effondrée
Les images satellites examinées depuis la catastrophe ont montré qu'une importante partie de l’extrémité d’un glacier s’est détachée à environ 5 200 mètres d’altitude avant de s’écraser près de 1 200 mètres plus bas, sur le fond de la vallée. Dans sa chute, la masse de glace a entraîné d’importantes quantités de roche et de sédiments. L’avalanche a atteint la Lhende Khola, environ 20 kilomètres au nord-est du poste-frontière de Rasuwagadhi. Les débris auraient temporairement obstrué la rivière et retenu l’eau derrière un barrage naturel particulièrement instable. Sa rupture aurait ensuite libéré un puissant torrent de boue, de glace et de blocs dans la Bhote Koshi, puis dans la Trishuli. À Galchhi, le niveau de la rivière est monté de neuf mètres en seulement trente minutes.
Le séisme n’en était pas un
Dans les premières heures, un séisme de magnitude 4,4 enregistré quelques minutes avant la crue avait été présenté comme la possible cause de l’avalanche. Selon l’Institut d’études géologiques des États-Unis, le signal détecté n’aurait pas été provoqué par un tremblement de terre, mais par l’effondrement de la masse de glace et de roche, puis par son écoulement dans la vallée. La catastrophe aurait elle-même généré des vibrations comparables à celles d’un événement sismique de magnitude 5,2. C’est donc l’avalanche qui aurait fait trembler le sol.
La rupture d’un lac glaciaire n’est plus privilégiée
Dans les premières heures, les autorités népalaises avaient également évoqué la vidange soudaine d’un lac glaciaire. Cette hypothèse est désormais écartée. Les images satellites indiquent que la catastrophe aurait été provoquée par l’effondrement du glacier et l’avalanche de glace et de roche qui a suivi. Aucun élément ne montre pour l’instant qu’un lac préexistant aurait cédé en amont. Le lac se serait formé après l’avalanche, lorsque les débris ont obstrué la rivière. Il ne s’agirait donc pas d’une rupture classique de lac glaciaire, mais d’une succession d’événements déclenchée par l’effondrement du glacier, puis amplifiée par la formation et la rupture d’un barrage naturel.
Le 8 juillet 2025, la vidange soudaine d’un petit lac formé à la surface d’un glacier tibétain avait déjà provoqué une crue dans cette même vallée. Neuf personnes avaient péri et le pont de l’Amitié, qui reliait le Népal à la Chine, avait été emporté. Les images satellites avaient ensuite révélé que le lac s’était développé en quelques mois seulement.
Le réchauffement climatique est-il en cause ?
Les images satellites montrent qu’une importante quantité de neige avait fondu dans la vallée au cours des vingt-quatre heures précédant la catastrophe, signe de températures probablement élevées. La chaleur et l’eau de fonte pourraient avoir contribué à fragiliser la masse de glace. Plus largement, la hausse des températures accélère la fonte des glaciers, favorise la formation de nouveaux lacs et peut dégrader le pergélisol qui contribue à maintenir certains versants rocheux. Elle augmente ainsi le nombre de situations potentiellement instables en haute montagne. Le réchauffement a probablement créé des conditions favorables à ce type d’effondrement, sans qu’il soit encore possible de mesurer précisément son rôle dans cette catastrophe.
L’exemple de la vallée de Thame, au pied de l’Everest, illustre parfaitement cette complexité. En août 2024, une avalanche rocheuse s’est abattue sur un lac d’altitude à 4 900 mètres. La vague provoquée a rompu sa retenue, entraînant dans son sillage la vidange d’un second lac. Le village de Thame avait été en grande partie rayé de la carte. Il aura fallu plus d’un an d’investigations minutieuses pour reconstituer la chaîne des événements.
Le risque d’une seconde crue n’est pas écarté
L’effondrement a laissé derrière lui de nouveaux amas de glace, de roche et de sédiments qui obstruent encore les cours d’eau. Deux lacs se sont ainsi formés de part et d’autre de la frontière. Leur rupture pourrait provoquer de nouvelles crues dans des vallées déjà dévastées. Le lac surveillé par les autorités chinoises mesurerait environ 150 mètres de long et entre 40 et 50 mètres de profondeur. Il contiendrait déjà entre 1,5 et 2 millions de mètres cubes d’eau. Près de trois millions de mètres cubes supplémentaires pourraient encore l’alimenter dans les prochains jours, tandis que les pluies attendues risquent de fragiliser davantage le barrage de débris.
Des ingénieurs chinois réalisent des relevés aériens et envisagent de creuser un chenal afin d’évacuer progressivement l’eau. Au Népal, les autorités surveillent parallèlement la montée d’un autre lac formé sur la Bhote Koshi. Tant que ces barrages naturels n’auront pas été stabilisés ou vidés, le risque d’une nouvelle crue majeure ne pourra pas être écarté.
Article initialement publié mercredi 27 août, mis à jour vendredi 28 août 2026.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€










