La météo ne serait pas en cause. Qu'est-ce qui a donc bien pu provoquer l'accident survenu samedi en Alaska ? Un hélicoptère transportant des guides et des clients lors d'une excursion d'héliski au nord d'Anchorage, a percuté une montagne avant de dévaler la pente sur des centaines de mètres. Un seul des six passagers a survécu au crash. Parmi les victimes, le milliardaire Petr Kellner, l'homme le plus riche de la République tchèque, mais aussi un Français, Benjamin Larochaix, originaire des Belleville, en Savoie. Un accident rare sur lequel enquête déjà le National Transportation Safety Board.
C’est à un session de rêve que participaient les six passagers de l'hélicoptère de la compagnie Soloy Helicopters affrété par le Tordrillo Mountain Lodge, un ski resort très luxueux niché à une centaine de kilomètres au nord-ouest d'Anchorage, en Alaska. L’ Airbus AS350 B3, "effectuait des opérations d'héliski dans une zone de terrain éloignée et escarpée, recouverte de neige, à environ 1500 - 1800 mètres, dans les monts Chugach, près du glacier Knik", selon Tom Chapman, membre du National Transportation Safety Board (NTSB), quand l'hélicoptère semble avoir heurté la montagne sous une ligne de crête, à une altitude d'environ 1 676 mètres. L'engin aurait ensuite roulé sur 244-274 mètres en descente. Grâce aux signaux satellites émis par l'hélicoptère, on sait, explique le NTSB, que l'appareil a été entendu pour la dernière fois à 18h34 samedi et a été signalé en retard vers 20h30. Un autre opérateur participant aux recherches a trouvé et identifié l'épave environ une heure plus tard, selon l'agence AP.
Parmi les victimes, un Savoyard, entraîneur de ski
L’accident n’a laissé aucune chance à cinq des six passagers. Seul le snowboarder chèque David Horvath, 48 ans, a survécu. Transporté par les secours au Providence Alaska Medical Center à Anchorage, il était dans un état grave lundi. Les cinq autres ont trouvé la mort. Depuis hier soir, les médias du monde entier n’ont d’yeux que pour Petr Kellner, 54 ans, l'homme le plus riche de la République tchèque, selon le dernier classement Forbes. Voire le plus riche d’Europe Centrale. La valeur nette de l’homme d'affaires dépasserait les 17 milliards de dollars, selon la liste 2020 des personnes les plus riches du monde, établie par le magazine américain. Très discret sur sa vie privé, le Tchèque possédait une participation de 98,93 % dans le groupe PPF, une société d'investissement internationale présente notamment présent dans les services financiers, les médias et les télécommunications. Mais ce père de quatre enfants comptait parmi ses passions le snowboard. Un cliché le montrant en montagne figurait d’ailleurs dans un rapport d’activité de son groupe. Skieur aguerri, il faisait partie des clients fidèles du Tordrillo Mountain Lodge. Un paradis pour riders très en fonds, la semaine y étant facturée à partir de 15 000$ par personne.
Parmi les habitués aussi, nettement moins connu des médias, le Benjamin Larochaix, 50 ans. Originaire de la commune des Belleville, le Savoyard était l’entraîneur de slopestyle et big air au sein du team PPF. Il était également le père de la championne de snowboard Thalie Larochaix et du jeune champion de slopestyle Noé Larochaix, précise Le Dauphiné. Trois Américains complétaient l’équipe sortie ce jour-là. Zachary Russel, 33 ans, venu de la ville toute proche, Anchorage. Et deux des meilleurs guides d’héliski du Tordrillo Mountain Lodge, Sean McManamy et Greg Harms.
Deux pros américains de l'héliski
Skieur et snowboardeur, Sean McManamy avait mené de nombreuses expéditions, notamment vers le sommet du Denali, mais aussi dans les Andes. Il détenait une certification de niveau 3 de l'US Heliski et de l'American Avalanche Association ainsi qu’un certificat de secouriste en milieu sauvage et plus de dix ans d'expérience en Alaska. Son collègue, Greg Harms, 52 ans, était une légende de l’héliski dont la disparition fait la une de la presse montagne aux Etats-Unis aujourd'hui. Fort de 23 ans d’expérience dans cette pratique parmi les plus dangereuses en montagne. Il travaillait depuis presque dix ans dans le massif des Tordrillos et avait contribué à faire de la région l'un des hauts lieux du ski. Certifié par les Professional Ski Instructors of America et par l'American Association of Snowboard Instructors, il avait obtenu le niveau 3 de guide de ski mécanisé de l'U.S. Heli Ski Association et il était expert en avalanches. Il était également le propriétaire et guide principal de Third Edge Heli, une agence d'héliski.
C’est donc des habitués de l’héliski, hautement qualifiés, qui ont péri en même temps que le pilote, Zachary Russel, 33 ans, au cours d’un séjour pourtant organisé sous très haute sécurité, comme le rappelle longuement sur son site la direction du Tordrillo Mountain Lodge, considéré comme le premier et le plus ancien lodge d'héliski en Alaska
Les premières photos aériennes
« Les monts Tordrillo offrent l'un des terrains de ski et de snowboard par hélicoptère les plus diversifiés et les plus excitants au monde, avec plus de 1,2 million d'acres de terrain (485622 hectares, ndlr )et 600 pouces de neige (1,5 m) chaque saison » peut-on y lire. « Les pistes culminent à 7 500 pieds (2286 m) et se terminent à 2 000 pieds (609 m) avec des vues panoramiques sur le Denali et des sommets volcaniques. Chaque jour, nos guides et pilotes d'héliski font des observations sur le terrain et examinent l'état de la neige en s'appuyant notamment sur les stations météorologiques distantes afin de choisir les meilleurs spots où organiser les activités de la journée. (…).
L'expérience ultime de la poudreuse commence avec les guides. Les guides d'héliski expérimentés du Tordrillo Mountain Lodge comptent parmi les professionnels de la montagne et du ski les plus accomplis, les plus expérimentés et les plus sûrs au monde. Chacun de nos guides d'héliski a au moins 15 ans d'expérience et des centaines de pistes d'héliski en Alaska répertoriées dans les montagnes du Tordrillo. Ils ont une conscience aiguë de l'environnement en constante évolution et savent comment atténuer les dangers potentiels, ainsi qu'un équipement de sauvetage en avalanche haut de gamme. »
De sérieuses précautions sur les pistes, entre repérages et guidage, mais cela n’aura pas suffi à éviter un accident aussi rare qu'inexpliqué, à ce stade de l’enquête, d’autant que les conditions météorologiques au moment de l'accident indiquent que le temps était relativement clair.



Clint Johnson, chef de la division Alaska du NTSB, a pu faire des photos aériennes du site du crash, situé à 34 kilomètres au sud-est de Palmer à 72 km au nord d’Anchorage. Un lieu accessible uniquement par hélicoptère en raison du terrain accidenté et des conditions de neige. La récupération de l'épave reste maintenant le principal objectif des enquêteurs, qui vont également "examiner la navigabilité, les opérations, la météorologie, les structures, les performances de l'hélicoptère, les dispositifs d'enregistrement et les performances humaines", précise l'agence AP. En attendant de pouvoir interroger le seul survivant et d’analyser si le pilote a pu communiquer avant le crash. "Notre mission est de comprendre non seulement ce qui s'est passé, mais aussi pourquoi et de recommander des changements pour éviter que cela ne se reproduise", selon le NTSB.
Pour en savoir plus sur le site du Tordrillo Mountain Lodge et les conditions d'héliski
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