Moins 30 % d’effort, plus 80 % de vitesse en montée : sur le papier, la promesse est alléchante. Sur la neige, l’E-Skimo — premier ski de randonnée à assistance électrique — bouscule les codes d’une discipline historiquement fondée sur le goût de l’effort. Gadget technologique ou vraie alternative pour élargir la pratique ? Nous l'avons testé à San Bernardino, en Suisse.
Développé par l’entreprise suisse E-Outdoors, l’E-Skimo intègre directement dans chaque ski une batterie, un moteur et un système de transmission par courroie. Le projet est porté par Nicola Colombo, entouré d’une équipe d’ingénieurs issus notamment du secteur de la mobilité électrique.
Pour intégrer cette mécanique dans un ski sans en dénaturer le comportement, l’équipe a collaboré avec le Tecnica Excellence Center en Autriche ainsi qu’avec la marque Blizzard Skis. L’enjeu était de taille : découper la structure pour accueillir les composants tout en conservant rigidité, accroche et cohérence en descente.
Sur le plan technique, le dispositif s’appuie sur une unité de mesure à six axes (IMU), un GPS et des capteurs analysant en temps réel l’angle du ski ainsi que la pression exercée sur le talon. L’assistance se déclenche automatiquement lorsque le ski glisse vers l’avant. Trois modes sont accessibles via des commandes intégrées aux bâtons — Eco, Climb et Boost — tandis qu’une application permet d’enregistrer la trace GPS, de suivre les données de sortie et d’ajuster la puissance délivrée.
C’est lourd !
Avant même de chausser, le surpoids lié à la batterie, au moteur et à la transmission se fait sentir. Chaque ski affiche environ 6,6 kg, soit près de deux à trois fois le poids d’un modèle de randonnée classique équipé de fixations à inserts. En main, l’écart est net.
À la montée, l’assistance électrique compense en partie ce poids, sans en effacer totalement les effets. La maniabilité s’en ressent, notamment dans les conversions serrées. Les premiers mètres demandent donc un temps d’adaptation, surtout pour des pratiquants habitués à des ensembles plus légers.
Le déclenchement de l’assistance, en revanche, est intuitif. Dès que le ski avance, le moteur accompagne le mouvement. La sensation surprend d’abord : il faut accepter de laisser le ski travailler et renoncer à forcer l’appui comme on le ferait en randonnée classique.
En montée : convaincant… dans son terrain de jeu
Les chiffres annoncés — 30 % d’effort en moins et 80 % de vitesse supplémentaire — méritent d’être nuancés. Sur terrain modéré, l’effet est réel. L’assistance lisse la progression, supprime les à-coups et rend la montée plus régulière. La fatigue musculaire diminue sensiblement et l’effort cardio reste contenu.
Sur pentes douces et relief vallonné, le système prend tout son sens. Il permet de maintenir une allure soutenue sans entrer dans le rouge. Pour un pratiquant occasionnel ou peu entraîné, l’apport est tangible.
En revanche, dès que la pente se redresse ou que le terrain devient plus technique, les limites apparaissent. Le poids supplémentaire pénalise la précision des appuis et la vivacité dans les manœuvres. L’E-Skimo n’a pas vocation à remplacer un équipement dédié au ski-alpinisme ou aux longues courses engagées en haute montagne.
Le léger bourdonnement du moteur reste perceptible. Il ne gêne pas la progression, mais rappelle en permanence la présence de l’assistance. Une version plus silencieuse est annoncée.
La descente, sans moteur
L’un des points forts du système réside dans sa modularité : batterie, moteur et courroie sont entièrement amovibles. Une pièce imprimée en 3D vient obturer l’ouverture laissée dans le ski. Une fois les éléments rangés dans le sac et les fixations enclenchées, le ski retrouve un comportement proche d’un modèle alpin.
En descente, sur terrain peu engagé, le comportement est normal et prévisible. On ne retrouve pas la légèreté ni la vivacité d’un ski de randonnée traditionnel, mais l’ensemble reste cohérent et sécurisant.
Le principal inconvénient se déplace alors sur le dos : transporter plusieurs kilos supplémentaires modifie l’équilibre et se fait sentir dans les descentes.
À qui s’adresse vraiment l’E-Skimo ?
Si l’E-Skimo trouve ses limites en terrain technique et en haute montagne, il peut en revanche élargir l’accès à la pratique pour :
– des skieurs curieux de découvrir la montée sans subir la rudesse de l’effort
– des pratiquants souhaitant des sorties plus courtes et moins physiques
– des stations cherchant à proposer une activité encadrée accessible
Le modèle économique actuel repose d'ailleurs sur des sorties encadrées, sur des itinéraires modérés. Commercialisé autour de 4 500 francs suisses (environ 4 900 €), le système s’inscrit pour l’instant dans une stratégie B2B visant une intégration future au sein de marques établies.
Ce que vaut réellement cette première génération
Au terme de l’essai, difficile de qualifier l’E-Skimo de révolutionnaire. Mais il serait tout aussi excessif de le reléguer au rang de simple gadget. Il s’agit d’un produit techniquement abouti, cohérent dans son positionnement, mais clairement ciblé.
Ses points forts :
– une assistance efficace en terrain modéré
– une réduction réelle de la fatigue en montée
– une modularité réussie pour la descente
Ses limites :
– un poids important
– une maniabilité réduite en terrain technique
– un usage peu pertinent en haute montagne engagée
Le débat qu’il soulève — sur le mérite de la descente, l’évolution de la culture de la randonnée ou la transformation de la pratique — est légitime. Mais au-delà des positions de principe, le test montre surtout une chose : l’E-Skimo ne remplace pas le ski de randonnée traditionnel. Il propose une alternative. Reste à savoir si celle-ci restera un segment de niche ou si, à terme, elle trouvera durablement sa place en montagne.
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