Nouveau rebondissement à la station de l’Alpe du Grand Serre, emblématique domaine de moyenne montagne à deux pas de Grenoble. Après avoir annoncé la fermeture définitive de ses remontées mécaniques à l’été 2025, la Communauté de communes de la Matheysine a rouvert la porte à une exploitation hivernale portée par un engagement de SATA Group, l’exploitant des remontées... Un deuxième sursis en deux saisons pour la station, symbole des défis qui secouent les domaines de moyenne montagne.
La décision a été prise en dernière minute : la station de l’Alpe du Grand Serre, en Isère, ouvrira bien ses portes cet hiver. Le 13 novembre 2025, les élus de la Communauté de communes de la Matheysine (CCM) ont voté et approuvé une réouverture de la station pour la saison. Une issue invraisemblable. Depuis des mois, les projections financières laissaient entendre que la collectivité ne pourrait plus absorber les déficits chroniques de la station, ni assumer le renouvellement des remontées mécaniques en fin de vie.
C'est finalement SATA Group, l’exploitant des remontées [gérant également l’Alpe d’Huez, Les 2 Alpes et la Grave] qui a proposé d’assumer les risques financiers liés à l’exploitation hivernale 2025/2026 afin de décharger la collectivité. Une proposition qui a convaincu les élus. Cette mesure exceptionnelle a entrainé la décision de la CCM à la veille du début de la saison. « Nous avons proposé à la CCM de couvrir nous-mêmes les risques financiers liés à une ouverture hivernale », confirme Fabrice Boutet, le directeur général de SATA. Il veut croire que la station peut devenir un laboratoire du tourisme de montagne de demain, un terrain d’expérimentation pour un modèle plus durable, mêlant ski l’hiver et activités estivales. SATA prendra en charge les déficits potentiels à court terme afin de soulager la CCM qui n’aura pas à utiliser les deniers publics pour l’ouverture cette saison.
« Un sentiment de soulagement »
À La Morte, le village où se niche la station, la nouvelle a été accueillie avec « un sentiment de soulagement parce que le risque social et économique était majeur », reconnait César Ghaouti, coprésident du collectif citoyen La Morte Vivante. Car derrière les chiffres et les fermetures annoncées, ce sont des dizaines d'emplois directs, une économie locale et l'attractivité de toute une vallée qui sont en jeu.
La CCM, propriétaire des infrastructures et responsable des budgets, rappelle toutefois que ce vote n’est qu’un répit. Les élus martèlent depuis deux ans que la survie du domaine passe par une transformation “quatre saisons”, un modèle présenté comme indispensable pour amortir les effets du changement climatique et réduire la dépendance au seul ski. Mais jusqu’ici, faute de financements sécurisés, le projet peine à dépasser le stade du concept.
En 2024 déjà, une fermeture annoncée puis annulée
Ce scénario de crise n'a rien de nouveau. À l'hiver 2023/2024, la Communauté de communes de la Matheysine avait déjà voté la fermeture de la station, invoquant un déficit structurel, des coûts de remise à niveau trop élevés et une fréquentation insuffisante à certaines périodes. Mais face à une forte mobilisation citoyenne - habitants, saisonniers, commerçants -, un sursis d’un an était accordé. Sursis donné d'autant plus facilement qu'un élan de solidarité, concrétisé par une cagnotte, avait permis de lever près de 200 000 euros. La somme était complétée par une aide de l'État à hauteur de 40 000 euros. Conséquence : le domaine était ouvert pour l'hiver 2024/2025.
Après ce premier sursis, rebelote en 2025 donc. La station reste fragile face à un défi climatique qui menace tout, tout le monde et de plus en plus fort. L’Alpe du Grand Serre culmine entre 1 300 et près 2 200 mètres pour son point le plus haut, c’est-à-dire une zone en première ligne face à l’absence de neige. Les saisons deviennent plus courtes, plus irrégulières, plus difficiles à anticiper. Le projet « quatre saisons », de son côté, n’a pas encore véritablement vu le jour par manque de financements et les déficits structurels, eux, demeurent.
Même si la réouverture 2025 est actée et la saison 2025/2026 sauvée, il s’agit bel et bien, encore une fois, d’un sursis. Sans plan de financement solide, sans investissements conséquents, sans engagement public et privé durable, la station restera au bord de l’asphyxie. Pour les locaux, il s’agit plus de préserver le cœur socio-économique d’un territoire qu’un simple business. De nos jours, l’argument est un peu pâle malheureusement… Ce nouveau sursis est toutefois à saluer comme la victoire d'une mobilisation citoyenne et comme une forme d’engagement, au moins cet hiver, de SATA et des élus locaux. Le compromis trouvé in extremis sauve cette année encore le domaine… Jusqu’à quand ?
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