Karen Darke, une exploratrice Britannique, championne olympique de vélo à main, veut être la première personne paraplégique à rouler sur l’Antarctique, des côtes jusqu’au pôle Sud magnétique, à vélo ou en ski assis, tout dépendra des conditions d’enneigement une fois sur place.
Karen Darke, athlète paralysée de la poitrine jusqu'aux pieds, est persuadée d'une chose : avant début 2023, elle traversera l'Antarctique. Reste à savoir comment elle prendra.
Pour atteindre son objectif, elle a deux options : soit un vélo à main fait sur mesure soit un ski assis. Deux engins qu’elle compte emporter avec elle sur place. Car si la neige est trop épaisse, elle devra renoncer au vélo, son choix de prédilection – le ski assis l'obligeant à répéter des mouvements douloureux à chaque coup de bâton.
« Étant donné ma paralysie, ma mobilité du haut du corps dépend de petits groupes de muscles présents dans mon dos et dans mes bras. Chaque poussée sur les bâtons les font souffrir » nous confie-t-elle.

Départ prévu début décembre pour la Britannique de 51 ans et ses trois compagnons, sur le point de rejoindre l’Union Glacier Camp, un campement privé situé près du Hercules Inlet, sur les côtes de l'Antarctique, avant de traverser près de 300 kilomètres entre roche et glace le long du 79e méridien ouest.
Habituellement, les expéditions en Antarctique démarrent fin novembre ou début décembre - l'idéal pour profiter des températures les plus chaudes et du meilleur ensoleillement. Et ce, malgré des conditions de neige particulièrement infâmes. À cette période, les dépôts de neige balayés par le vent, les sastrugi, parsèment le paysage glaciaire ce qui complexifie drastiquement toute avancée, à pied ou à vélo.
Et si les sastrugi s’avèrent être trop profonds, le vélo de Karen pourrait s'enliser. Elle va donc emporter son ski assis au camp de base de Union Glacier afin d’essayer les deux engins sur le terrain avant de faire son choix définitif.
« Personne ne sait quelles seront les conditions là-bas, elles varient d'année en année », annonce Karen. « Si nous partons à vélo, nous pourrons repousser les limites du possible ».
Son objectif est de parvenir à l'intersection de la 79e latitude et de la 79e longitude, un point de l'Antarctique qu'elle appelle le « pôle des possibles » qui se trouve à plusieurs centaines de kilomètres du pôle Sud magnétique (où le champ magnétique terrestre pointe vers le haut). Un lieu symbolique pour Karen, puisqu'il correspond au numéro atomique de l'or (79), une récompense qu’elle a déjà décrochée il y a quelques années aux jeux paralympiques.
Si elle parvient à achever cette expédition en vélo, Karen Darke serait la première personne à traverser l'Antarctique en vélo à main - et si elle se déplace en ski assis, qu'elle établira le record du plus long voyage en Antarctique effectué par une personne paraplégique.
Un véritable défi technologique
Une poignée d'aventuriers ont déjà traversé l'Antarctique à pied notamment la Britannique Maria Leijerstam qui, en 2013, est devenue la première personne à se rendre à vélo de la côte de l'Antarctique au pôle Sud. Un tel défi est encore plus important pour Karen qui doit utiliser les muscles de ses bras pour avancer.
Depuis l'accident d'escalade qui l'a paralysée en 1992, à l'âge de 21 ans, Karen a consacré sa vie aux sports outdoor et à l'aventure. En 2002, elle a rallié, en kayak de mer, Vancouver à Juneau (Alaska) et, en 2005, le Kazakhstan au Pakistan en vélo à main.
Une fois la trentaine venue, l'athlète a ensuite intégré le programme britannique de paracyclisme. Elle remporte une médaille d'argent aux Jeux paralympiques à Londres, en 2012 et une autre, en or cette fois-ci, à Rio, en 2016. Ces dernières années, Karen a travaillé en collaboration avec des entreprises spécialisées dans les vélos à main. L'idée, concevoir des vélos capables de battre des records et évoluer dans des environnements extrêmes. En 2018, elle a établi le record du monde de vitesse, atteignant les 74.09 km/h dans le désert du Nevada.

Or, la traversée de l'Antarctique à vélo représente un défi technologique complètement différent, principalement en raison de la neige profonde et du froid extrême. Dix ans plus tôt, Karen avait tenté, pour la première fois, d'utiliser un vélo à main dans un environnement polaire lors d'un voyage en Norvège, mais ce fut un échec.
« C'était un désastre - il s'est enfoncé dans la neige et n'a plus réussi à avancer », se souvient-elle.
Lors de la préparation de son projet Antarctique, Karen s’est inspirée de Maria Leijerstam, qui a fait le voyage entre la station McMurdo et le pôle Sud sur un tricycle couché spécialement conçu pour les voyages polaires, fabriqué par une société appelée Inspired Cycle Engineering (ICE). Hélas, son vélo n'a pas été conçu en mode handbike.
Cet été, une entreprise israélienne, ZITrikes, a contacté Karen après avoir réussi à monter un système d'entraînement destiné au handbike sur le cadre d'un vélo ICE. En août, Karen s'est alors rendue en Israël pour tester l'engin adapté dont le cadre est conçu pour supporter des pneus de 10 cm de large. Ce vélo, beaucoup plus grand que les handbike traditionnel, est également doté d'une transmission interne permettant de gravir des pentes raides.
« Une révélation »
« Quand je l'ai vu pour la première fois, j'ai été bluffée - j'ai eu l'impression de monter dans un tracteur », nous explique Karen. « Ce n'est pas un vélo rapide. Mais il peut m'emmener partout ».
Karen a testé le vélo pendant un mois en Israël - sur des terrains jusqu'à présent inaccessibles pour un vélo à main, en pente raide, sur des zones rocheuses et dans le sable le long de la mer Morte.
« Au fil du temps, j'ai pris conscience jusqu'où il était possible de pousser ce vélo », nous raconte-t-elle. « J'ai roulé sur des surfaces où j'étais persuadé que ça ne fonctionnerait pas, mais il a continué d’avancer. Ce fut une véritable révélation ».
Il n'y a, en revanche, aucune garantie que le vélo ICE puisse franchir les congères – le ski assis fera donc parti du voyage. L'important pour Karen est de terminer l'expédition en toute sécurité plutôt que chercher un record à tout prix. Et puis, comme on peut s'en douter, elle n'est pas novice en ski : en 2007, elle a traversé le Groenland. Pendant un mois.
« J'aime les endroits difficiles d'accès », conclue-t-elle.
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