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Exploration

Pourquoi poursuivre encore et encore l’exploration du Titanic ? Réponses du fondateur d’OceanGate et pilote du Titan dans l’une de ses dernières interviews

Stockton Rush, PDG d'OceanGate, à gauche, dans l'un de ses sous-marins.

Alexandra Gillespie Alexandra Gillespie

  • 23 juin 2023
  • 13 minutes

Il y a quelques mois, notre journaliste, Alexandra Gillespie, interviewait Stockton Rush dans le cadre d’une grande enquête parue l’année dernière dans Outside. Le PDG d'OceanGate - pilote du submersible disparu du Titanic lors de son ultime et tragique expédition - expliquait le pourquoi de ces expéditions coûteuses, pourquoi il y intégrait des touristes payants, pourquoi l'exploration des océans avait du sens pour lui, et pourquoi multiplier les sous-marins du type Titan s'imposait... Un document, à l’heure où sont confirmées l’explosion du vaisseau et la mort de l’ensemble de l’équipage - dont quatre civils, parmi eux, l’expert français Paul-Henri Nargeolet - et où s’enflamme le débat sur la sécurité et la pertinence de ce type d’explorations.

Dans le cadre de mes recherches pour un article sur le « tourisme d'aventure haut de gamme », je me suis entretenue à deux reprises avec Stockton Rush, PDG d'OceanGate Expeditions, entreprise américaine située au nord de Seattle. Une fois en 2021 et une autre en 2022. Énergique et passionné, il m’a longuement parlé de la nécessité de faire progresser les connaissances océaniques dans le monde. Une photo du cockpit d'un submersible OceanGate servait d’ailleurs d'arrière-plan à notre vidéo-chat, donnant l'étrange impression qu’il répondait aux appels depuis les profondeurs de abysses. 

Sous marin Ocean Gate
(Ocean Gate)

Stockon Rush et quatre autres personnes ont disparu dans le Titan le dimanche 18 juin, lors d'une énième plongée pour voir l'épave historique du Titanic. Dans la foulée, une énorme mission de recherches a été entreprise dans une zone située à environ 900 miles au large de la côte de Cape Cod - une région souvent décrite comme deux fois plus grande que le Connecticut - alors même que l'on pensait que les dernières heures d'oxygène du sous-marin quasiment épuisées. Dans une mise à jour effectuée le mercredi 21 juin à 15 heures (21 h heures française ), les garde-côtes ont annoncé qu'une "implosion catastrophique", dont on pensait qu'elle avait été fatale à tous les passagers, s'était produite dans le submersible, et ils ont présenté leurs "sincères condoléances" aux proches des cinq personnes à bord. Des débris du submersible ont été retrouvés sur une partie lisse du fond marin, à 1 600 pieds de la proue du Titanic, par un véhicule télécommandé effectuant des recherches sur le site.

Trois aventuriers se trouvaient à bord avec Stockton Rush : l'homme d'affaires et explorateur britannique Hamish Harding, l'homme d'affaires pakistanais Shahzada Dawood et son fils de 19 ans, Suleman, ainsi que le Français Paul-Henri Nargeolet, expert du Titanic du sous-marin après plus de 35 plongées sur l'épave.

Si le sauvetage en mer n'est jamais simple, la profondeur du Titanic a encore compliqué la mission. Le Titanic reposant à 3800 mètres de profondeur, il fallait deux heures et demie à son sous-marin pour atteindre l'épave, m'avait expliqué Stockton Rush lors de notre dernier entretien.

Qui est vraiment Stockton Rush, PDG d'OceanGate ?

Stockton Rush, 61 ans, a obtenu un diplôme d'ingénieur en aérospatiale à Princeton en 1984. Il est devenu le plus jeune pilote de jet au monde à l'âge de 19 ans et a construit son propre avion expérimental Glasair III en 1989, l'année même où il a obtenu un MBA à l'Université de Californie à Berkeley. Au cours des décennies suivantes, il a dirigé avec succès plusieurs entreprises de propriété intellectuelle et a siégé au conseil d'administration de plusieurs sociétés technologiques. Son épouse Wendy Rush, également diplômée de Princeton en 84, travaille comme directrice de la communication chez OceanGate. Et par une étrange coïncidence, elle est la descendante du couple Isidor et Ida Straus, qui ont péri dans le naufrage du Titanic en 1912 !

Comment Rush a-t-il lancé son entreprise OceanGate ?

Stockton Rush est dans sa quarantaine quand il comprend qu'il ne réalisera jamais son rêve : être la premier à marcher sur Mars, a-t-il déclaré à FastCompany en 2017, il s'est alors tourné vers la mer et a construit son propre submersible (dans lequel il a plongé plus de 30 fois). En 2009, il a fondé OceanGate, pour mener des recherches et des explorations commerciales. En confiant la recherche et le développement sous-marins au secteur privé, Stockton Rush souhaitait réduire le coût de l'exploration des fonds marins et la rendre plus accessible aux scientifiques et aux chercheurs. D’ailleurs, dans la plupart de ses expéditions, des scientifiques étaient à bord. OceanGate a accordé des subventions à la recherche scientifique et archéologique marine par l'intermédiaire de sa fondation.

Bien qu'OceanGate ait proposé d'autres explorations sous-marine, notamment dans les cheminées hydrothermales des Açores, les expéditions sur le Titanic sont restées son projet phare. Fusionnant recherche et tourisme, ces missions ont permis de découvrir un récif en eau profonde et une autre épave, de collecter de l'ADN environnemental et de capturer les premières images en 8K du Titanic (voir la vidéo ci-dessous). Des particuliers ont déboursé 250 000 dollars pour participer à ces voyages, contribuant ainsi à couvrir le coût de la recherche. Hamish Harding, Shahzada Dawood et son fils, Suleman, faisaient participé de ceux-là. 

Le Titan était l'un des rares navires capables d'atteindre ces profondeurs avec des êtres humains à bord. Le seul autre en activité est « The Limiting Factor », alors propriété de Victor Vescovo. Quant au « Deepsea Challenger », le submersible dans lequel James Cameron est descendu pour voir le Titanic, il a été endommagé par un incendie sur une autoroute en 2015. Aussi, lors de notre entretien, Stockton Rush a-t-il insisté sur le fait que son entreprise repoussait les limites de l'exploration sous-marine.

"Selon Nargeolet (« Mr Titanic », l’expert français présent dans la dernière expédition du Titan,ndlr), chaque sous-marin de plongée profonde est un prototype, fabriqué en un seul exemplaire", m'expliquait Stockton Rush l'année dernière. "Qu'il s'agisse de celui de Victor [Vescovo], du nôtre ou d'un autre, ce sont tous des prototypes. La première année, nous avons donc eu des problèmes avec les prototypes, des problèmes d'équipement. Nous avons aussi eu des problèmes de suivi et de communication. Nous les avons tous surmontés et au final nous sommes parvenus à atteindre le Titanic et à faire descendre un certain nombre de personnes.

Alors que le monde entier s'interroge sur l'approche d'OceanGate concernant la construction du Titan et sur l'éthique de ce « tourisme en haute mer », le point de vue de Stockton Rush, issu de nos deux entretiens antérieurs, est plus que jamais d’actualité.


Stockton Rush, PDG d'OceanGate, sur l'un de ses sous-marin au large de la Floride en 2013. (Ocean Gate)
Stockton Rush, PDG d'OceanGate, sur l'un de ses sous-marin au large de la Floride en 2013. (Ocean Gate)

Stockton Rush, PDG d’OceanGate : "Ce qu’il faut, c'est qu'il y ait plus de sous-marins OceanGate, ou plus de sous-marins semblables à OceanGate..."

L’entretien suivant a été édité pour des raisons de longueur et de clarté. Il inclut des informations issues de deux interviews du PDG d’OceanGate, réalisées en mars 2021 et en septembre 2022 par Outside.

Qu’est-ce qui justifie aujourd’hui de nouvelles ces expéditions d'exploration du Titanic ?

Dans l’univers des océans, le Titanic a une place unique. J'aime à dire que si vous arrêtez quelqu'un dans la rue et que vous lui demandez de citer trois choses se trouvant dans les profondeurs de l'océan, il vous répondra : les requins, les baleines et le Titanic. Tout le reste est loin derrière.

Bien sûr, il y a d'autres grandes épaves que nous espérons tous explorer, et d'autres que nous avons déjà vues, mais le Titanic a vraiment captivé l'imagination du monde entier, et c'est le summum de ce qui se passe sous l'eau à l'heure actuelle. C'est un site qui a fait ses preuves et que les gens veulent visiter. Lorsque les Russes avaient besoin d'argent, ils ont organisé des voyages touristiques sur le Titanic. James Cameron y est allé [plusieurs] fois. Il y a de bonnes raisons pour que les gens veuillent aller le voir.

Par ailleurs, et c’est tout aussi important, il faut savoir qu'il se dégrade, et que nous ne savons pas à quelle vitesse. Il y a donc beaucoup de travaux scientifiques qui n'ont pas pu être réalisés sur le Titanic. Les sorties touristiques antérieures n'ont donné lieu à aucune étude scientifique, or les nôtres seront axées non seulement sur la désintégration du Titanic, mais aussi sur sa biologie. Des centaines d'espèces n'ont été trouvées que sur cette épave.

Pour répondre brièvement à votre question, le Titanic captive. C'est un excellent outil de recherches. Il s'agit essentiellement d'un récif artificiel dans la plaine abyssale, et de multiples questions se posent. Quelles sont les formes de vie qui s'y trouvent ? Quelles sont les espèces de poissons, de coraux et autres ? Autant de questions essentielles.

Quels sont les objectifs scientifiques ?

Ils sont doubles. Il y a d’abord un volet archéologique. La question fondamentale est celle que tout le monde veut savoir : quand cette chose va-t-elle s'effondrer ? ... Il est rongé par des bactéries qui mangent littéralement l'acier, le fer. Grâce au détartreur laser, nous avons pu mesurer le joint de dilatation du navire ainsi que la fissure à tribord... Je dirais que l'objectif [archéologique] numéro un, outre le fait de documenter son état actuel, est de trouver une meilleure réponse à la question de savoir pendant combien de temps encore il sera identifiable. C'est ainsi que j'aime le définir, car il s'agira toujours d'un récif artificiel.

Les objectifs biologiques sont à plus long terme, et c'est sur eux que nous nous concentrons. Il s'agit maintenant d'un récif artificiel. Comment ce récif artificiel se compare-t-il aux autres structures autour du Titanic qui n'ont pas de structure métallique ? Et comment cela évolue-t-il ? Comment ces créatures se développent-elles et sont-elles colonisées ? Comment colonisent-elles les autres sites à proximité ?

L'un des éléments clés du Titanic à garder en tête selon moi est le suivant : Pourquoi revenons-nous sur le Titanic ? Nous y sommes allés souvent et il a été visité à de nombreuses reprises. Mais ce qui est étonnant, c'est qu'il y a très, très peu de sites - une poignée, probablement - qui sont visités plus d'une fois, lorsque vous descendez à une telle profondeur, plus de 3 000 mètres. Il y a tellement de choses à explorer qu’un organisme de recherche typique va simplement aller sur une cheminée hydrothermale, l'analyser puis en visiter une autre. Ou bien vous allez vous rendre dans un canyon sous-marin et documenter la flore et la faune, mais vous n'y retournerez plus, parce qu'il y a tellement d'autres sites à visiter. Or les gens veulent aller sur le Titanic, c'est une occasion unique, et ils sont prêts à nous payer pour y aller. Désormais, nous pouvons y aller tous les ans. Je ne pense pas qu'il y ait d'autres endroits sur la planète Terre à une telle profondeur où l'on puisse emmener des chercheurs chaque année pour obtenir ce type de données spécifiques : tel type de corail est plus répandu, tel autre ne l'est pas. C'est tout à fait pertinent, car il y a un million d'épaves, et des dizaines de milliers qui se trouvent dans les profondeurs de l'océan et qui datent de la Seconde Guerre mondiale. Nous ne connaissons pas vraiment leur impact et la manière dont elles affectent l'écosystème. Les scientifiques sont très enthousiastes, car ils n'ont pas souvent l'occasion de mener à bien ce type d'observations.

Compte tenu de l'aspect scientifique de vos expéditions, pourquoi impliquer des « spécialistes de mission » (tautrement dit, des touristes payants pour OceanGate) ?

J'ai lancé OceanGate en 2009, avec l'idée qu'il y avait deux besoins. Le premier est que nous en savons très peu sur l'océan. En ce qui concerne notre connaissance, en particulier de l'océan profond, c'est-à-dire tout ce qui se trouve en dessous de la profondeur de la plongée sous-marine, c’est triste, très triste, de voir quel à point elle est réduite. Les choses s'améliorent, et de nombreux efforts sont déployés pour étendre nos connaissances, mais il reste tant à faire. Certains chercheurs veulent aller voir l'environnement de leurs propres yeux, et pas seulement regarder une image prise par un robot.

Le besoin au niveau de la recherche est donc énorme.  Mais les sous-marins coûtaient cher lorsque je me suis lancé. Et je savais, grâce à mon expérience personnelle des expéditions, qu'il existait également un marché croissant pour ce type de tourisme  différent. Je me suis notamment intéressé à « Earthwatch » et à la manière dont ils ont réussi à faire payer les gens pour travailler sur des fouilles archéologiques. C'était la même chose : un grand besoin de main-d'œuvre pour fouiller un site archéologique et aider à le financer, ainsi qu'un besoin de recherches. J'ai donc pensé qu'il y avait peut-être de quoi monter un projet similaire dans l'océan. C'est vraiment ce sur quoi OceanGate travaille depuis 10 ans, en proposant différents projets. Nous avons réalisé plus de 18 expéditions majeures (bien moins coûteuses que le Titanic), mais nous nous efforçons de répondre aux attentes de ces voyageurs aventureux qui veulent faire autre chose que de s'asseoir et de vivre une expérience touristique où quelqu'un se contente de leur raconter ce qui se passe. Ils veulent participer à la fois à la planification de l'opération, à son exécution et à son suivi. C'est la raison pour laquelle nous avons mis en place la mission Titanic et que nous faisons venir les « spécialistes de la mission », car ils contribuent à financer le coût de ces recherches.

Quel est donc le profil des gens en quête de ce type d’expérience ?

Il s'agit d'un groupe remarquablement diversifié. Le Titanic est un cas particulier, car il s'agit d'une pièce emblématique. Sur cette épave, nous avons donc ce que l'on appelle les "Titaniacs". Ce sont des gens qui sont tout simplement [obsédés]. J'ai vu de jeunes enfants venir me voir et me dire : "J'adore le Titanic. Je sais tout sur le Titanic", alors qu'ils n'étaient même pas nés à l'époque où ce film, qui a eu un énorme succès, est sorti. Le Titanic a fait l'objet d'environ 16 longs métrages. Dieu sait combien de livres ont été publiés. Dans le monde du Titanic, il y a donc des gens qui ne pensent qu'au Titanic. Ils veulent vraiment le voir. C'est probablement la moitié de notre clientèle. L'autre moitié est constituée de voyageurs aventureux qui font de la plongée sous-marine en Indonésie ou qui organisent leur propre safari hors réseau en Afrique. Je pense notamment à un couple qui a expédié ses vélos en Croatie et s'est lancé dans du bikepacking en autonomie.

Ils sont âgés de 26 à 80 ans. Nous avons même emmené un homme de 92 ans dans le sous-marin. Nous avons des gens qui ont déjà fait l’ascension de l'Everest et d'autres qui n'ont pas de capacités physiques exceptionnelles. Nous avons conçu le sous-marin pour qu'il puisse accueillir une personne moyenne. Nos exigences sont les suivantes : vous devez être capable de grimper une échelle ou de vous tenir debout sur une chaise, et de vous lever du sol (vous pouvez utiliser vos mains). Une agilité de base est vraiment tout ce dont nous avons besoin, compte tenu de ce que nous avons fait pour concevoir l'expérience. Nous essayons de la rendre aussi accessible que possible.

https://youtu.be/x40SAJS2whY

Lorsqu’après tant d’efforts ils voient le Titanic pour la première fois, que ressentent ces clients, ces « spécialistes de la mission » ?

Ca dépend des gens. La plupart disent que c'est plus étonnant que ce à quoi ils s'attendaient. Ils ont une idée de ce à quoi cela va ressembler d'après le film, ou peut-être d'après certaines de nos vidéos précédentes. Mais une fois sur place, les couleurs sont tout simplement incroyables. Et les couleurs - au fur et à mesure que vous vous rapprochez, une fois que vous êtes à environ un mètre cinquante -... tout d'un coup, les oranges et les rouges apparaissent ! Et vous avez sous les yeux un tableau pastel. C'est une épave d'une beauté inouïe.

Ensuite, il y a cette fenêtre géante. Ce qui est génial, c'est qu'elle fait 21 pouces (53 centimètres), ce qui permet à trois personnes de regarder la même image, et non pas un minuscule hublot, comme c'était le cas pour les sous-marins russes Mir. Cette possibilité d'être en groupe et d'avoir plusieurs personnes est vraiment, je pense, l'un des éléments clés... Avec cinq personnes, on obtient vraiment une dynamique intéressante, les gens apprennant à se connaître.

Pouvez-vous me parler des voyages qui vous ont inspiré à titre personnel ?

J'ai construit mon propre avion et, au début des années 2000, j'ai fait un voyage en Amérique centrale avec un groupe appelé Baja Bush Pilots Association. Il s'agissait d'une forme étrange de voyage extrême : 21 avions privés traversant l'Amérique centrale, [atterrissant sur] les petites pistes de terre partout... Je me suis rendu compte que les voyages que j'appréciais le plus dépendaient vraiment de leur caractère différent et de leur but. Je n'aimais pas vraiment aller visiter un musée. C'est bien, mais je préfère partir en randonnée ou explorer une nouvelle région....

Quand on aime les voyages extrêmes, l'un des autres défis est d’aller escalader l'Everest. Mais c'est quelque chose qui demande énormément d'efforts physiques et de temps, entre autres. Je voulais aller dans l'espace, et c'est toujours le cas d’ailleurs, mais peut-être quand ce sera moins cher. Cela dit, à bien y réfléchir, je ne vois plus vraiment de raison d’y aller maintenant. Car ce qui m’intéresserait, c’est d’aller travailler dans la station spatiale pendant un mois, mais ce n'est pas possible à un prix raisonnable.

J'ai donc réfléchi à mon expérience personnelle et celle des gens avec qui j’ai l’habitude de voyager, et je me suis dit que ce qui était passionnant, c’était de résoudre des problèmes. Vous savez, comme un pilote de brousse qui atterrit au milieu de nulle part et doit se débrouiller pour trouver l'hôtel et faire son plein essence. Ces expériences et mon amour de l'océan se sont donc mélangés et de là est partie mon idée. Mais quel est donc déjà le sujet de votre article ?

Explorer le tourisme aux limites de l'existence, y compris les voyages dans l'espace et en haute mer.

Nous avons discuté avec certains acteurs du secteur spatial - Blue Origins, Virgin Galactics, etc. – du parallèle entre exploration sous-marine et exploration spatiale.... Et la seule analogie intéressante, c’est le sous-marin, parce que dans ce cas, vous êtes dans une capsule avec quelques personnes dans un environnement qui met votre vie en danger ou potentiellement dangereux, voire mortel. C'est à peu près ce qui se rapproche le plus d'une capsule spatiale. Si vous faites une simulation à la surface, vous savez que vous pouvez ouvrir la porte et aller au McDonald's si cela ne vous plaît pas. Lorsque vous êtes dans le sous-marin, c'est un bon test de résistance. C'est pourquoi nous demandons aux responsables de l'espace d'embarquer dans un sous-marin. S'ils veulent aller dans l'espace ou sur Mars. S'ils veulent faire le tour de la lune, un bon exercice d'entraînement consiste à les mettre dans une configuration où ils sont avec quatre autres personnes pendant 12 heures, à 3,5 km de tout. S'ils doivent perdre la tête, c'est là qu'ils la perdront".

En ce qui concerne l'exploration des océans de manière plus générale, dans quelle mesure l'exploration des grands fonds est-elle accessible à l'heure actuelle, selon vous, et qu'est-ce qui doit changer pour qu'elle le devienne plus largement ?

Si vous voulez vous contenter d’aller sur le web et de voir des photos de créatures des grands fonds, c'est de plus en plus accessible. En revanche, si vous voulez aller les voir de vos yeux et participer au processus de découverte, c'est extrêmement difficile d'accès. Le seul moyen d'aller dans les profondeurs de l'océan à bord d'un sous-marin est de travailler pour la NOAA, d'avoir un doctorat et de pouvoir passer du temps à bord d'Alvin ou de l'un des sous-marins de plongée profonde, ou encore d'être milliardaire. Vous savez, il y a un certain nombre de milliardaires - Ray Dalio, Victor Vescovo, qui ont construit le sous-marin pour aller dans la fosse des Mariannes. Il faut donc faire partie de leurs amis, ou avoir quelque chose à offrir... Si vous voulez plonger en eaux peu profondes, il y a donc quelques sous-marins. Vous pouvez descendre à 30 ou 300 mètres, mais si vous voulez atteindre la profondeur moyenne de l'océan, à 4 000 mètres, ce n’est pas vraiment possible.

Qu'est-ce qui devrait changer pour que ce type d'expérience devienne plus largement accessible, comme c'est le cas dans votre projet ?

Nous avons abordé la question sous cet angle. Mon point de vue est celui d'un homme d'affaires, et j'ai regardé ce qui se passait....Il y avait un certain nombre de projets, mais ils étaient généralement altruistes. L'idée était la suivante : "Nous allons soit nous adresser au gouvernement pour obtenir de l'argent, soit recueillir des dons pour réaliser un projet". Donc, pour faire du business, la seule façon d'avoir plus de gens sous l'eau, c'est d'avoir plus de sous-marins disponibles, plus de gens qui le font, pour que le prix puisse baisser. 

C'est ce que nous avons fait avec OceanGate. Nous effectuons des plongées dans la région de Puget Sound pour seulement 2 500 dollars en tant que « spécialiste de mission », jusqu'au Titanic [à 250 000 dollars]. J'espère qu'il y aura beaucoup d'imitateurs. Nous espérons ouvrir la voie pour que si vous venez à New York, par exemple, vous puissiez plonger dans le canyon de l'Hudson à un prix raisonnable. Ce sera toujours cher, mais nous espérons que le coût sera équivalent à celui d'une place de premier choix pour un match du Super Bowl, par exemple. Ce qu’il faut, c'est qu'il y ait plus de sous-marins OceanGate, ou plus de sous-marins semblables à OceanGate...

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