« C’est un monde différent ici, il y a encore tant à découvrir », raconte un plongeur, membre de l’Expedition Bjurälven, un petit groupe de plongeurs suédois, pas effrayé par les températures polaires, qui a entrepris de cartographier la grotte de Dolinsjö, dans le centre de la Suède, un dédale sans fin de grottes cachées sous la glace. A ce jour ils n’en ont parcouru que 1,7 km, mais personne ne sait encore jusqu'où il s'étend. Leur entreprise n’est pas sans risque. Mais ils sont accros. Pourquoi ? « Là-dessous, on ne sait jamais ce qui vous attend au tournant ».
Tout a commencé en 1979. Bo Lenander plonge dans un tout petit lac des montagnes du Jämtland, dans le centre de la Suède, quand il découvre « un trou noir ». Avec son vieil argentique, il prend une photo du site, mais ne pousse pas son exploration plus loin. Il faudra attendre l’été 1997 pour que d’autres plongeurs s’intéressent à ce cliché et entreprennent d’aller voir où conduit cette porte ouverte vers les profondeurs. Mais de forts courants les conduisent à abandonner.

Plus de dix ans plus tard, en 2008, une nouvelle génération de plongeurs spéléologues repart à l’assaut. Il faut dire qu’ils profitent d’équipements techniques bien plus performants que leurs prédécesseurs, et qu’il peuvent désormais plonger en hiver pendant les périodes où les courants sont plus calmes. Armés de pelles et de pioches, ils s’attaquent alors à la glace épaisse, et se mettent à creuser. Contre toute attente, ils découvrent le fameux "trou noir", révélé par la photo de Bo Lenander. Sans le savoir, ils viennent de localiser l’entrée du plus grand système de grottes sous-marines de Suède.




"Hier, j'ai eu peur ; demain je ne plongerai pas"
Cette découverte marque le début de l'exploration passionnante d’un univers sous-terrain totalement inconnu à ce jour. Exploration qui n’est pas prête de prendre fin et qui fascine plus d’un plongeur, raconte « Underground Movement: Cave Diving in Jämtland », documentaire passionnant produit par le Klättermusen.
Dès l’aube l’équipe de plongeurs s’enfonce dans la neige, lourdement chargés de tout le matériel indispensable à leur exploration et à leur survie dans les eaux glacées. « Je suis toujours un peu nerveuse, au départ », raconte l’une des plongeuses, à quelques minutes de se laisser couler dans le trou creusé dans la glace. « Je fais partie des moins aguerris de l’équipe. Mais on est comme une famille. Parmi nous, il y a tous les niveaux, mais on s’entraide. Cette passion, nos amis, nos familles ont du mal à la comprendre. Mais chacun doit suivre sa voie. Et là-dessous, on a une sensation extraordinaire. Tout le stress s’envole. »
Du stress pourtant il y en a. Au soir, débriefing de l’équipe. Un plongeur, le regard tourmenté, explique que « aujourd’hui, j’ai eu peur. Demain, je ne plongerai pas ». Tous vont respecter son choix. L’homme a perdu un ami en plongée en France l’été précédent. Sa mort le hante encore semble-t-il.

"Pour nous, pas de Google Earth, contrairement aux alpinistes"
Pour un autre de ses compagnons, la question ne se pose pas. « Je vis pour plonger, je plonge des centaines de fois par an », raconte-t-il. « Etre le premier à pénétrer dans une salle souterraine est impossible à raconter. Tu es totalement focalisé sur le moment, ton équipement, tes sensations. Je veux explorer ce que personne n’a jamais vu avant. C’est un monde différent ici, il y a encore temps à découvrir. J’ai bien conscience qu’il y a une forme d’addiction dans cette pratique, mais je veux toujours aller plus loin".
Pourquoi ? « Eh bien... je pense que notre trajet est similaire à celui des autres explorateurs », poursuit un membre de l’équipe. « Nous voulons voir quelque chose de nouveau. Et la particularité de la plongée dans les grottes est que nous ne pouvons pas nous contenter de regarder Google Earth et avoir avant la plongée une assez bonne idée de ce que nous allons trouver, contrairement aux alpinistes et aux grimpeurs. Nous devons descendre sous l’eau, nager et jeter un coup d'œil sur le site. Chaque mètre est totalement nouveau, pour tout le monde. Cette sensation, où chaque coup de palme vous amène dans quelque chose que personne n'a jamais vu auparavant, est magique. »
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