La situation dégénère au Népal. Tandis que le gouvernement a laissé revenir en masse les visiteurs de l’Himalaya pour relancer le tourisme, le pays est en train de sombrer dans une deuxième vague de Covid violente. À tel point que le gouvernement fait appel aux alpinistes pour ramener leurs bouteilles d’oxygène, même vides, pour aider les patients dans les hôpitaux.
Le variant indien a définitivement traversé la frontière népalaise, et a déclenché un cataclysmique de cas de Covid-19 au Népal. Les hôpitaux de ce pays de 28 millions d’habitants sont saturés, manquent de lits et surtout d’oxygène pour les patients en détresse respiratoire. Une situation inédite depuis le début de la pandémie, qui n’avait encore jamais atteint ce niveau d’urgence au Népal.
Actuellement, près de 83 500 personnes ont contracté le Covid-19 dans le pays. Parmi eux, 8777 cas ont été enregistrés le week-end dernier. Soit « 30 fois plus que le mois dernier », souligne Vice World News. « Au cours des dernières 24 heures, 53 personnes sont décédées du Covid-19, souvent parce que les soignants n’ont pas pu obtenir de bouteilles d’oxygène », indique le Nepali Times.
Le manque d’oxygène, de matériel de soins et de personnel médical sont précisément les points qui alertent les Népalais. « Au 8 mai, 5478 personnes étaient en cours de traitement dans différents hôpitaux du pays. 758 d’entre elles sont en soins intensifs, et 231 sont sous assistance respiratoire », rappelle le quotidien népalais. « Même les grands hôpitaux privés de Katmandou sont submergés par le nombre croissant de patients gravement malades, et manquent de bouteilles d’oxygène ». Pour tenter de survivre à cette deuxième vague, le gouvernement affirme avoir besoin de réquisitionner en urgence 25 000 bouteilles d’oxygène.
1 médecin pour 140 000 personnes
« Les amis et les familles des patients doivent eux-mêmes parcourir la ville (Katmandou, ndlr) à la recherche de fabricants d’oxygène et de pharmacies pour s’approvisionner ou remplir des bouteilles. Samedi, beaucoup se sont précipités vers une usine d’oxygène située dans la zone industrielle de Balaju, qui distribuait de l’O2 aux personnes munies de rapports Covid-19 et de prescriptions médicales », poursuit le Nepali Times.
Dans une interview accordée au quotidien Népalais, le ministre de la Santé, Hridayesh Tripathi, a indiqué que « le gouvernement était en pourparlers avec les Emirats Arabes Unis et la Corée du Sud pour importer 40 000 bouteilles d’oxygène. » Le Népal a également commandé 20 000 bouteilles à la Chine.
Mais ce n’est pas suffisant pour secourir en urgence les patients qui saturent déjà les hôpitaux. « Le Népal ne dispose actuellement que d’environ 1600 unités de soins intensifs et moins de 600 ventilateurs à oxygènes pour les 28 millions d’habitants. Selon les données de l'ONG ActionAid Nepal, il n’y a qu’un médecin pour 140 000 personnes dans le pays », explique Reuters à Swiss Info.
Face au manque d’anticipation des autorités népalaises, la population doit improviser des solutions. « Le gouvernement se contentant de demander à ses citoyens de se protéger eux-mêmes, les communautés locales et les quartiers mettent en place leurs propres quartiers d’isolement et leurs propres banques d’oxygène », ajoute le Nepali Times.
Les associations ripostent
Tous les secteurs sont désormais réquisitionnés pour palier le manque de bouteilles. Certaines associations se mobilisent activement, notamment sur les réseaux sociaux, pour tenter de fournir de l’oxygène aux hôpitaux. C’est le cas de Hamro Team Nepal, une organisation non gouvernementale de lutte contre les discriminations sociales et la faim, qui fournit gratuitement de l’oxygène nuit et jour dans la vallée de Katmandou, de Patan et Bhaktapur. Le « Groupe des 100 », un regroupement de jeunes travailleurs sociaux actif depuis le premier confinement pour aider les personnes pauvres à obtenir des médicaments, mobilisent également des volontaires pour trouver des bouteilles d’oxygène.
Même les industriels s’y mettent. « Vijay Shah, du groupe d’industries Jawalakhel, a annoncé vendredi qu’il finançait l’hôpital de Dhulikhel avec un don d'environ 95 000 euros afin de mettre en place un équipement d’approvisionnement en oxygène pour améliorer son unité de soins intensifs », explique le Nepali Times.
2500 bouteilles apportées par les alpinistes
Malgré cette mobilisation, cela ne suffit pas. C’est pourquoi le gouvernement se tourne maintenant vers les grimpeurs, plus nombreux que jamais dans l’Himalaya. « Nous appelons les alpinistes et les sherpas à rapporter leurs bouteilles vides dans la mesure du possible, car elles peuvent être rechargées et utilisées pour le traitement des patients atteints du Covid, qui en ont cruellement besoin », a déclaré Kul Bahadur Gurung, homme politique népalais, à Reuters.
Depuis le début de la saison, 700 permis d’ascension ont été délivrés aux grimpeurs pour 16 sommets de l’Himalaya. « En ce moment, nous avons 408 alpinistes au camp de base du Mont Everest qui poussent pour atteindre le sommet, et chaque personne a environ quatre bouteilles, tandis que leurs guides Sherpa en portent généralement trois - sans compter certains voyageurs solitaires qui portent leurs propres bouteilles », a déclaré Kul Bahadur, le secrétaire général de l'Association d'alpinisme du Népal à Vice. « Donc en gros, on peut s’attendre à ce qu’environ 2500 bouteilles reviennent après cette expédition. »
Shiva Bahadur Sapkota, alpiniste et secrétaire général de l'association Everest Summiteers, a rappelé à Vice que « les alpinistes ont généralement besoin d’utiliser cet oxygène lorsqu’ils atteignent 7300 mètres d’altitude, et redescendre bouteilles au retour est une tâche difficile ». Or, même si un règlement impose aux alpinistes sur l’Everest de ramener avec eux tous les objets transportés lors de leur ascension, les bouteilles d’oxygène sont souvent jetées et enfouies sous la neige du Toit du monde.
L’association népalaise d’alpinisme (NMA) a elle aussi, « exhorté tous les alpinistes à soutenir le gouvernement dans sa lutte contre un système de santé sous pression et la pénurie d’oxygène », ajoute Reuters. Dans tous les cas, la saison touche à sa fin - leur retour serait prévu pour les deux dernières semaines de mai - les fenêtres pour gravir les sommets sont de moins en moins nombreuses. On espère donc que les alpinistes réagiront et prendront au moins la peine de descendre avec leurs bouteilles vides - ou mieux encore, pleines. Quitte à revoir à la baisse leurs objectifs. Peut-être enfin pouvons-nous rêver qu’en mai 2021, à l'heure où la pandémie est loin d'être maîtrisée, les grimpeurs préfèreront renoncer à une expédition pour sauver des vies. Question de décence.
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