Au-delà des records, et notamment de son dernier – afficher le plus grand nombre d’ascensions (41) à plus de 8 000 mètres – une performance interroge chez le guide népalais : son « taux de réussite et de sécurité de 100 % ». Un point dont il peut s’enorgueillir, car s’il est un point sur lequel l’ex Gurkha passé par les forces spéciales britanniques ne plaisante pas, c’est bien sur le principe de ramener sains et saufs ses hommes (et ses clients) à la maison. Le résultat d’une organisation millimétrée et d’années expérience en très haute altitude, nous explique-t-il dans une interview express accordée entre deux expéditions.
Les 14 sommets de plus de 8000 mètres ont des taux de mortalité parmi les plus élevés au monde, dépassant généralement les 10% (29,5% pour l'Annapurna !). Encore aujourd'hui, ils demeurent donc une entreprise très risquée. Au vu de ces données, on comprend pourquoi le nouveau record de Nims Dai - afficher le plus grand nombre d’ascensions (41) à plus de 8 000 mètres sans aucune perte humaine - est un exploit digne d'être souligné, tant d'un point de vue physique que sécuritaire. Ce que l'alpiniste n'a pas manqué de rappeler hier sur son compte Instagram « C'est avec beaucoup d'humilité mais aussi de fierté que je suis entré dans l’histoire de l’alpinisme en 2019. J'ai dû mettre tant de choses en place pour y parvenir et en si peu de temps » se souvient-il. « Je détiens désormais le record du monde du plus grand nombre d'ascensions de plus de 8 000 mètres, soit 41 sur 41 ! Cela représente 8 sommets de 8 000 m par saison, alors que la plupart des gens n'en font qu'un seul au cours de leur vie ».
Le fruit de « trois années de travail acharné » précise-t-il. Et surtout, sans perte humaine, la plus grande priorité de Nims Dai demeurant la sécurité, chaque année plus complexe à gérer. Car aux incertitudes du terrain générées par le bouleversement climatique, s’ajoute aujourd’hui la surfréquentation affectant les plus hauts sommets, cause de nombreux accidents liés à l’épuisement ou à l’engorgement de certaines zones. Un point sur lequel le Népalais n’a de cesse d’alerter les autorités népalaises qui délivent des permis d’ascension à tour de bras. On se souvient qu’en 2019, c’est lui qui avait pris une photo devenue virale montrant une queue sans fin en route vers le plus haut sommet du monde.
Rappelons qu’avant d’être un chasseur de records, Nims Dai est avant tout patron d’une agence, Elite Exped. Fondée en 2017 avec Mingma David et Mingma Tenzi, elle propose des expéditions de luxe qui attire notamment des personnalités en quête de performance, dont récemment la princesse du Qatar, Al Thani. A ces VIP, l’ex Gurkha formé également par les forces spéciales britanniques, propose un service très cher, mais aussi très sûr ; enfin, aussi sûr que possible, le risque zéro n’existant pas en montagne, et moins encore sur un 8000 m. Le fruit d’une organisation rigoureuse reposant sur quelques principes de base.
Un client, un guide
Pour obtenir de tels résultats (41 ascensions de plus de 8000 réussies sur 41 tentées, sans aucune blessure), Nims Dai déploie de grands moyens. Une règle de base : un guide par client. Un moyen de garantir un maximum de sécurité. Cela a un coût, mais c’est payant sur le terrain.
L’autonomie avant tout
Dans les unités d’élite par lesquelles Nims Dai est passé, chaque homme coûte cher en formation, il est précieux, l’idée est donc de lui donner toutes les compétences pour être aussi efficace que possible et d’en revenir vivant, prêt à repartir sur le terrain. Le principe d’entraide prévaut donc. Cette expérience a marqué le Népalais et lui est fort utile aujourd’hui en montagne avec ses propres clients mais pas seulement. On a vu qu’il n’hésitait pas à changer ses plans pour aller sauver des alpinistes en péril. Ce qu’il a notamment entrepris en 2019, sur le Kangchenjunga, en participant au secours de deux indiens en difficulté à plus de 8300 mètres. « Si un élément est contrôlable, nous pouvons le contrôler, ce qui est essentiel pour atteindre et maintenir notre stratégie de réussite et de sécurité, qui est la meilleure du secteur » apprend-on sur son site web. « Nous sommes capables de mettre en place nos propres cordes fixes (qui ont fait leurs preuves sur tous les sommets de 8000 m) et des systèmes de secours pour couvrir tous les scénarios, depuis l’approvisionnement en oxygène jusqu’à la capacité et l’expérience d’effectuer nos propres missions de sauvetage si la situation l’exige. Cette approche autonome maximise nos options et notre réactivité, tout en éliminant l’incertitude liée au fait de dépendre d’autres équipes sur la montagne pour atteindre les objectifs ou assurer la sécurité ».
Former ses clients
Non content d’exiger un CV minimum, le Népalais s’engage à former ses clients. Tant d’un point de vue physique que mental. « Quel que soit votre niveau actuel, nous travaillerons avec vous pendant la phase de planification pour identifier les domaines qui pourraient nécessiter une attention particulière et un soutien supplémentaire » souligne-t-il. « Nous pouvons guider un débutant dans l’apprentissage des techniques de base de la neige et des glaciers, de la construction de camps en haute altitude […] ou compléter le savoir-faire des plus expérimentés avec des techniques essentielles d’escalade en haute altitude ». Un apprentissage structuré à base d’exercices réguliers dans les mois qui précèdent l’ascension. Autre élément clé de l’approche de Nims Dai en matière d’entraînement : un programme conçu pour améliorer la capacité d’un client à comprendre comment son corps et son esprit se comportent sous le stress provoqué par la très haute altitude. L’idée ? Faire progressivement gagner à l’individu suffisamment de conscience de soi pour évoluer sur les 8000 en pleine confiance. « Cette capacité est de la plus haute importance lorsqu’il s’agit de prendre des décisions et des jugements optimaux en haute montagne, dans des environnements hostiles en constante évolution » explique Nims Dai sur son site.
Une stratégie bien rodée donc, sur laquelle Nims Dai nous a apporté quelques précisions entre deux expéditions, via une interview par mail .
Comment se fait-il qu'il n'y ait pratiquement aucun problème de sécurité avec les expéditions que tu as menées ?
« J'ai passé 16 ans dans l'armée britannique, dont 10 ans dans les forces spéciales, j'en ai tiré un état d'esprit positif qui m'a appris à anticiper et à gérer toutes les éventualités. Cela m'a également donné une solide vue d'ensemble, indispensable pour diriger ce genre de projet. Je suis capable de m’adapter sur le terrain en fonction de la situation. S le bulletin météorologique ne correspond pas aux conditions réelles - ce qui est malheureusement souvent le cas en raison du changement climatique -, je peux modifier notre stratégie. (...). Je travaille avec la meilleure équipe du monde - chaque membre est extrêmement expérimenté, notamment mes codirecteurs Mingma David Sherpa et Mingma Tenzi Sherpa. Nous investissons aussi beaucoup dans la formation de tous nos guides, sur la durée et en respectant des normes très strictes afin de garantir que la sécurité demeure notre principale priorité ».
Que peux-tu faire de plus pour améliorer la sécurité en Himalaya ?
« On peut toujours faire plus – il y a toujours de nouvelles avancées en matière de sécurité et c'est une bonne chose. La sécurité est notre principale priorité et toute personne qui affirme qu'elle ne peut pas s'améliorer en la matière, dans n'importe quel domaine de la vie d'ailleurs, est clairement mal informée. Je travaille avec les meilleurs experts afin d'améliorer la sécurité et l'efficacité du matériel - nous utilisons par exemple les premières chaussures chauffantes de Scarpa et Thermic (Phantom 8000 Nims HD), les harnais et les piolets Grivel. Plus le matériel est performant, plus vous serez en sécurité lors de vos expéditions et plus vous pourrez atteindre vos objectifs. Nous les testons tous rigoureusement sur le terrain ».
Comment sont formés les guides d'Elite Exped ?
« Comme je l'ai dit précédemment, nous travaillons sur le long terme avec nos guides. Nous les prenons d'abord comme assistants. Ils doivent ensuite prouver leurs compétences et leur expérience avant que nous ne les formions pour devenir guides. Prenons Phurba Sonam Sherpa. Quand il a rejoint l'équipe d'Elite Exped, il n'avait pas gravi un seul sommet de 8 000 mètres. Nous lui avons donné l'opportunité de le faire avec l'équipe d'Elite Exped, ce qui lui a permis d'accroître ses compétences et son expérience. Aujourd'hui, il est l'un de nos principaux guides, reconnu pour sa force et ses connaissances. Il a déjà gravi 10 des 14 sommets de plus de 8000 mètres et il est également un caméraman expérimenté en haute altitude. Formés par nous, beaucoup de nos guides sont devenus détenteurs de records du monde. Tour récemment cette année, Yukta a ainsi atteint le sommet du K2, avec notre cliente Anna Guttu, en seulement 35 heures. Nous sommes fiers d'engager et de soutenir nos guides, en les formant et en les payant très bien [en moyenne, les très bons guides sont payés 6000 dollars par saison, Nims Dai rémunère, lui, ses meilleurs guides à 70 000 dollars, ndlr], et en augmentant leur expérience - ce qui soutient la communauté au sens large ainsi que leurs familles ».
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€










