Qu’on soit fan ou pas de l’approche de l’alpiniste norvégienne force est de constater qu’elle a de la suite dans les idées ! Si en octobre dernier sa tentative de gravir en moins de six mois et six jours l’ensemble des 14 sommets de plus de 8000 m avortait, faute d’obtenir les autorisations chinoises pour les deux derniers, en fait, ce n’était que partie remise. Hier, mercredi 3 mai, elle a ajouté le Cho Oyu (8188 m ) à sa todo list, une semaine seulement après avoir coché le Shishapangma (8027 m). Elle devient ainsi l’alpiniste la plus rapide de l’histoire, hommes et femmes confondus, sur ce défi bouclé en un an et cinq jours. De quoi prendre un peu de repos ? Et bien non. Plus déterminée que jamais, la Norvégienne reprend sa tournée des 8000 m dans un nouveau projet baptisé « She moves mountains »…
Stérile bataille de chiffres et d’égos pour certains, vrai défi pour d’autres, la course aux 14 « 8000 m » n’en finit plus de fasciner. Ou d’agacer. Pour ceux qui en 2022 auraient échappé à l’énorme battage médiatique généré par le projet de Kristin Harila, rappelons que le 28 avril 2022 elle partait sur les traces du Népalais Nims Dai et entreprenait de gravir les 14 « 8000 » en moins de six mois et six jours. Ce qui devait faire coup double : à savoir, être la première femme a accomplir un tel exploit en un temps aussi impressionnant et dans la foulée, lui ravir son titre. Ce qui n’était pas pour lui déplaire. Las, malgré ses incontestables talents de négociatrice et les énormes moyens dont elle disposait, grâce au soutien, notamment, de son sponsor, l’horloger suisse Brémont, elle devait se casser les dents sur le Cho Oyu et le Shishapangma, dont l’accès est contrôlé par PékIn.
La mort dans l’âme, elle annonçait donc le 28 octobre dernier mettre un terme à son projet : « Trop de neige, trop de froid, et trop d’obstacles le long de l’itinéraire », confiait-elle dans un post. « En ce moment, j’essaie de réaliser que, ça y est, ces six mois, et surtout ces efforts que nous avons déployés pour essayer d’obtenir les permis pour les deux dernières montagnes, le Cho Oyu et le Shishapangma, sont terminés » explique-t-elle. « Nous avons épuisé toutes les possibilités pour y parvenir, mais malheureusement, pour des raisons indépendantes de notre volonté, nous n’avons pas pu obtenir les permis à temps, […] des éléments hors de mon contrôle qui rendent les événements difficiles à digérer ».
Un coup dur pour la Norvégienne. Mais c’était mal la connaître. Ce que certains avaient vu comme un abandon n’était qu’une pause. Cette, année, dès le 26 avril, on la voyait au sommet du Shishapangma, son 13e objectif, et hier, le 3 mai, sur le Cho Oyu, gravissant ainsi les 14 objets de son désir en un an et cinq jours. Ce qui la propulse dans la catégorie des records répertoriés par 8000ers.com comme l’alpiniste la plus rapide sur ce défi, hommes et femme confondus. Nims Dai lui-même l’ayant réalisé au final, en 2019, en 2 ans, 5 mois et 15 jours, faute d’avoir gravi les deux antécimes et non les « vrais sommets » du Manaslu et du Dhaulagiri. « Détails» qu’il s’est empressé de corriger quelques mois plus tard.
Voilà donc qui devrait satisfaire la Norvégienne. Mais là aussi, c’était mal la connaître. Car Kristin Arila remet maintenant le couvert, toujours à grands renforts d’oxygène en bouteilles, de cordes fixes et de Sherpas, et entreprend d’aller jusqu’au bout de son premier objectif : le fameux « 6 mois, 6 jours», que s’était donné initialement Nims Dai. Remettant les comptes à zéro cette année, les deux sommets gravis ces derniers jours seront donc considérés comme les deux premiers des fameux 14, dans le cadre de ce nouveau défi baptisé « She moves mountain », littéralement « Elle déplace les montagnes »… Et alourdit encore un bilan carbone désastreux. En octobre dernier, à l’issue de ses 12 ascensions, nous avions mené l’enquête et évalué l’impact environnemental de l’ensemble de son projet. Résultat : entre 58,6 t CO2/e et 66,3 t CO2/e. À titre de comparaison, un Français moyen consomme 11 t CO2/e par an, idem pour un Norvégien (10,8 t CO2/e par an). Une moyenne abaissée à 5 t CO2/e au niveau mondial et à… 0,5 pour un Népalais.
En toute logique, la voir repartir aujourd’hui sur ces 12 sommets, double ces chiffres déjà affligeants.
La suite est réservée aux abonnés
- Accédez à tous les contenus d’Outside en illimité. Sans engagement.
- Votre contribution est essentielle pour maintenir une information de qualité, indépendante et vérifiée.
- Vous pouvez aussi acheter cet article pour 1€










