Au 68ᵉ jour de mer, Guirec Soudée a heurté au large de Madagascar un engin de pêche alors qu’il se trouvait à l’intérieur de son bateau. « J’ai senti un choc », raconte-t-il dans une vidéo publiée à bord. Le bilan est sérieux : le safran tribord de son maxi-trimaran Ultim est sérieusement abîmé. À l’approche du cap de Bonne-Espérance et des redoutables courants des Aiguilles, l’incident intervient à un moment stratégique de sa tentative de record en solitaire et sans escale.
Dimanche après-midi, alors que Guirec Soudée s’approchait de la pointe sud de l’Afrique, l’un des passages les plus engagés de son tour du monde à l’envers, son safran tribord a été gravement endommagé. Selon le skipper, un filet équipé de deux lourds poids aurait d’abord percuté le foil avant, avant de venir frapper le safran. Sur la vidéo publiée à bord, on distingue clairement la pièce scindée. L'avarie survient au pire moment : à l’approche du cap de Bonne-Espérance, le courant contraire des Aiguilles se heurte aux vents dominants d’ouest, levant une mer qui peut rapidement devenir chaotique et dangereuse. Un fort coup de vent est d’ailleurs annoncé. « Là, j’essaie d’accélérer car je suis vraiment millimétré. Je vais tenter d’aller à Bonne-Espérance comme ça, sans endommager davantage le safran », confie le skipper.
La réparation est envisageable, mais à une condition : disposer d’une mer plate et sans vent pour intervenir en sécurité. Pour l’instant, le timing ne le permet pas. En conséquence, Guirec doit lever le pied lorsqu’il navigue sur bâbord, amure où le safran endommagé est sollicité. Le risque, s’il force trop, serait une délamination pouvant entraîner une rupture nette de la pièce. Il évolue désormais sous-toilé pour ménager sa monture et ne progresse plus qu’à 12 nœuds, contre 20 nœuds de moyenne auparavant. Selon les estimations actuelles, il devrait atteindre le cap dans environ trois jours. Il espère trouver des conditions plus maniables une fois dans l’Atlantique pour effectuer une réparation.
Trimaran contre monocoque : vitesse contre robustesse
L’avarie relance une question centrale de sa tentative : le choix du multicoque. À 32 ans, le Breton vise un record sur un tour du monde à l’envers, en solitaire et sans escale. Son Ultim de 32 mètres de long pour 21 mètres de large est capable de vitesses bien supérieures à celles d’un monocoque. C’est ce qui explique les 3 400 de milles d’avance qu’il a accumulés sur le record établi en 2004 par Jean-Luc Van Den Heede, en 122 jours, 14 heures, 3 minutes et 49 secondes.
Mais cette vitesse a un revers : la fragilité. Un trimaran est plus rapide, mais aussi plus exposé aux chocs et aux contraintes structurelles, surtout dans une navigation à contre-courant permanente. À l’inverse, Van Den Heede avait opté pour un monocoque en aluminium, beaucoup plus lourd mais extrêmement solide — un choix assumé après avoir dû abandonner une première tentative à la suite d’un choc en mer. « Un tour du monde contre le vent, c’est différent. Il faut un bateau très fiable, très solide, capable d’arriver », racontait VDH lorsqu’Outside l’avait interviewé il y a un mois. « La principale difficulté, c’est d’arriver. Trois multicoques ont tenté ce record avant lui. Aucun n’y est parvenu. »
Une avance encore confortable, mais fragilisée ?
Au passage du cap Horn, après trois semaines de mer, Guirec comptait plus de 2 000 milles nautiques d’avance sur le temps de référence. Cette avance s’était ensuite progressivement érodée lorsqu’il avait choisi de remonter plus au nord dans le Pacifique pour trouver de meilleures conditions, avant de regagner du terrain. Il dispose aujourd’hui d’une marge importante de 3 400 nm, mais sa vitesse réduite pourrait en entamer une partie. « Ce n’est pas ça qui va m’empêcher d’arriver, mais forcément, ça va m’handicaper un peu », assure le skipper. Au 70ᵉ jour de mer, il lui reste environ un mois pour tenir son objectif ambitieux de boucler la circumnavigation en moins de 100 jours — et un peu plus d’une cinquantaine de jours pour battre officiellement le record de VDH.
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