L'une des premières ascensions du Denali réalisée cette année est pour le moins surprenante. On la doit à Jelle Veyt, kinésithérapeute et moniteur d'escalade belge de 38 ans, qui a entrepris il y a onze ans de faire les « 7 Summits » en les rejoignant… à vélo, à la voile et à pied ! A ce jour, il avait déjà côché quatre sommets, et le Denali, plus haut point d'Amérique du nord (6190 m), est donc son 5eme. Inspirant.
En atteignant le 12 mai dernier le sommet du Denali, en Alaska, Jelle Veyt a achevé une aventure commencée 18 mois plus tôt, réalisée à la seule propulsion humaine. Ce kinésithérapeute de 38 ans, également guide, a quitté la Belgique, son pays d'origine, au cours de la première semaine d'octobre 2022. Il s'est rendu à vélo jusqu'à la côte française, où il a ensuite embarqué sur un voilier et traversé l'Atlantique jusqu'à la côte est des États-Unis. Une fois arrivé à bon port, il a enfourché à nouveau son vélo pour rejoindre l’Alaska, où il a chaussé ses skis pour atteindre le plus haut sommet d'Amérique du Nord.

Déjà, en soi, ça laisse rêveur. Mais si vous pensiez que c'était costaud, attendez la suite. Jelle Veyt a dû faire face à des obstacles encore plus complexes à gérer par la suite. Arrivé tôt dans la saison dans la zone avec son partenaire d'escalade, son compatriote Julien Roels, les conditions ne lui ont pas permis de suivre le sentier sur la voie du contrefort ouest. « Si vous suivez les pas d'une autre cordée ou si vous pouvez voir les tentes d'un camp, vous savez vers où vous diriger », nous a-t-il expliqué. « Mais, là, nous avons dû faire la trace, contourner des crevasses et trouver un bon spot où bivouaquer. Une superbe aventure, au final ! ».
Une version plutôt engagée du "7 Summits "
Le Belge n’en est pas à son coup d'essai. Son ascension du Denali s’inscrit dans le cadre d'un projet engagé il y a plus de dix ans visant à rejoindre les plus hautes montagnes des sept continents entièrement par la force humaine, une version plutôt engagée du fameux défi des « 7 Summits ». Il l’a commencé en 2013 et compte désormais cinq des sept sommets à son actif. Le mont Elbrouz en Russie, l’Everest, le Puncak Jaya en Indonésie, le Kilimandjaro et maintenant le Denali.
Une énorme entreprise qu’il ne mène pas d'une seule traite. Il fait des pauses pour faire rentrer de l’argent dans ses caisses en travaillant comme moniteur d'escalade et pour passer un peu de temps en famille. Son périple est donc décomposé en plusieurs étapes, ponctuées par des retours en Belgique entre chacune d'entre elles. A ce jour, il a parcouru plus de 64373 km à vélo, à la rame ou la voile.
Jelle Veyt nous a expliqué que ce projet était est né de sa passion pour l'aventure et… de son manque de ressources financières. Benjamin d'une famille de quatre garçons, il s’est frotté à tous les sports possibles. Aventurier sans le sou, il est passé maître dans l’art de voyager en mode minimaliste, économisant chaque euros gagné entre chaque expédition.
« Il y a douze ans, je prenais déjà mon vélo pour me rendre dans différents massifs d'Europe. explique-t-il. « Mon manque d'argent et ma soif d'aventure me poussaient à utiliser des moyens de transport à propulsion humaine, ce qui me permettait de faire un voyage plus long avec un plus petit budget. Après l’Europe vint l’Asie et une offre d'emploi au Népal. Sans surprise, il décide de s’y rendre à vélo depuis la Belgique. En cours de route, il va faire un détour pour escalader l'Elbrus, le plus haut sommet d'Europe, culminant à 5642 mètres. C’est également au cours de ce premier très long périple qu’il croise quelqu'un qui avait fait l'ascension des sept sommets. L’idée fera son chemin ! « Cela m'a fait penser que je pourrais les escalader moi aussi. Mais en y allant à vélo ».
Trois tentatives pour l'Everest
Au cours de la dernière décennie, Jelle Veyt a dû surmonter une multitude d'obstacles. Il a tenté l'Everest en 2014, mais une avalanche meurtrière dans la cascade de glace du Khumbu l'a empêché d'atteindre le sommet cette année -à. Un an plus tard, il se trouvait au camp de base lors du tragique tremblement de terre qui a tué 18 personnes. Il lui faudra atendre 2016 pour finalement parvenir à atteindre le toit du monde.
Pour le Denali, le Belge a également dû modifier ses plans. Non pas une, mais deux fois. À l'origine, il avait prévu de traverser la Sibérie à vélo, puis la mer de Béring jusqu'en Alaska. Mais l'invasion russe de l'Ukraine en mars 2022 l'empêche d'entrer dans le pays. Son plan B consistait à rejoindre le Portugal à vélo, puis à traverser l'Atlantique à la rame. Mais le mal de mer le contraint à abandonner cette transatlantique aux Canaries. Il opte finalement pour une traversée de l'Atlantique à la voile.
Cet épisode l'a amené à revoir son objectif, à savoir un voyage entièrement à propulsion humaine. Mais il entend rester fidèle à l’esprit de son projet et achever un jour cette traversée par ses propres moyens. « J'aimerais un jour avoir rejoint tous ces sommets à propulsion humaine », nous a-t-il confié. « Mais après l'invasion russe, je n'ai tout simplement pas eu le temps ni les ressources nécessaires pour élaborer un plan différent. C'est encore un travail en cours, mais après avoir consacré 11 ans sur ce projet, je sais que j'ai le temps. »
Des conditions éprouvantes sur le Denali
A ce jour, son ascension du Denali semble avoir été la plus difficile de son vaste projet. Au cours des dernières années, l’alpiniste a grimpé avec plusieurs compagnons de cordée, mais c’était la première fois qu’il partait avec Julien Roels. Son partenaire habituel s'étant blessé sur la partie bikepacking de l’aventure, Roels s’est rajouté tardivement à l'équipe. « Je devais trouver un partenaire rapidement, on a pris contact par message sur Facebook », explique-t-il. « C'était un peu un pari, mais au final je n'aurais pas pu imaginer de meilleur partenaire pour le Denali. »
Les deux alpinistes ont participé à l’ouverture de la voie d'accès au sommet. Ils ont passé deux jours sur la dangereuse section du Denali Headwall, à 4572 mètres d'altitude, à tenter de dégager de la glace les lignes de vie. Lorsque le mauvais temps s'est mis de la partie, ils se sont repliés sur le camp de base, dans l’attente d'une amélioration des conditions. À leur retour en altitude, ils ont aidé les gardes forestiers du Denali à achever l'itinéraire au-dessus du camp le plus élevé, à 5181 mètres d'altitude. « Les conditions dans la partie supérieure de nous rendaient un peu nerveux et c'était encore difficile de temps en temps », explique-t-il. « Mais les gardes ont apprécié notre intervention. Ils ont écrit des commentaires sympas sur leur blog et nous ont même offert un badge de ‘Denali Pro‘, ça fait plaisir ».

Deux sommets attendent encore Jelle Veyt : L'Aconcagua, en Argentine, et le massif du Vinson, en Antarctique. Il va donc s’envoler pour le Panama - site d'une étape précédente de son voyage - puis commencer à pédaler vers l'Amérique du Sud. Après avoir franchi l'Aconcagua et rejoint à vélo Ushuaia, la ville la plus méridionale du monde, il a l’intention de naviguer ou de ramer jusqu'en Antarctique. Mais ça, c’est pour dans quelques mois.
« D'abord, il me faut me reposer et récupérer », conclut-il.
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