Voilà qui devrait vous déculpabiliser définitivement à l’heure de boire un demi après une bonne sortie : une nouvelle étude scientifique confirme, s’il le fallait, que les sportifs réguliers boivent plus que la moyenne … mais sans tomber dans l’excès ! Voici pourquoi, explique Alex Hutchinson, notre journaliste spécialiste de l’endurance.
« Parmi mes citations préférées, figure celle attribuée au Néo-Zélandais Rod Dixon, un athlète qui compte à son actif une médaille olympique sur le 1 500 mètres et une victoire au marathon New York : "Tout ce que je veux ", disait-il "c'est boire de la bière et m'entraîner comme une bête". A vrai dire, je ne suis pas vraiment fan bière, mais il y a quelque chose d'intrigant dans le discours de l’athlète - quelque chose qui, en fait, semble résonner chez beaucoup de coureurs.
Ces dernières années, de nombreuses études ont conclu que les personnes qui font beaucoup de sport ont également tendance à boire davantage que la moyenne. Cette constatation est légèrement surprenante, car en général, ces sportifs ont tendance à cumuler les comportements sains et être ainsi moins susceptibles de fumer, mais plus susceptibles de manger beaucoup de chou Kale par exemple. Mais il est vrai que l'alcool est difficile à classer dans la catégorie "sain" ou "malsain", car il existe des preuves (très discutées) qu'une consommation légère ou même modérée peut avoir des effets bénéfiques sur la santé. Cela dit je ne pense pas que le goût de Dixon pour la bière ait été motivé par le désir de faire baisser sa tension artérielle …
De moins de 3 verres par semaine à ... plus de 6
Or une étude, publiée dans « Medicine & Science in Sports & Exercise », réalisée par une équipe de chercheurs du Cooper Institute de Dallas, offre une nouvelle perspective sur le lien entre sport et alcool. La plupart des travaux scientifiques antérieurs se sont concentrés sur des athlètes de haut niveau, en particulier dans les équipes universitaires américaines, où les niveaux élevés de consommation d'alcool pourraient bien refléter la pression sociale s’exerçant sur les étudiants plutôt qu'un réel désir de boire. Cette nouvelle étude se penche en revanche sur les données de 38 000 patients, tous en bonne santé, âgés de 20 à 86 ans, qui, au préalables avait subi des tests à la Cooper Clinic. Or elle constate, elle aussi, un lien étroit entre sport et consommation régulière d'alcool.
Comment s’est déroulée l’étude ? L'aptitude cardiorespiratoire des sujets (c'est-à-dire leur VO2 max) a été évaluée par un test de course sur tapis roulant jusqu'à épuisement. Sur la base de ces résultats, ils ont été divisés en cinq groupes égaux en fonction de leurs scores ajustés en fonction de l'âge et du sexe. Le groupe le plus faible étant classé comme étant de « faible condition physique », les deux suivants comme étant de condition physique « modérée » et les deux plus élevés comme étant de condition physique « élevée ». En ce qui concerne la consommation d'alcool, les personnes consommant trois verres ou moins par semaine étaient considérées comme des buveurs « légers » ; jusqu'à sept verres pour les femmes et 14 verres pour les hommes, la consommation était jugée « modérée » ; et au-delà, elle entrait dans la catégorie « élevée ».
Le principal résultat est que les personnes en « moyenne » et « grande forme physique » sont beaucoup plus susceptibles d'être des buveurs modérés, voire excessifs que les personnes en moins bonne forme. Notamment chez les femmes, où le fait d'être en bonne condition physique fait plus que doubler la probabilité d'être une buveuse modérée ou excessive. Chez les hommes, cette probabilité augmente de 63 %. Ces sujets, pour la plupart, n'étaient ni des étudiants ni des athlètes de haut niveau. L'âge moyen était de 45,9 ans et le seuil de bonne condition physique chez les hommes se situait à une VO2 max de 46,9 ml/kg/min, ce qui est satisfaisant mais ne permet pas pour autant d’atteindre de réelles performances. Rappelons que VO2 max et pratique sportive ne sont pas parfaitement corrélées puisqu’il faut tenir compte du facteur génétique, mais une sous-analyse prenant en compte les habitudes d'entraînement des sujets et non plus leur scores de VO2 max a révélé un schéma similaire.
"Je mérite bien une petite bière, non ?"
La question intéressante est de savoir pourquoi il existe une association entre sport et consommation d'alcool. Les auteurs de l'article suggèrent prudemment que lorsque vous avez le sentiment d'avoir fait quelque chose de "bien" (du sport), vous vous récompensez en vous autorisant à faire quelque chose de "mal" (un verre d’alcool). Dans un autre domaine, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis sceptique quant à l'idée de prendre des multivitamines pour lutter contre les carences alimentaires : le fait de prendre une vitamine vous donnant inconsciemment la « permission » de créer ces carence. On sait en effet que les gens ont tendance à boire davantage les jours où ils ont fait plus de sport que d'habitude.
Mais il existe une autre école de pensée qui suggère que l'exercice et la consommation d'alcool sont tous deux influencés par des profils psychologiques communs. Une étude réalisée en 2014 par Leigh Leasure, chercheuse à l'université de Houston, a ainsi établi un lien entre sport et consommation d'alcool mettant en évidence que dans les deux cas, la recherche de sensations serait à la clef - un trait de caractère qui, à son tour, est influencé par la façon dont le circuit de récompense du cerveau traite la dopamine.
Dans des travaux ultérieurs, Leigh Leasure et ses collègues ont défini quatre motivations distinctes pour associer pratique sportive et alcool : "work hard-play hard"(tout donner, bien en profiter), "célébration", "image corporelle" et "culpabilité". Dans les deux premiers cas, l'exercice mène à la consommation d'alcool ; dans les deux derniers, la consommation d'alcool mène à l'exercice.
Le sport ? Nouvel exutoire pour nombre d'amateurs d'ultra, ex addicts
Alors, courir fait-il de vous un alcoolique ou vous empêche-t-il de le devenir ? Les deux théories se tiennent. A savoir que l'exercice physique peut renforcer le comportement de « recherche de récompense » qui conduit les gens à boire avec excès, ou concurrencer et déplacer le besoin de boire. Pour preuve, il suffit de se plonger dans les nombreux récits d'anciens toxicomanes, devenus des ultrarunners, qui racontent comment le sport leur a sauvé la vie.
Il est intéressant enfin de noter que l'étude de la Cooper Clinic a également fait passer un questionnaire destiné à évaluer la dépendance à l'alcool de tous les sujets étudiés. Dans l'ensemble, 13 % d’entre eux avaient atteint le seuil de dépendance à l'alcool. Car soit ils essayaient de réduire leur consommation, soit ils se montraient très sensibles à toute critique sur ce sujet, soit ils se sentaient coupables, soit enfin ils faisaient partie de ces buveurs qui prennent leur premier verre dès le matin. Or, parmi les hommes gros buveurs (mais pas les femmes), les plus en forme étaient les moins susceptibles de présenter des signes de dépendance. Cela correspond à l'idée que leurs pratique sportive remplit une partie de l'espace psychologique qu’autrement l'alcool pourrait combler.
Pour conclure, il est évident qu'il est difficile de généraliser ou d’arriver à des vérités simple sur ce sujet. Mais les travaux de Leigh Leasure ont le grand mérite de souligner l’impact des caractéristiques de la personnalité individuelle et des facteurs sociaux sur la relation entre sport et alcool. De quoi méditer pour tous ceux d'entre nous qui sommes en quête sensations forte. Et dans le doute, ceux-là auront tout intérêt à continuer de « s’entraîner comme une bête ».
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