Jeudi 21 octobre, à Castellet (PACA), Benoît Zwierzchiewski, alias Benoît « Z », meilleur temps français sur marathon (2h06’36) organise une tentative de record de 100 km pour les hommes et 50 km pour les femmes avec son association humanitaire et sportive BZ Team. Un challenge ambitieux – tenir 3’42’’ par km (soit 16,2 km/h) pendant un peu plus de 6h – qui pourrait laisser les connaisseurs sceptiques. Explications.
Le 100 km sur route résiste aux meilleurs de la discipline. Souvenez-vous, début 2021, la star de l’ultra-trail Jim Walmsley échouait à à 11 secondes du record, actuellement détenu par le Japonais Nao Kazami (6h09’14). Du côté des dames, la meilleure performance du 50 km sur route revient à l’Américaine Desiree Linden (2h59’54). Les coureurs kenyans pourront-ils faire face à ces temps de référence plus que solides ? Et si le projet de Benoît était, avant d'être une histoire de chiffres, une initiative solidaire ?



« En 2001, j'ai pu partager l'entraînement des Kenyans sur les plus hauts plateaux. J'ai énormément appris sur ces lieux emblématiques de la course à pied. La région d'Iten, à 2400 mètres d'altitude regorge de champions depuis plus de 50 ans. Le Kenya a toujours été une source d'inspiration, j'y ai passé de longues semaines. Quelques mois après, j'ai gagné le Marathon de Paris » nous raconte Benoît.
En mai 2021, en discutant avec le Français Claude Guillaume, directeur du « JC Iten Kenya Training Camp », installé 6 mois par an au Kenya, Benoît découvre la grande difficulté économique des coureurs locaux. « Il n'y avait plus de courses, ils ne pouvaient plus gagner d'argent » nous explique le dernier Français à avoir remporté le Marathon de Paris, en 2002. « Il faut savoir qu'au Kenya, il y a un vivier important d'athlètes. Par exemple, en France, seuls 4 à 5 coureurs réalisent les minima (pour les JO de Tokyo, en marathon homme ils étaient de 2h11'30, ndlr) alors qu'au Kenya ils sont environ 200 ».

Avec cette crise sanitaire sans précédent, beaucoup d'athlètes se sont retrouvés dans une très grande précarité. Les courses s'annulant les unes après les autres ont contraint la plupart des athlètes professionnels kenyans à retourner travailler dans les champs pour subvenir à leurs besoins ainsi qu'à ceux de leur famille. « Ca m'a ramené à une situation personnelle : après avoir arrêté ma carrière, j'ai vécu une période très difficile financièrement. J'étais à la recherche d'un nouveau partenaire et d'une autre forme de travail. J'ai eu la chance d'avoir un mécène qui est venu vers moi et qui me soutient encore aujourd'hui. Après quelques années, j'ai eu envie de tendre à mon tour la main » nous confie Benoît.
C'est pourquoi, il a sélectionné un groupe de 9 athlètes kenyans (6 hommes et 3 femmes) pour qu’ils puissent s’entraîner à nouveau - au « JC Iten Kenya Training Camp » - et poursuivre leur carrière professionnelle avec en ligne de mire la tentative de record du 100 km hommes et 50 km femmes. « C'est un objectif ambitieux sur le papier mais c'est avant tout un projet solidaire, qui va au-delà de la performance. On ne s'est pas donné toutes les chances de réussir : le partenaire chaussure Wizwedge n'est pas un géant de la course à pied et nous n'avons pas choisi les meilleurs athlètes du Kenya. Pourtant, ce sont ceux qui en avaient le plus besoin. C'est ce qui compte avant tout. Je voulais accompagner des coureurs qui n'étaient jamais sortis du pays, qui vivaient en grande précarité mais qui ont du potentiel » explique-t-il.

Pendant des mois, à hauteur de 3000€ par mois, il a financé l’intégralité des frais liés aux besoins quotidiens des athlètes tout en proposant un stage d'entraînement, un suivi nutritionnel et kinésithérapique en collaboration avec le « JC Iten Kenya Training Camp », dirigé par Claude Guillaume. « J'ai souvent entendu dire qu'en ultra-distance les Kenyans n'avaient pas le potentiel d'être bons, je prouverai le contraire en les accompagnant jeudi. Ce ne sont pas des épreuves hyper médiatisées, ni même hyper reconnues au niveau mondial alors il n'y a pas vraiment d'argent. J'ai envie d'ouvrir la voie aux Kenyans » souligne Benoît. « Grâce au soutien de mon équipe, Laurie, Océane et Dylan, j'ambitionne de monter une équipe pro afin de les accompagner à l'avenir. On ne va pas les renvoyer au Kenya sans espoir, sans cette dynamique ».

Qui sont les athlètes sélectionnés ?
Ce projet rassemble 9 coureurs professionnels kenyans.
6 hommes :
- Chirchir Hillary
- Elkana Kimwetich Cherop
- Elisha Kiprotich Sawe
- Ezekiel Kemboi Sirma
- John Rotich Limatukei
- Titus Kipchumba Kemboi
3 femmes :
- Daisy Jepkorir Kipsugut
- Joyce Jemutai Kiplimo
- Phillaris Jepkmoi Yego
Où suivre l’événement ?
Un live des tentatives de record sera diffusé sur la page Facebook de RUN'IX depuis la piste Paul-Ricard, longue d'environ 5 km.
Début de l’épreuve homme (100 km soit un peu plus de 17 tours de circuits) : 7h
Début de l’épreuve femme (50 km soit un peu plus de 8 tours de circuits ) : 7h

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