C’est une petite bombe que les deux coureurs ont lâchée il y a quelques jours : rien moins que le boycott de l’UTMB ! Un appel envoyé à plus d’une centaine d’athlètes élites qu’a révélé sur les réseaux l'entraîneur britannique Martin Cox et qui commence à faire beaucoup de bruit outre-Atlantique. Explosif, mais pas vraiment étonnant à l’heure où l’hégémonie du « sommet mondial du trail » est de plus en plus chahutée.
« Si vous recevez ce message, c'est parce que vous êtes l'un des meilleurs athlètes de notre sport », écrivent Kilian Jornet (quadruple vainqueur de l’UTMB) et Zach Miller (2e de l’épreuve en 2023). « Nous avons voulu commencer les discussions avec un nombre restreint de personnes pour mieux cibler nos efforts et de ne pas nous laisser submerger. Cela dit, de quoi s'agit-il ? Eh bien, nous vous écrivons pour savoir si vous seriez intéressés de vous engager à participer à une course autre que l'UTMB cette année (2024) ».
Pourquoi ? Pour faire pression sur l’UTMB. Car, expliquent-ils : « La direction actuelle prise par l'UTMB, le groupe UTMB et Ironman nous inquiète. Il y a une multitude de choses que nous pourrions citer qui nous préoccupent, mais en résumé nous pensons qu'ils ne se gèrent pas et ne gèrent pas leur(s) événement(s) d'une manière qui soit dans le meilleur intérêt du sport et de ses pratiquants.
Nous comprenons que l'espace de course est une entreprise et nous sommes d'accord pour que l'organisation gagne de l'argent. Cependant, nous pensons qu'il est possible de le faire sans mal traiter les gens et sans écraser tous ceux qui se mettent en travers de leur chemin. En d'autres termes, nous voulons qu'ils gèrent bien leur entreprise. Nous voulons qu'ils soient prévenants. Nous voulons qu'ils ne se demandent pas seulement 'que pouvons-nous faire pour le bien de notre entreprise', mais aussi 'que pouvons-nous faire pour améliorer le trail running dans son ensemble'.
Malheureusement, nous pensons que leur stratégie n'est pas la bonne. Nous pourrions nous s'asseoir et discuter avec eux de façon cordiale afin de corriger le tir et de remettre les choses sur la bonne voie, mais nous craignons qu'ils ne fassent pas vraiment de changements à moins qu'ils ne se sentent obligés de le faire. Heureusement, en tant que sportifs de haut niveau, nous avons une voix.
La meilleure façon de communiquer notre mécontentement et d'exercer une certaine pression est peut-être de se regrouper et de participer à une course différente. L'absence des quinze premiers coureurs masculins et féminins sur la ligne de départ de l'UTMB en dirait long. Cela leur ferait comprendre que nous ne sommes pas satisfaits et les pousserait à faire des changements.
Nous aimerions donc avoir votre avis. Nous avons déjà identifié une course potentielle à laquelle nous pourrions participer à la place de l'UTMB, mais avant d'entrer dans le vif du sujet, nous vous invitons à partager votre opinion. Avez-vous les mêmes préoccupations ? Seriez-vous intéressé par une course alternative ? N'hésitez pas à nous le faire savoir afin que nous puissions poursuivre le dialogue et discuter des prochaines étapes. Et comprenez bien qu'il ne s'agit pas d'une démarche malveillante ou haineuse à l'égard de l'UTMB. L'idée est de trouver un moyen de faire pression sur l'organisation de l'UTMB / Ironman afin d'apporter des changements positifs. Ce serait formidable si un jour nous pouvions aller à l'UTMB et nous sentir bien, en sachant que ce qu'ils font améliore le sport, et non l'inverse ».
Certes les deux athlètes rappellent dans leur message combien l’UTMB a contribué à l’essor du trail et à leur carrière personnelle : « L'UTMB est une grande course, nous l'admettons, même s'il y a eu beaucoup de polémiques ces derniers temps, nous pensons toujours que la course et l'organisation ont fait beaucoup de bien à l'ultra running ». Reste que le message est clair et fait déjà beaucoup de remous.
Depuis des mois la colère gronde
Du côté de l'entraîneur britannique Martin Cox, pour commencer. À l'origine de la fuite, il est très remonté contre Kilian Jornet dont il fustige l’ingratitude à l’égard de l’UTMB. « Ce qui me déconcerte vraiment dans la campagne de haine qui est actuellement menée contre l'UTMB, c'est que, plus que toute autre course, l'UTMB a permis à Jornet et à beaucoup de ses collègues pros de monter à bord du train de l'argent de la montagne et de l'ultra-trail et de devenir financièrement sûrs et modérément influents. Il semble donc un peu ingrat de faire volte-face et d'essayer de rançonner la course » , écrit-il.
C'est oublier peut-être un peu vite que Kilian n'est pas le seul dans le milieu à s'insurger contre l’hégémonie de l’UTMB et de son associé l'Ironman.
Dernier en date, début janvier, un mouvement de mécontement émergeant au sein de la communauté des coureurs au sujet du prix désormais exhorbitant des dossards, l’UTMB en tête, même s’il n’est pas le seul à avoir augmenté ses tarifs. Quelques mois, plus tôt, ce sont les traileurs nord-américains - Jim Walmsley, Tim Tollefson, Scott Jurek, Hal Koerner, John Kelly, Magdalena Boulet, Ellie Greenwood - qui se mobilisent contre la nouvelle course canadienne de l’UTMB, qui aurait évincé une course locale, crée par Gary Robbins, grande figure de l’ultra et organisateur de six courses.
En novembre 2023, un nouveau-circuit, le World Trail Majors faisait son arrivée. Et se présentait comme une alternative à l’UTMB, revendiquant d’autres valeurs. Enfin, personne n’a oublié qu’il y a un an, presque jour pour jour, Kilian Jornet annonçait la création de la Pro Trail Runner’s Association, un organisme à but non lucratif, afin d’écrire l’avenir de leur discipline sans en bafouer l’éthique. Avec lui, Pau Capell, Mathieu Blanchard, Francois D’Haene, Jim Walmsley, Courtney Dauwalter, Katie Schide, Mimmi Kotka, Andy Symonds… plus de 120 traileurs élites.
« Nous ne prévoyons pas de faire grève », écrivait-il alors, » mais maintenant nous pouvons le faire si nous en avons besoin », dixit Kilian. L’idée a fait son chemin, on le voit aujourd’hui. Elle ouvre un débat qui n’a que trop tardé.
Pour sortir de la polémique et parce que l'UTMB ce n'est pas qu'une course élite, vous pourriez apprécier ces histoires qui nous ont inspirées en 2023 :
Junior Jouy, dernier finisher sur la TDS : « Abandonner n’était pas envisageable »
La bouleversante arrivée de Philippe Tran, dernier finisher de l’UTMB
Alexandra Pellerin, dernière finisseuse de l’UTMB : courir pour démarrer une nouvelle vie
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