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Alexandra Pellerin arrivée UTMB
  • Aventure
  • Trail Running

Alexandra Pellerin, dernière finisseuse de l’UTMB : courir pour démarrer une nouvelle vie

  • 5 septembre 2023
  • 4 minutes

La rédaction La rédaction L'équipe de rédaction est un noyau dur de journalistes passionnés, tous basés depuis un bon spot de grimpe, de trail, de ski ou de surf.

En janvier 2015, Alexandra Pellerin perd son mari dans un accident de speed riding. Il n’a que 40 ans, leurs enfants ont cinq et sept ans. Il lui faudra des années pour se reconstruire. Sa découverte du trail y sera pour quelque chose : « une révélation » dit cette sportive de 50 ans, arrivée dimanche dernier à Chamonix sous l'arche de l'UTMB, main dans la main avec son fils Antoine, à l’issue de 46:30:14 de course. Ultime runneuse à avoir passé la ligne d’arrivée dans le temps imparti, elle rejoignait le club encore très restreint de femmes osant se lancer sur l’épreuve reine de l’Ultra Trail du Mont Blanc, 171 km et 10000 m D+. L’aboutissement d’un entrainement sérieux soutenu par une détermination sans faille.

Bien sûr il y a Courtney Dauwalter, qui pour la troisième fois s’est imposée tout en haut du podium féminin. Mais ses performances sont telles – certains rêvaient de la voir vaincre au scratch ! – qu’elles la classent d’office dans la catégorie « superwoman ». Or dans l’ombre de ces athlètes exceptionnelles, court aussi une petite poignée de femmes, sans coach prestigieux ni sponsor, sur des épreuves qui laissent plus d’un homme sans souffle. 

Cette année encore elles sont minoritaires. Lors de l'édition 2023 de l’UTMB, les femmes ne représentaient que 30 % des participants, réparties entre les huit courses proposées, mais 12 % seulement pour la course phare de 170 km, le désormais mythique UTMB. Cette épreuve reste donc très majoritairement masculine. Moins par manque d’intérêt de la part des traileuses, que par manque de temps bien souvent. Car pour prétendre se lancer sur un sentier de 171 km et 10000 m D+, il faut pouvoir faire de longues sorties. Très chronophages, elles ne sont pas faciles à caser dans l’emploi du temps d’une femme, souvent mère de famille, travaillant de surcroit, comme c’est le cas d’Alexandra Pellerin. Mais aussi engranger les précieux « running stones », point glanés au fil des courses du circuit UTMB. Autrement dit, avoir du temps, et des moyens.

Alexandra Pellerin UTMB La Flégère
Dernier sprint avant la barrière horaire à La Flégère. (Thibault Ginies / Outside)

Du temps, Alexandra en a peu, entre son emploi en tant que Directrice des ressources humaines d’une entreprise américaine, et l’éducation de ses deux enfants, Antoine, aujourd’hui 14 ans, et Elise, 16 ans. Alors pour s’entrainer pour l’UTMB, son 4e trail seulement, elle a fait pendant six mois ce qu’elle sait faire le mieux : s’organiser.  « Quand on a des rêves, il faut y associer des actions », explique-t-elle, alors que nous la rencontrons à peine passée la ligne d’arrivée dimanche après-midi. « j’ai donc calé des créneaux dans mon agenda, comme je le fais pour mes rendez-vous pro. Sinon, je n’y arrive pas. Pour les longues sorties de six heures, je profitais d’une journée ou les enfants avaient leurs activités. »

Et parce que multiplier les courses labellisées UTMB pour avoir une chance d’être tirée au sort lui semble peu jouable, elle opte pour un dossard solidaire. L’un des 190 que proposait cette année l’UTMB dans le domaine de la solidarité, de la santé ou de l'environnement. Alexandra choisira l’une des 160 associations solidaires partenaires, l’Humatem, association chamoniarde au service de l’équipement médical des hôpitaux des pays en développement, pour laquelle elle a dû réunir 2000 euros « payés directement par le coureur ou par l'intermédiaire de mécènes permettant de réunir la somme », précise le règlement. Cette cause fait sens à ses yeux. Une fois validé un premier 100 km, (le Nice-Menton) condition sine qua non, c’est sous le dossard 1612, Humatem, qu’Alexandra a pris le départ vendredi dernier à 18 heures.

Alexandra Pellerin arrivée UTMB
Chamonix. (Thibault Ginies / Outside)

Son objectif ? « Entre 40 et 42 heures ». Elle en mettra 46:30:14, passant de justesse la dernière barrière horaire à la Flégère où nous la voyons marcher péniblement soudain boostée par les encouragements du public et des volontaires. Après avoir un temps songé à abandonner au km 30, victime de troubles digestifs, le lot de bien des sportifs d’endurance, elle semblait alors épuisée. Mais, passée la Flégère, elle trouve un nouveau souffle dans les 6 km de descente vers Chamonix. Sur sa fiche UTMB, son périple se résume en quelques chiffres : 173,53 km et 10015 de D+, 1742e au scratch, 24e dans la catégorie des 50-54. Un exploit pour cette femme de cinquante ans qui il y a quatre ans encore se considérait comme « une joggeuse ». 

Le trail, elle y est venue, comme beaucoup, « parce que c’était facile, et que les sentiers, les montagnes, ce magnifique terrain de jeu, je les avais sous mes yeux à Lans en Vercors, où j’habite ». Elle rejoint une école de trail locale, s’y fait des amis et se frotte à son premier 45 km. « Je me sentais super bien », se souvient-elle. « Courir dans la nature…. On est dans notre bulle… Je suis très sensible à la luminosité du soleil, les lumières du couchant sur le Vercors, ça m’émeut », dit-elle. « Ca a été une révélation ! » « Un déclencheur, un moyen de s’extérioriser « , confie-t-elle. Gagnée par le virus de la course, elle fera même intervenir dans son entreprise un coach pour les salariés volontaires, un midi par semaine, et surtout elle enchainera sur un 60 km, puis un 100 km. « Il me fallait quelque chose qui me dépasse, parce que j’aime bien le challenge » confie-t-elle.

Alexandra Pellerin arrivée UTMB
(Thibault Ginies / Outside)

Ce sera l’UTMB. « Parce que c’est une grande course internationale, mondialement connue, pas une « course saucisson ». Avec une organisation très belle. Encore que les ravitos pourraient encore être améliorés, pas très variés, j’aurais imaginé autre chose venant de l’UTMB. Et puis c’est un gros business aussi, et j’avoue que l’association cette année avec Dacia, m’a gênée, moi qui habite dans le Vercors et qui suit très sensible à l’écologie. L’UTMB, c’est le prestige, le Graal. Alors pourquoi associer le nec plus ultra du trail à une marque d'automobile ? 

Cela dit, j’ai vraiment apprécié l’émotion qu’on vit au départ. Je n’ai jamais vu ça ailleurs. Et de villages en villages, les gens sont là, sur chaque bord de trottoir, à vous soutenir. Sur l’arrivée, tout le monde m’a acclamée, les gens se levaient aux terrasses de café. C’était impressionnant ! Et j’ai fini, et c’est ça qui est le plus beau. j’ai le plaisir indescriptible d’appartenir à une équipe, un cercle de personnes qui ont partagé quelque chose. Le trail, ça apprend aussi la résilience … et permet de faire face à différences situations familiales ou professionnelles. De prendre du recul. »

Alexandra Pellerin arrivée UTMB
(Thibault Ginies / Outside)

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