Le 16 janvier, l’annonce des résultats du tirage au sort pour les finales et des résultats des équipes sélectionnées pour la PTL est tombée. Dans une semaine, le 30 janvier, c’est un deuxième tirage au sort qui s’imposera, si nécessaire. De quoi faire beaucoup d'heureux. Et plus de malheureux encore, les recalés. Que faire si (une fois de plus ?) le sort s’acharne sur vous et que la course de vos rêves vous échappe ? Trois stratégies s’imposent. Valables pour l’UTMB… mais aussi pour la Hardrock ou la Western States 100 !
Jamais on n’aura vu autant d'ultras organisés en France et hors frontières. Et, jamais les loteries pour y accéder n’auront été aussi compétitives. Paradoxe. Ou tout simplement double confirmation que plus c’est dur (sur les sentiers) et plus c’est difficile d'y être admis (sur le papier), plus ça plaît.
L’UTMB Chamonix, considéré comme le Graal par de plus en plus de traileurs, n’échappe pas à la règle. Et ces jours-ci on en connaît plus d'un et plus d'une qui se ronge les doigts. L’aboutissement d'une longue attente, entamée le 19 décembre dernier, 11 h, heure à laquelle étaient lancées les pré-inscriptions pour les finales (UTMB, CCC, OCC), les inscriptions pour les autres courses (TDS, MCC, ETC, YCC) et le dépôt des dossiers de candidature pour la PTL.
Des semaines à croire que : « Cette année, c’est la bonne ! », tout en priant pour ne pas voir tomber le détestable message : « Merci de votre intérêt. Nous sommes désolés de vous informer... » Un calvaire que certains (prudents ou masochistes) multiplient par autant d'épreuves en stand-by. Car des US à l’Europe, c'est la saison des loteries pour les courses de trail et d'ultrarunning. Certaines grandes, comme la Western States et la Hardrock, ont déjà tiré au sort les noms des quelques privilégiés qui auront la chance de participer à leur édition 2025. D'autres, comme la Zegama (verdict le 21 février) ou l’UTMB l'Ultra-Trail sont sur le point de le finaliser. Sans parler, bien sûr d'une Barkley, ultra-exclusive, qui exige même une lettre d'admission !
Et comme pour les admissions en fac via Parcoursup, vos chances d'être admis s'amenuisent d'année en année. La Western States, par exemple, a vu 9 993 candidats s'inscrire en 2024, pour un total de 260 places à la loterie. Grâce au système de pondération, les candidats s’y présentant pour la première fois avaient 0,4 % de chances de se qualifier. Ce chiffre se situe quelque part entre une piqûre d'abeille mortelle (0,0016 % de chances) et l'entrée à Harvard (3 % de chances). Il y a dix ans, le nombre total de candidats était de 2 704. Si l'on fait des calculs à l'envers, cela signifie que vos chances d'être admis aujourd'hui représentent environ moins d'un tiers de ce qu'elles étaient en 2014, sans parler de la loterie lancée par Western States en 2000 et à laquelle 583 traileurs seulement ont participé.
Côté UTMB, on peut s’attendre aussi au pire en 2025, si la tendance 2024 est confirmée. L’année dernière, les inscriptions y avaient atteint des niveaux records. « La demande est 2 à 3 fois plus élevée que notre capacité maximale », expliquaient alors les organisateurs. « Pour l'UTMB, nous avons une hausse de 30 % avec 7 200 préinscriptions, pour la CCC une augmentation de 22 % avec 5 400 préinscriptions, et pour l'OCC, un bond spectaculaire de 52 % avec 6 500 préinscriptions. » C'est phénoménal !, s’enthousiasmaient-ils avant de préciser que « malgré cette demande exceptionnelle, le nombre de places reste le même". A savoir : 2300 pour l’UTMB. 1900 pour la CCC. 1200 pour l’OCC et 1874 pour la TDS.
Alors si cette année n’est pas la bonne pour vous, avant de sombrer dans le désespoir, voici comment raisonnablement reconsidérer la chose.
1. Arrêtez de courir
Regardons les choses en face : l'ultrarunning est, au mieux, une perte de temps, au pire une pratique mortelle. C'est coûteux : pensez à toutes ces chaussures à 250 euros qui encombrent votre entrée. Elles sont quasi neuves, mais vous n’arrivez pas à vous en séparer, vu le budget que vous y avez englouti. Et aussi à tous gels dégueulasses que vous avalez consciencieusement pendant vos longues courses pour « vous entraîner à faire le plein ». Sans parler de tous ces rendez-vous chez le kiné ou l’ostéo et de leurs dépassements d'honoraires.
L'ultrarunning est également « inutilement extrême ». Il n'est pas nécessaire de courir 100 miles pour être « en bonne santé », pour ressentir l'euphorie du coureur, ou pour « se faire des amis ». En fait, vous n'auriez pas besoin de dépenser tout votre revenu disponible dans des traitements pour soigner cette maudite tendinite si vous couriez simplement « pour le plaisir ». Conclusion : « Vous vous sentirez bien si vous courez moins ! »
Car l'ultrarunning n'est pas une partie de plaisir. Combien de fois avez-vous vomi vos tripes, boitillé jusqu'à l'arrivée avec une cheville en vrac ou vous êtes-vous endormi sur le sentier ? Mais... c'est peut-être justement ce qui rend ce type de courses si intéressante, non ? Et puis, que deviendrez-vous sans le but d'un objectif terrifiant inscrit à votre agenda ? Que ferez-vous, lors des vacances en famille, si vous ne pouvez plus vous échapper sur les sentiers pour jouir de quelques heures paisibles, rien que pour vous ? Comment allez-vous faire si votre bio Instagram n'affiche pas : « ultrarunner » ?
Si la réponse à toutes ces questions est : « Je ne survivrai pas », alors, continuez à lire cet article.
2. Trouvez une (ou plusieurs) autres courses
Bon, c’est clair, un seul truc vous intéresse : faire l’UTMB, la Zegama, la Hardrock, ou la Western States. Mais ce qui semble aussi très clair, tout au moins cette année, c’est qu’il va vous falloir attendre un peu. Alors, sachant que vous ne pouvez survivre sans avoir un gros objectif en vue, il est temps de trouver une solution de rechange. De plus, vous devez renouveler votre qualification pour l’UTMB 2026, n’oubliez pas. Il est donc temps de passer à l'acceptation et de donner son numéro de carte de crédit pour participer à d'autres loteries et courses. Il n'est pas trop tard pour inscrire votre nom à la loterie de quelques « valeurs sûres » - pensez à la Zegama, par exemple. Mais faites vite, sa loterie, ouverte le 13, s’achève le 24 janvier. Ou, si vous en avez les moyens, pour vous inscrire à une course dans un autre pays qui n'a pas de limites aussi strictes, et où il est donc un peu plus facile de décrocher un dossard.
3. Visez une course locale
L'ultra-trail se trouve dans une curieuse ère de consolidation. Ce sport est en train de vivre sa révolution industrielle. Alors que les courses indépendantes ont longtemps joui d'un certain prestige ( « Les Templiers », en France, ou « Leadville » aux Etats-Unis par exemple), de plus en plus d'épreuves sont intégrées à des séries telles que l'UTMB et le Golden Trail, ainsi qu'à des épreuves de qualification pour la Western States et la Hardrock. Conséquence : la garantie, bien souvent, d'un bon plateau et d'une saine émulation. Mais aussi, et c’est vraiment dommage, la mort de la course régionale, « à l’ancienne ».
Eh bien, il est temps de la reconsidérer et de lui redonner sa chance. L’occasion de retrouver le fameux « esprit trail », sans prétention ni prize money, mais tellement chaleureux. Souvenez-vous, au départ, quand vous avez commencé à courir et que vous étiez loin d'imaginer pouvoir avaler un 100 miles, c’est pour ça, pour l’ambiance, la nature et les potes que vous courriez, non ?
4. Et si vous passiez à autre chose ?
Le problème avec la course à pied, et tout particulièrement dans l’ultra, c’est que pour en tirer quelque chose, il faut vraiment avoir envie de s’y donner à fond. Alors si ce dossard tant convoité hante vos nuits et qu’aucune autre course ne ranime la flamme. Il est peut-être temps d'aller voir ailleurs. Pas de brûler vos chaussures. Non. Mais d'essayer de viser un autre objectif. Gagner en vitesse par exemple, sur un trail court, voire même sur route. Pourquoi pas, pour changer ! De tenter près de chez vous un « last standing man » : un sacré défi aussi. A moins que vous signiez pour une course d'orientation, en solo ou en équipe ? Au final, vous y gagnerez de nouveaux challenges, de nouveaux itinéraires de course, de nouveaux potes, mais aussi pas mal de temps disponible, car s’entraîner pour une distance marathon ou semi n’a rien à voir avec un ultra. Dans la foulée, il y a de fortes chances que cela rebooste votre goût pour la course à pied et vous amène aussi à vous poser une bonne question. Qu'est-ce que je recherche vraiment en consacrant tout mon temps libre (et même plus) à ce sport ? Où puis-je le trouver en dehors de cette maudite épreuve qui ne veut vraiment pas de moi ?
Pour beaucoup d'entre nous, une partie de la réponse réside au moins dans le fait de se dépasser, de repousser nos limites. Bonne nouvelle : vous pouvez le faire avec n'importe quoi, en un 400 mètres sur piste, comme en un 200 miles sur les sentiers. Quel que soit votre choix, cela vous permettra inévitablement d'affiner un ensemble de compétences. Et qu'il s'agisse de vitesse ou d'orientation, il est certain qu’elles vous seront utiles lorsque vous participerez à nouveau à cette fameuse loterie l'année prochaine. On découvre vite que le fait de varier les stimuli libère un tout nouveau niveau d'endorphines et, avouons-le, que c'est une sacrée drogue. Peut-être qu'en relevant un nouveau défi, vous évoluerez et qu'au final cette loterie qui vous a mis down ces derniers jours ne vous semblera plus aussi importante que ça !
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