Jim Walmsley, Tim Tollefson, Scott Jurek, Hal Koerner, John Kelly, Magdalena Boulet, Ellie Greenwood,… depuis le 26 octobre dernier, de grands noms de l’ultra rejoints par toute une cohorte de traileurs en colère, s’insurgent contre l’arrivée de l’Ultra Trail Whistler, 40e course des World Series. circuit mondial organisé par le groupe UTMB/Ironman, elle serait née sur les cendres de la Whistler Alpine Meadows (WAM), course locale crée par Gary Robbins, grande figure de l’ultra et organisateur de six courses. Que se passe-t-il ? Quels sont les enjeux ?
1. Le point de départ de l’affaire
En annonçant le 26 octobre dernier la création d’une 7e épreuve en Amérique du Nord, la 40e de ses World Series, l’UTMB ne s’attendait sans doute pas à soulever une telle polémique dans la communauté du trail. La course en question, son unique événement du circuit au Canada baptisée l’Ultra Trail Whistler by UTMB, devrait se tenir les 28 et 29 septembre 2024 et offrir trois distances (100 km, 50 km et 25 km). Un seul hic, c’est à Whistler, en Colombie Britannique qu’elle entend l’organiser. Certes le spot est superbe, comme le commente d’ailleurs Belinda Trembath, directrice de l’exploitation de la station Whistler Blackcomb « Les meilleurs coureurs de trail du monde auront l’occasion de découvrir toute la beauté naturelle du site, les vues époustouflantes sur les montagnes et les territoires des nations (amérindiennes) Squamish et Lil’wat », Mais jusque-là il était plus connu des athlètes pour la Whistler Alpine Meadows (WAM), organisée, elle, depuis 2016 par Gary Robbins, traileur de premier plan connu notamment pour avoir en 2017 échoué de 6 secondes à la Barkley Marathons. Or, cette année, son événement – cinq trails, dont un 100 miles réunissant quelque 950 athletes en provenance de douze pays - aurait été évincé au profit du groupe UTMB/Ironman. De quoi compléter un circuit déjà très étoffé. Parmi les dernières événement ajoutés récemment, on compte des courses en Chine, au Brésil, en Italie, en Afrique du Sud, à l'île Maurice, en Équateur et en Corée du Sud. Sans parler des dernières épreuves américaines - les Kodiak Ultramarathons à Big Bear Lake, en Californie, et le Grindstone Trail Running Festival à Mount Solon, en Virginie.
2. Que dit le traileur Gary Robbins ?
Très remonté dans le long message qu’il a publié sur son blog, le traileur, fondateur de Coast Mountain Trail Running, société d’organisation d’ultratrails, reproche au groupe Ironman-UTMB d’avoir manœuvré pour imposer son épreuve auprès de Vail Resorts, société gérant Whistler Blackcomb. Or c’est précisément dans cette station touristique de Colombie Britannique qu’il organisait lui-même depuis 2016 et jusqu’en 2022 sa propre course, la Whistler Alpine Meadows (WAM). Selon lui, la direction de la station aurait multiplié ses exigences en matière de sécurité et de logistique et fait le mort pendant des mois afin de faire capoter toute accord et le contraindre en février dernier à renoncer à son édition 2023, histoire de laisser la place aux prestigieuses et toute puissantes World Series. « lls ne nous ont jamais dit non, ils nous ont simplement expulsés par d’autres moyens », écrit le traileur.
Très amer, il rappelle au passage qu’en 2021, pendant la pandémie il a été approché par le groupe Iron Man-UTMB intéressé par l’achat de ses Squamish50 races. Organisées elle aussi en Colombie Britannique, non loin de Whistler. Avec son associé, Geoff Langford, il a dans un premier temps décliné cette offre. Mais devant une deuxième proposition du groupe, l’année suivante, les deux traileurs se sont résolus à ouvrir en novembre 2022 une négociation avec les deux poids lourds, en espérant que leur événement ne serait pas dénaturé. Sans crainte, peut-être aussi avec une certaine naïveté, ils leur ont dévoilé tous les détails de leur stratégie, leur organisation, leur marché, raconte-t-il, pour s’entendre dire, quelques mois plus tard, en mai 2023, que, finalement, cet événement ne les intéressait plus. En octobre dernier, Gary Robbins et Geoff Langford apprenaient, que le groupe avait jeté son dévolu sur la station Whistler Blackcomb, « leur » site, et aux mêmes dates que leur événement.
3. Comment a réagi la communauté du trail ?
Face à ce que certains qualifient déjà d’une bataille de David contre Goliath s’est levée une énorme vague de soutien à Gary Robbins. En tête, de grands noms tels que Jim Walmsley, Tim Tollefson, Scott Jurek, Hal Koerner, John Kelly, Magdalena Boulet ou encore Ellie Greenwood, suivis par des milliers de traileurs déchainés sur les réseaux sociaux de Reddit à YouTube en passant par Facebook et Instagram face au comportement de l’UTMB, incarnant le méchant de l’affaire.
Ellie Greenwood, traileuse de Vancouver (Colombie-Britannique), ancienne détentrice du record du Western States 100 et championne de la CCC 2012, écrit ainsi : "Coureurs de trail et d'ultra. Notre sport est à la croisée des chemins et il est temps de décider à quoi vous voulez que notre sport et notre communauté ressemblent. (...) Vous vous inscrivez à des courses, vous pouvez choisir la direction que vous voulez donner à notre sport. Ne nous laissons pas intimider par l'UTMB - ce n'est pas lui qui guide notre bateau, c'est nous, les coureurs. L'argent parle et je ne dépenserai pas un centime ou une partie de mon temps avec l'UTMB. Je vous encourage à réfléchir à où vous investissez votre argent et votre temps...."Plus sibyllin, Jim Walmsley, vainqueur de l'UTMB 2023, a titré ainsi l'une de ses dernières activités Strava : "Alors, quelle est la course de l'année prochaine ?". Un titre qui faisait référence au conflit autour de la course de Whistler, confirmera-t-il plus tard à iRunFar.
4. Que répond la station de Whistler Blackcomb, gérée par Vail Resorts ?
Sans doute un peu ébranlée par une polémique qui depuis deux mois ne fait qu’enfler, les responsables de la station ont reconnu avoir mal géré la communication avec Gary Robbins et lui ont présenté des excuses. Sans pour autant revenir sur le fait que les conditions de sécurité pour la tenue de WAM n’étaient pas satisfaisantes. Ce que le traileur récuse fermement. Mais surtout, la station se dit de bonne foi : Gary Robbins avait, de son propre chef, renoncé à son épreuve en février 2023. Et quand l’UTMB et l’Iron Man se sont présentés à l’été dernier, la place était libre…
Ajoutons que ça tombait bien aussi car la station était en terrain connu pour avoir organisé de 2010 à 2019 le Whistler Ironman triathlon.
5. Comment se défend le groupe Iron man/UTMB ?
Peu loquace sur le sujet, il s’est exprimé notamment par la voix de Christine Cogger, une traileuse locale embauchée par le groupe comme directrice du nouvel événement. Elle se dit « surprise » par la réaction de Gary Robbins, tout en vantant ses qualités. "Je crois vraiment qu'il y a de la place pour plus d'opportunités pour les coureurs. Gary organise de superbes courses auxquelle j'ai participé, et je n'ai que du bien à en dire. Mais il se trouve que ces courses affichent souvent complet et que les gens n'ont pas toujours l'occasion d’y participer. Alors pourquoi ne pas créer plus d'opportunités ? (…)Je crois vraiment qu'il y a de la place pour tout le monde. »
6. Comment riposte Gary Robbins ?
Tout simplement en annonçant la création d’un événement concurrent… à la même date que l’Ultra Trail Whistler by UTMB ! On devrait d’ailleurs en savoir plus sur le lieu et le format choisis d’ici le 15 janvier prochain, a annoncé Gary Robbins sur son blog le 26 octobre. En attendant le traileur se dit ouvert au dialogue avec Vail Resorts mais pas question que l’Ironman group soit dans la boucle !
Vu l’ampleur que prend cette affaire, reste à voir maintenant comment la station de Whistler Blackcomb et l'UTMB World Series vont poursuivre leur projet et surtout quel événément Gary Robbins et son associé Geoff Langford ont l’intention de leur opposer en septembre prochain. Les coureurs qui leur ont montré leur soutien ces derniers mois seront-ils au départ au jour J ?
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