Les e-bikes n’ont plus rien à envier aux vélos classiques, d’après une étude récente sur les effets cognitifs et psychologiques du cyclisme en extérieur. Notre journaliste Alex Hutchinson, spécialiste des sciences et de l’endurance, s'est plongé dans ces recherches.
Je me suis passionné pour la polémique autour de Fabian Cancellara —alimentée par une vidéo façon images volées — et du supposé moteur caché sur son vélo qui lui aurait permis de décrocher la victoire du Tour de Flandres en 2010. Les organisateurs s’appuient aujourd’hui sur l’imagerie thermique et à rayons X pour passer au crible les vélos avant toute épreuve de renom. L’année dernière, un cycliste amateur a été condamné à 60 heures de travaux d’intérêt général pour "dopage mécanique".
Hors des circuits de compétition, découvrons toutefois les avantages du vélo à assistance électrique. Des chercheurs des universités britanniques d’Oxford et Reading se sont penchés sur la fonction cognitive et le bien-être psychologique des adultes de plus de 50 ans. Constat peu agréable de cette étude: la première tend à décliner avec l’âge et s’accompagne souvent par des coups de sape dans le deuxième. Mais, bonne nouvelle, tout cela n’est pas réellement une fatalité. Deux solutions ont fait leurs preuves : rester actif et passer du temps en extérieur.
100 bénévoles débutants en selle
Dans la revue scientifique en ligne PLoS ONE, les chercheurs ont publié les résultats d’une étude ayant mis à profit ces deux stratégies. À la réalisation des tests entre les murs de leur laboratoire, ils ont préféré l’observation en conditions réelles. Ils ont ainsi étudié les résultats des 100 bénévoles âgés de 50 à 83 ans qu’ils ont (littéralement) mis en selle : 36 sur des vélos classiques, 38 sur des vélos électriques Raleigh Motus et les derniers, constituant le groupe-test, sans vélo. Aucun d’eux n’était jusque-là adepte de la discipline. On leur a demandé de rouler au minimum 30 minutes, trois fois par semaine, seul, et ce pendant huit semaines. Avant et après l’étude, ils se sont pliés à une batterie de tests cognitifs et de questionnaires psychologiques.
La première hypothèse était celle d’un impact positif de cette nouvelle activité sur la fonction cognitive, notamment celle de la fonction exécutive. C’est elle qui nous permet de programmer, d’organiser et de mettre en œuvre des tâches. Les résultats ont partiellement validé cette conjecture, mais de façon moins marquée et uniforme qu’attendue. À l’issue de diverses expériences portant sur les fonctions cognitives, les deux groupes de cyclistes ont néanmoins fait mieux que le groupe-test. Rien de vraiment nouveau, mais il est rassurant de savoir qu’une activité aussi tranquille que le cyclisme de tourisme, pratiqué à hauteur de 90 minutes par semaine, produit un résultat mesurable.
La surprise est davantage venue de la mise en parallèle des données des groupes classique/électrique. Les scientifiques s’attendaient à voir des effets plus nets chez les participants sur vélo sans assistance électrique, considérant l’effort supplémentaire à fournir. Les vélos électriques étaient pourvus de cinq vitesses, allant du mode turbo à pas d’assistance du tout. Les sujets (des bénévoles) ont passé 26% de leur temps en turbo, 7,24% en mode croisière, 28% en mode éco et enfin 15% avec le moteur éteint. Ils ont donc largement bénéficié des coups de pouce du moteur. Une raison qui explique certainement la différence de temps moyen passé sur le vélo par semaine. Le groupe sur vélos électrique passait en effet 2,39 heures en moyenne sur leur cycles contre 2,07 heures pour les autres.
Contrairement aux attentes, les autres résultats entre les deux groupes ont montré très peu de différences, en témoigne l’exemple du test de Stroop, ci-dessous. Une expérience qui mesure la capacité à inhiber des réactions non désirées (un sous-ensemble de la fonction exécutive) :

Sur l’axe des ordonnées, l’interférence moyenne. Sur l’axe des abscisses, les résultats avant et après intervention, sur une seule session. Les lignes pleines sont celle du groupe-test. Les pointillés montrent les résultats du groupe sur vélos classiques, les tirets ceux du groupe sur vélos à assistance électrique. (PLoS ONE)
Les données du groupe-test restent constantes, là où les groupes ayant pédalé montrent une progression (un chiffre en baisse à l’issue de l’intervention). Dans l’ensemble, les deux groupes ont obtenu des résultats identiques. Dans certains cas (la mesure du bien-être, notamment), les sujets ayant bénéficié d’une assistance électrique ont même fait mieux.
Un vrai plus pour les seniors
L’étude pourrait laisser penser que l’exercice physique (le fait de pédaler) joue un rôle moins important sur la santé cognitive que le simple fait de sortir profiter du grand air. Restons néanmoins prudents : ici, la notion d’effort est restée au bas de l’échelle et n’a peut-être pas permis d’obtenir des signaux forts. D’après des études précédentes, davantage d’intensité ou un temps rallongé auraient pu donner des résultats différents. D’autres explications, plus subtiles, ne sont pas à exclure. La découverte du fonctionnement d’un vélo électrique, par exemple, a dû davantage solliciter la matière grise des participants concernés.
Les résultats positifs du vélo électrique sont toutefois bons à prendre. L’étude fait partie d’un plus vaste projet, le Cycle Boom, dont la visée est de "comprendre le cyclisme chez les populations senior et son impact sur l’autonomie, la santé et le bien-être." En commentaire de l’étude, certains ont suggéré que les participants sur vélos électriques auraient profité de la présence du moteur pour pousser un peu plus loin, sans se soucier de l’énergie nécessaire au trajet retour.
Toutes ces informations ne sont pas à prendre à la légère : lever les freins qui empêchent les populations plus âgées de monter à vélo (ou d’être actives, de manière générale) a une portée qui dépasse largement celle des résultats à tel ou tel exercice. Il y a quelques années de cela, mon père devait se faire poser une prothèse de genou. Faire du vélo dans son quartier lui était devenu difficile et j’ai tenté de le convertir à l’assistance électrique. L’idée ne l’a pas séduit sur le moment, pour lui c’était comme tricher. À la lecture de cette nouvelle étude, je regrette de ne pas avoir davantage insisté.
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