Tel père, telle fille. 50 ans après la première course parcourue par le Pen Duick VI d’Éric Tabarly, sa fille Marie reprend le flambeau à bord du même bateau pour un tour du monde, avec un équipage de 12 personnes. Un périple de huit mois, réservé à des navires construits avant 1988, mettant à l’honneur des marins plus passionnés d’aventure que de performance, dont Jean Le Cam. Retour sur l’histoire de cette traversée et de ce bateau mythique.
Le 29 juin, Marie Tabarly, 37 ans, a officiellement annoncé sa participation à l’Ocean Globe Race 2023 - une course autour du monde qu’elle réalisera à bord du Pen Duick VI. Un magnifique hommage à son père, disparu en mer en 1998, qui avait commandé ce navire pour la Whitbread de 1973.

« Le Pen Duick VI va avoir 50 ans cette année, j’avais un programme autour du monde avec mon projet Elemen’Terre qui a été annulé par le Covid, et je cherchais quoi faire pour marquer l’anniversaire du Bateau" a-t-elle déclaré le 30 juin lors d'une conférence de presse. Pen Duick ne peut pas passer à côté d’une course autour du monde comme celle-ci. Nous avons un équipage de 12 personnes, le bateau porte bien son âge et après un refit gréement sera prêt à partir ! ».
Qu’est-ce que l’Ocean Globe Race ?
L’édition 2023 marque les 50 ans de cette course en équipage en mode rétro. Mais revenons sur son origine. Un périple lancé en 1973, quand des Britanniques décident de créer la première course autour du monde à la voile, et en équipage complet. Soutenue par les brasseries Whitbread, la course prend d’abord le nom de ce sponsor en 1973. 18 bateaux s’élancent alors pour cette première aventure qui les conduit au Cap de Bonne Espérance, à Sydney, au Cap Horn, Rio de Janeiro - les passages de voile les plus emblématiques du monde - avant de rentrer au point de départ, à Portsmouth, en Angleterre, 27 000 milles plus tard.
À l’image de toutes les compétitions de grande envergure, la course a lieu tous les quatre ans. L’accessibilité à tous les niveaux de marins, et de tous les âges, se transforme progressivement en sélection de voiliers plus rapides et plus coûteux. En 1993, la Whitbread devient une course réservée aux professionnels, loin de l’esprit d’origine. Un équivalent du « Grand Prix Formule 1 », d’après les organisateurs.
« À l’occasion du 50ème anniversaire de la course originale de la Whitbread round the World, McIntyre Adventure (Organisateur de la Golden Globe Race) et le Royal Nomuka Yacht Club du Royaume des Tongas, sont fiers d’annoncer qu’après 30 ans d’observation, les marins du monde entier vont à nouveau avoir une chance de participer à cette course autour du globe !", devaient déclarer les organisateurs. "Le défi et l’opportunité que représentait la première Whitbread, cette première grande course, sont de retour. Naviguons comme en 1973 ! L’Ocean Globe Race (OGR) est faite pour les marins ayant un rêve et le sens de l’aventure."
Au programme, un périple de huit mois autour du monde, pour des marins en équipage naviguant sur les voiliers hauturiers datant d’avant 1988, privés de technologie, d’ordinateurs, et de satellites.
Pourquoi le Pen Duick VI est-il aussi mythique ?
Impossible de dissocier le Pen Duick VI de son capitaine, Éric Tabarly. Commandé spécialement par le navigateur pour la Whitbread de 1973, son retour sur la course 50 ans plus tard est le plus bel hommage que l’on puisse rendre à ce bateau. S’il n’a pas pu remporter cette course en 1973, le navire continue de concourir jusqu’au début des années 1980. La Transat en solitaire en 1976 restera la plus marquante pour l’histoire du Pen Duick VI et de son skipper : cinq tempêtes consécutives à affronter avec un bateau conçu pour 14 équipiers, un pilote automatique tombé en panne quatre jours après le départ… Un périple forgeant définitivement la réputation du bateau.
Il sera ensuite prêté à l’Association Éric Tabarly en 2009, à la Cité de la Voile à Lorient pendant plusieurs années, avant d’être repris par la fille du célèbre navigateur, Marie Tabarly, qui souhaitait embarquer à son bord pour mener son tour du monde « Elemen’Terre » - abrégé à cause du Covid-19.
Marie Tabarly, fière héritière de son père
Née en 1984, Marie n’a que 13 ans lorsque son père disparait en mer d’Irlande, en 1998. Elle s’oriente d’abord vers l’éthologie, avant de remettre le cap vers des projets mêlant expédition et navigation - comme en 2011, lors de la mission « Pangaea » en Mongolie, menée par Mike Horn.
En 2018, Marie Tabarly lance le projet « Elemen’Terre » : un tour du monde avec escales, à bord du Pen Duick VI, programmé à l’origine sur quatre ans pour sensibiliser le public aux problématiques environnementales, à travers le regard d’artistes. En mai dernier, le court métrage « Inside Pen Duick VI » dévoilait une partie de cette odyssée, partagée avec son compagnon Théo Sanson, codétenteur du record du monde de longline ; les navigateurs Sébastien Audigane, Benoît Marie et Catherine Chabaud ; ainsi que des artistes de la Compagnie Barcode Circus.
Rendez-vous donc le 10 septembre 2023 pour le départ de cette nouvelle édition très attendue.
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