C’est sous le regard de Marie Tabarly, sa compagne, que le codétenteur du record du monde de longline Theo Sanson s’est élancé hier pour relier le bateau mythique d’Éric Tabarly, construit en 1973 pour la Whitbread, et l’Imoca de Jean-Luc Van Den Heede avec lequel il s’est illustré lors du Vendée Globe 1992-1993. Baptisée « Un monde en commun », cette performance, captée dans une superbe vidéo, s’inscrit dans le double projet environnemental des navigatrices Marie Tabarly et Catherine Chabaud.
Marie Tabarly, 36 ans aujourd’hui, a de la suite dans les idées. Quand le 3 juillet 2018 elle quitte le port de Lorient à bord du Pen Duick VI - bateau de légende construit pour la première course autour du monde en 1973 avec lequel Éric Tabarly a gagné la Transat anglaise de 1976 – elle fait plus que suivre les pas de son père, disparu en 1998 alors qu’elle n’avait que 14 ans. Si elle reprend alors la barre du légendaire deux mâts, près de quarante ans plus tard, c’est pour le lancement de "The Elemen’Terre Project", une odyssée environnementale et humaniste. Un projet d’une durée de 4 ans qui devait la mener à la découverte de tous les océans de la planète, afin de souligner le caractère fragile d’une nature en danger et d’amener le public à réfléchir à son lien avec son environnement.
Le projet "Elemen’Terre" soutient quatre objectifs. L’appel à ce que l’océan devienne un bien commun de l’humanité, le manifeste pour la création d’un GIECO (groupement international et interdisciplinaire d’experts sur le comportement), la création d’un pays utopique baptisé « Good country » ( un pays défini par ses valeurs et non par ses frontières) et le financement du Pacte Finance Climat.
Elle a donc transformé le Pen Duick VI en résidence itinérante destinée à accueillir des sportifs, des scientifiques et des artistes avant de mettre le cap sur des lieux emblématiques de la planète (Groenland, Islande, Brésil, Îles Galápagos, Islande…). "J'irai en mer avec tous ceux qui veulent partager le même message que moi, tout ça pour participer à la création d'un mieux-être commun. Je veux travailler sur la cause, plutôt que sur les conséquences. On a tous une prise de conscience à avoir. Il faut changer les comportements", déclarait alors la navigatrice.
A bord de son voilier de 22 m, elle entame donc en 2018 un tour du monde de quatre ans et vingt escales de deux semaines chacune qu’elle prévoit alors de boucler en 2021. Un projet soutenu par une campagne de financement participatif qui lui rapportera 51 335 euros sur les 30 000 demandés à l'origine.

Son premier objectif : le Grand Nord pendant quatre mois, avec à son bord, cinq funambules. Parmi eux, Theo Sanson, codétenteur du record du monde de longline (601m) avec son compère Nathan Paulin, qu’en juillet dernier on a aussi vu traverser une ligne de 480 mètres entre deux aiguilles mythiques des Alpes, les aiguilles d'Arves. Devenu son compagnon, Théo poursuivra le périple avec Marie. Leur première escale, le Groenland, avec notamment le navigateur Franck Cammas et le peintre Jacques Godin. Viendra l’Islande avec entre autres, le compositeur Yann Tiersen qui enregistrera un album à bord. Puis en mars 2019, direction l’Atlantique Sud et le Pacifique. Un périple qui verra notamment monter à bord Nicolas Hulot, les spationautes Jean-François Clervoy et Jean-Jacques Favier ou l’apnéiste et photographe Fred Buyle

En mars dernier, la pandémie de Covid-19 met en suspens le projet le temps du confinement, diffère les autres étapes prévues, mais ne laisse pas Marie Tabarly inactive. En tournée ce mois-ci dans les cinq îles du Ponant, où elle organise une série de tables rondes, de conférences et d'entretiens sur des thématiques environnementales, la navigatrice poursuit son action, intégrant des événements spectaculaires et symboliques.
Notamment la traversée, hier, de Théo Sanson sur une slack tendue entre le Pen Duick VI de Tabarly et le Cigare rouge de VDH, à l’occasion du Spi Ouest-France organisé du 24 au 28 septembre. Un moment très émouvant, conçu pour relayer l’appel pour « l’Océan, bien commun de l’Humanité », Ocean as Common, mouvement lancé en juin 2018 par Catherine Chabaud. Première femme à terminer un tour du monde à la voile, en solitaire, en course et sans escales, la navigatrice est aussi l’ex rédactrice en chef de la revue Thalassa. On lui doit de nombreux documentaires sur le développement durable mais surtout une forte implication dans les questions environnementales en tant que déléguée à la mer et au littoral au sein du ministère de l’Environnement, de l’Energie de la Mer (de février 2016 à novembre 2017), députée européenne depuis mai 2019 et ambassadrice lors de la COP21 pour faire entendre la voix de l’océan au cours des négociations.
Au-delà de la performance réalisée hier, « Un monde en commun », entend donc une nouvelle fois marquer les esprits et, espérons le, aller au-delà d'un constat malheureusement déjà bien établi. Tant l'urgence de modifier les comportements individuels et d'infléchir les politiques gouvernementales est criante.
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