Sur les réseaux sociaux, c’est le phénomène du moment : s’injecter de l'Ozempic, un médicament contre le diabète, ou d'autres médicaments similaires pour la gestion du poids, comme le Wegovy. Venue des Etats-Unis, la tendance commence à faire du bruit en France où ces produits sont également vendus et où ils inquiètent l’Agence de sécurité du médicament. Car les experts sont formels, pris à mauvais escient, c’est prendre de gros risques !
Vous ne connaissez pas l’Ozempic, ni le Wegovy ? Allez faire un tour sur Tik Tok où l’on y rivalise à coups de challenges, car, apprend-on via des millions de posts, des « célébrités » prendraient ces médicaments initialement destinés à la gestion du poids des personnes souffrant de complications de santé liées à l’obésité (dont nombre de diabétiques), dans la seule fin de maigrir de façon spectaculaire. De quoi influencer des personnes souffrant de troubles de l'alimentation ou ressentant une pression par rapport à leur poids. Une population qui comprend un pourcentage élevé d'athlètes, s’inquiète de plus en plus de médecins américains où le phénomène a démarré avant de gagner l’Europe et la France où plus de 2 000 personnes bénéficiaires de l’Ozempic ne seraient pas atteintes de diabète.
Selon Evelyn Tribole, médecin diététicienne exerçant en Californie, la « Mecque » des régimes en tous genres, ces médicaments délivrés sur ordonnance ont remis l'accent sur la minceur à tous prix, annulant potentiellement les progrès réalisés ces dernières années par les mouvements militant contre les régimes et en faveur de l'acceptation de son corps. "On voit revenir en force les discours comme quoi les régimes ne fonctionnent pas et qu'il faut donc recourir à ces traitements », explique-t-elle. "Or, je dis et répète que si votre santé vous tient vraiment à cœur, pourquoi prendriez-vous quelque chose qui, à long terme, peut vraiment vous nuire ? »

Comment agissent ces médicaments ?
Ces produits injectables imitent l'action de l'hormone GLP-1, celle qui produit de l'insuline mais donne également une sensation de moindre faim en ralentissant le transit gastro-intestinal. Ceux qui en prennent affirment qu’ils n'ont presque plus d’appétit et qu'ils n'arrivent plus à terminer les gros repas.
Un discours qui passe bien auprès du grand public. Trop bien. Car l’engouement est tel qu’il a entraîné une pénurie affectant les malades qui en ont réellement besoin, ce qui est très préoccupant, en particulier pour les diabétiques. Sans parler du prix, car outre Atlantique, ils peuvent être très coûteux (plus de 1 000 dollars par mois).
On sait que ces médicaments peuvent avoir des effets secondaires importants, depuis des nausées et des vomissements jusqu'à des affections graves pouvant conduire à une hospitalisation. Or, selon le Dr Abisola Olulade, médecin à San Diego, les athlètes doivent tenir compte d'autres facteurs encore avant de commencer à en prendre et impérativement en discuter avec leur médecin. Car, explique-t-elle, ces substances imitent en fait ce que l'exercice physique produit déjà sur l'organisme. A savoir augmenter le taux de GLP-1, qui favorise la libération d'insuline, ce qui fait baisser le taux de sucre dans le sang. "Pour quelqu'un qui fait de l'exercice régulièrement, la résistance au GLP est moindre, ce qui peut entraîner une hypoglycémie", explique-t-elle.
"Ce médicament a un effet similaire, donc si vous prenez de l'Ozempic et que vous courez, vous prenez le risque de souffrir d’une sévère hypoglycémie, ce qui peut s'avérer dangereux." Sans compter, poursuit-elle, "que sous son effet vous ne ressentez pas de signal de faim, ce qui pourrait vous conduire à être en manque de carburant avant ou après vos séances d'entraînement. La déshydratation est également un risque que nous avons observé ", ajoute-t-elle.
Lésions rénales aiguës et pancréatites
Au-delà des effets directs du médicament relevés par les médecins américains, des effets secondaires sont également à prendre en compte, notamment le risque de lésions rénales aiguës et de pancréatite, qui s'aggravent avec la déshydratation. Ces problèmes pouvant de surcroit entraîner des déséquilibres électrolytiques et une augmentation potentielle du rythme cardiaque.
Que répond à cela Novo Nordisk, la société danoise qui fabrique l’Ozempic mais aussi le Wegovy ? La société ne "promeut pas, ne suggère pas et n'encourage pas l'utilisation non indiquée sur l'étiquette de ses médicaments", explique l’industriel dans un communiqué. "Et nous sommes convaincus que les prestataires de soins de santé évaluent les besoins individuels des patients et déterminent le médicament qui leur convient le mieux ». Selon le laboratoire, ces médicaments ont démontré une sécurité à long terme dans les essais cliniques. Et il précise qu’ils peuvent effectivement générer des « effets secondaires courants » tels que nausées, diarrhées, vomissements, constipation, douleurs d'estomac, maux de tête, fatigue, maux d'estomac, vertiges, sensation de ballonnement, éructations, gaz, grippe intestinale et brûlures d'estomac.
En prendre, ou pas ? Et Comment ?
Au final, les sportifs peuvent-ils prendre des médicaments tels que l’Ozempic sur les conseils de leur médecin, si cela s'avère nécessaire au regard de leur état de santé ? « Oui », selon le docteur Olulade, mais "Il faut prendre des précautions, c'est-à-dire s'assurer de bien s'hydrater, de manger suffisamment et d'être conscient que même si l'on n'a pas de signal de faim, il faut avoir une idée précise de la quantité de nourriture dont vous avez besoin, de façon à ce qu'elle soit suffisante pour vous permettre de faire de l'exercice dans des conditions sures. Par ailleurs, n'oubliez pas d'informer votre médecin que vous êtes un athlète si vous envisagez de prendre de l’Ozempic ou du Wegovy, car il pourrait alors vous prescrire une dose plus faible, ce qui vous permettrait de voir comment votre corps réagit », suggère-t-elle.
De son côté, le docteur Evelyn Tribole, coureuse elle-même – qualifiée pour le tout premier marathon olympique féminin des États-Unis en 1984 - déclare qu'elle ne conseillerait pas aux coureurs de prendre ces médicaments pour perdre du poids. "Si vous le prenez pour perdre du poids intentionnellement, je pense que c'est vraiment problématique, on n'en sait pas assez aujourd’hui sur ces produits ", dit-elle. "Mais si vous êtes diabétique et que vous courez pour améliorer votre glycémie, alors oui, absolument, je n'y vois pas d'inconvénient".
"En entrainement intensif", poursuit-elle, "la course à pied masque déjà les signaux de la faim, au moins pendant quelques heures, de sorte que l’association avec l’Ozempic pourrait provoquer des blessures dues à un manque de nutrition." Elle craint que l'engouement pour ces médicaments et leur capacité à faire maigrir n'entraîne une augmentation des troubles alimentaires et ne séduise des coureurs qui n'ont vraiment pas besoin de perdre du poids de cette manière.
"Il est donc évident que nous devons mieux informer les gens et leur rappeler que la nutrition est également importante. Et que, pour ceux qui en ont vraiment besoin, ces traitements doivent être associés à des changements dans le régime alimentaire et à de l'exercice physique. Ils ne sont pas censés être utilisés isolément, mais faire l'objet d'une approche à cibles multiples. »
Reste à savoir si ces mises en garde seront entendues dans la communauté des sportifs, et ne seront pas noyées dans l’océan de messages diffusés sur les réseaux sociaux.
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