Grimpeur, runner ou cycliste, vous êtes hypermobile : est-ce un avantage dans votre pratique sportive ou, au contraire, un point faible qu'il vous allez devoir travailler ? Explications et conseils d'experts.
À 18 ans, Kate Badgett était une jeune coureuse typique. Elle courait environ 32 km par semaine, généralement sur route, suivait des cours de spinning, complétés par quelques - exercices de base. Rien d’excessif, mais elle a rapidement souffert d'une fracture de stress fémoral, une fracture de l'os de la cuisse…comme beaucoup d’athlètes ayant un entrainement trop intensif. Or son volume hebdomadaire ne semblait pas assez élevé pour que les deux facteurs soient corrélés.
Pour Kate Badgett tout avait commencé en fait par d'autres soucis, notamment des luxations partielles de l'épaule. Ce qui a alerté son kinésithérapeute qui a commencé à se demander si l'hypermobilité articulaire, autrement dit une amplitude de mouvement supérieure à la moyenne dans les articulations, n'était pas à l'origine du problème. Il s'est avéré qu'il avait raison.
La runneuse souffrait effectivement d'une hypermobilité articulaire due au syndrome d'Ehlers-Danlos, une maladie du tissu conjonctif qui rend les ligaments plus lâches et plus extensibles. Au cours des six années suivant sa première fracture de stress fémoral, elle en a subi deux autres, dues, devait-elle l’apprendre plus tard, à une hypermobilité et une instabilité importantes des pieds et des chevilles, qui exerçaient une pression et une tension trop fortes sur ses os. Les recherches montrent que certaines personnes souffrant d'hypermobilité articulaire peuvent être plus exposées à des blessures articulaires et ligamentaires, à l'instabilité et aux luxations du genou et de l'épaule. Aujourd'hui, Kate peut toujours pratiquer la course à pied, mais elle a dû changer sa façon de s'entraîner. Elle suit régulièrement des séances de kinésithérapie, fait de l'entraînement croisé, court plus souvent sur des sentiers et pratique un yoga spécifique conçu pour aider son corps à recréer des schémas de mouvement plus efficaces.
Qu'entend-on par hypermobilité ?
Normalement, les ligaments aident à maintenir la stabilité des articulations. Mais si vous souffrez d'hypermobilité articulaire, vos ligaments et autres tissus conjonctifs sont lâches, de sorte que votre corps doit faire plus d'efforts pour maintenir les articulations stables. En conséquence, les articulations des personnes hypermobiles peuvent fréquemment se subluxer ou se disloquer, explique Linda Bluestein, médecin spécialisée en hypermobilité. "Cette pathologie est très courante, mais bien traitée, on obtient de bons résultats, pour autant qu’on prenne soin de son corps", explique l’Américain Jacques Courseault, docteur en médecine sportive et directeur médical de la Tulane Hypermobility & EDS Clinic et du Tulane Fascia Institute and Treatment Center.
Les médecins mesurent l'hypermobilité articulaire à l'aide d'un test de dépistage appelé « score de Beighton », qui examine l'amplitude des mouvements de diverses articulations, notamment la colonne vertébrale, les pouces, les coudes et les genoux. Plus le score est élevé, plus la personne est susceptible de souffrir d'hypermobilité articulaire. Mais ils prennent également en compte d'autres facteurs, comme le degré de flexibilité ou d'hypermobilité qu'une personne a pu avoir dans le passé. Certains souffrant de cette pathologie peuvent en effet devenir plus raides avec l'âge, pour cause d’arthrite notamment.
L'hypermobilité articulaire peut se manifester de plusieurs façons. Certaines personnes peuvent n'avoir qu'une seule articulation hypermobile dans leur corps, tandis que d'autres, pâtissent d'un trouble génétique plus large du tissu conjonctif. De plus, l'hypermobilité n'est pas toujours synonyme de flexibilité. Si vous êtes hypermobile, votre corps peut compenser le fait que les articulations se déplacent au-delà de l'amplitude normale en resserrant les muscles autour de l'articulation pour la maintenir en place. Vous pourrez alors vous sentir très raide.
Vous avez un mode de vie actif, comment cette pathologie peut-elle affecter ?
Le fait d'avoir des articulations hypermobiles ne signifie absolument pas que vous devez abandonner votre mode de vie actif. En fait, l'hypermobilité peut même vous être bénéfique dans le cadre de vos activités sportives. Pour un nageur, l'hypermobilité de la colonne vertébrale et des épaules peut accroître l'amplitude des mouvements et leur efficacité. De même, un lanceur hypermobile peut bénéficier d'une plus grande amplitude de mouvement au niveau des épaules ou des coudes, ce qui lui permet de lancer plus rapidement et avec plus de force.
« L’hypermobilité offre probablement un avantage mécanique pour le cyclisme, la course à pied et la randonnée, et pour toutes les pratiques impliquant un lancer, notamment pour le javelot par exemple", explique Jacques Courseault.
Mais l'hypermobilité peut aussi être problématique parfois. "Pour les personnes qui ont des problèmes de repérage de la rotule, la randonnée peut s'avérer très difficile, tout comme le vélo", explique Alissa Zingman, médecin et fondateur de P.R.I.S.M. Spine and Joint, une clinique qui traite les patients souffrant d'hypermobilité et de troubles du tissu conjonctif. "Dans ce cas, c'est au niveau intermédiaire de la mobilité du genou que la pression sur la rotule est la plus forte". Et pour une personne dont la colonne vertébrale ou les épaules sont hypermobiles, le cyclisme peut exercer une forte pression sur la colonne thoracique ou étirer excessivement les muscles du dos, ce qui provoque des douleurs.
Serez-vous plus susceptible de vous blesser ?
Pas nécessairement, comme le démontrent certaines études. En fait, de nombreux athlètes de haut niveau, et même des athlètes professionnels, sont hypermobiles, affirme Jacques Courseault. Mais il faut savoir que pour maintenir en forme un corps hypermobile et prévenir les blessures, il vous faudra vous plier à plus d’exercices de force et d'équilibre par exemple, qu’une personne non hypermobile.
Par exemple, un bon grimpeur hypermobile, dont les articulations sont bien soutenues, peut en fait jouir d'une plus grande amplitude de mouvement dans ses articulations, ce qui lui facilitera la saisie des prises. "On peut donc en conclure que les personnes hypermobiles sont moins sujettes aux blessures parce qu’elles peuvent plus s'étirer », explique Courseault. Une conclusion à nuancer toutefois, car si les articulations deviennent trop lâches, certains athlètes risquent de se blesser dans des situations où d'autres ne le feraient pas. Parmi les maux qui les guettent : dislocation d’une articulation, tendinopathies, tendinites ou tendinoses », précise Linda Bluestein. Des blessures, dont ils peuvent également mettre plus de temps à se remettre.
Dès lors, que faire ?
Si vous êtes hypermobile, la chose la plus importante que vous puissiez faire est d'écouter les signaux que votre corps vous envoie et de respecter le fait que votre anatomie peut changer avec le temps. Certaines personnes souffrant d'hypermobilité peuvent s'adonner à toutes les activités qu'elles aiment sans aucun problème. Mais si vous subissez de nombreuses blessures, Linda Bluestein recommande d'examiner attentivement les activités auxquelles vous pouvez participer sans problème, celles qui provoquent une légère poussée de vos symptômes et celles qui causent beaucoup de douleurs et de blessures."Au cours de votre vie, cela va bien sûr évoluer, mais l’idée est de rester aussi actif que possible, tout en restant dans une zone qui convienne à votre corps à ce moment-là", explique-t-elle.
Voici donc quelques moyens d’intervenir, mais gardez à l'esprit que la gestion de l'hypermobilité est très individuelle et peut donc varier en fonction de chacun.
10 façons de mieux gérer l'hypermobilité
- Portez des chaussures offrant une bonne stabilité.
- Consultez un médecin spécialisé ou connaissant bien l'hypermobilité.
- Travaillez avec un kinésithérapeute qui connaît bien l'hypermobilité.
- Renforcez-vous via des exercices isométriques et via la méthode Pilates
- Faites des exercices de stabilisation maintenant l'espace dans les articulations.
- Bougez et faites de l'exercice régulièrement, mais limitez-vous à des activités qui ne provoquent pas de douleurs.
- Évitez les activités physiques répétitives si elles provoquent des douleurs ou des irritations.
- Essayez de maintenir une posture et un alignement corrects de l’ensemble de votre corps, même lorsque vous n'êtes pas actif physiquement.
- Pensez à vous hydrater, y compris avec des boissons électrolytiques.
- Discutez avec votre médecin des avantages de la prolothérapie – l’injection d’une solution d'eau sucrée (dextrose) dans les articulations, les ligaments ou les tendons - et d'autres formes d'injections régénératrices
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