Hier, Mike Horn renonçait pour la troisième fois à l’ascension du K2. La saison des expéditions estivales en haute altitude qui touche à sa fin au Pakistan s’annonçait pourtant favorable. Mais l’aventurier n’aura pas été le seul à devoir rebrousser chemin vers l’un des sommets les plus coriaces, en raison des conditions climatiques difficiles. Pour preuve de sa rudesse, le deuxième sommet le plus haut de la planète culminant à 8611 mètres reste la seule montagne de plus de 8000 mètres à n’avoir jamais été gravie en hiver.
Infranchissable en hiver et parfois même en été … Cela en dit long sur l’extrême difficulté de grimper les pentes du K2 et montre à quel point l’ascension de cette pyramide de neige et de glace relève de l’exploit. Rien à voir avec l’Everest, très souvent cité et auréolé de plus en plus de succès au fil des années avec l’accroissement (parfois démesuré) des moyens et du matériel toujours plus performant. Seul sommet de plus de 8000 mètres encore vierge de traces de crampons d’alpinistes en hiver, le K2 pourrait connaitre une énième année sans « summiters » estivaux. De 1986 à 2018, douze saisons se sont écoulées sans qu’une expédition ne parvienne à atteindre le sommet ou à en descendre vivante. De 2009 à 2018, cinq saisons seulement ont été couronnées de succès. En revanche l’an passé, 62 alpinistes ont atteint leur graal en arrivant au sommet et en redescendant en vie.

« Pas de plat, pas de repos, des pentes raides du début à la fin »
Cette saison s’avère moins joyeuse. Ce mercredi 17 juillet, beaucoup d’expéditions ont rebroussé chemin à seulement 400 mètres du sommet comme celle de l’explorateur Mike Horn et Fred Roux et celle de « Imagine Népal » et « Seven Summit Treks ». Une avalanche, heureusement sans gravité, avait d’ailleurs tempéré les ardeurs des alpinistes relate l’agence « Seven Summit Treks », qui a vu cinq de ses sherpas se faire emporter sur une cinquantaine de mètres. « L’ascension du K2 ne comporte presque pas de sections plates ou de repos, ça commence de manière très raide, ça se poursuit tout au long de l’ascension et ça n’en finit jamais jusqu’au sommet », explique le summiter Alan Arnette, grand alpiniste et référence des chiffres et expéditions en haute altitude que l’on peut suivre sur son site internet.
Le toboggan de la mort
Quatre camps d’acclamation parsèment le cheminement jusqu’au sommet avec un dernier sur le « shoulder » à 8000 mètres avant d’affronter le terrible « Bottleneck ». Véritable toboggan de la mort, ce couloir de 400 mètres glacé, borduré de séracs et de roches, incarne le dernier juge de paix avant d’accéder au sommet. Une infime erreur et c’est la mort assurée, un léger assoupissement et votre nom apparait dans les faits divers. Là-haut, c’est la vie ou la mort.
Cette mort est omniprésente sur les pentes du monstre sino-pakistanais comme le démontre les chiffres recensés par Alan Arnette. Ce dernier comptabilise 85 décès sur les 379 summiters soit 22 % alors qu’à titre de comparaison, l’Everest pointe à 3 % grâce au succès de ses 9950 summiters pour « seulement » 306 décès. Le K2 n’est dépassé que par l’Annapurna au rang du ratio de nombre de décès avec 24,5 % et ses 293 summiters pour 72 succès jusqu’alors. Le 8000 mètres le moins meurtrier en terme de statistique est le Cho Oyu avec seulement 1,3 % de décès sur les 3681 alpinistes ayant atteint le sommet. La forte mortalité du K2 provient d’abord de sa grosse difficulté technique, l’utilisation répétée et continue des mains et des pieds éprouve davantage le corps. Mais la situation géographique du K2 y est pour beaucoup car situé dans le massif du Karakoram, dans la région du Gilgit-Baltistan, les perturbations y sont très violentes et les vents glaciaux peuvent à eux seuls être une raison de l’abandon ou d’une mort prématurée.
38 000 euros de moyenne l’expédition
De nombreuses expéditions commerciales proposent néanmoins l’ascension au prix de moyens démesurés en installant des multitudes de cordes fixes et en emmenant de plus en plus de bouteilles d’oxygène que les sherpas acheminent vers les différents camps d’altitude pour tenter de garantir le succès des clients. Le coût de la vie de ces hommes de l’ombre est clairement en jeu sur les pentes du K2 où les occidentaux dépensent 38 000 euros de moyenne pour rêver d’atteindre le sommet en cinquante jours d’expédition. Nous tenons à souligner que l’expédition menée par Mike Horn et Fred Roux se déroulait en style alpin, c’est à dire sans porteurs, ni cordes fixes ni oxygène.
Même si une nouvelle fenêtre météo favorable se dessine la semaine prochaine, le K2 pourrait bien fêter ses 365 jours sans ascensions réussie avant que le Polonais, Adam Bielecki (le sauveur d’Elisabeth Revol) tente de réveiller cette quiétude dès cet hiver pour une première historique.
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