Manifester serait-il devenu un crime ? En Italie, la question ne relève plus d’un simple débat, mais d’une réalité politique assumée. À l’occasion des Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina, la première ministre italienne, Giorgia Meloni, n’a pas hésité à violemment attaquer les manifestants anti-JO, les qualifiant notamment d’« ennemis de l’Italie ». Une rhétorique symptomatique d’un glissement autoritaire qui interroge bien au-delà des frontières transalpines. Car ce qui se joue aujourd’hui en Italie pourrait bien préfigurer ce qui attend la France à l’horizon des JO 2030.
Dimanche dernier, deux jours après la cérémonie d’ouverture des Jeux, Giorgia Meloni relayait sur ses réseaux sociaux une vidéo issue de Fox News montrant des manifestants cagoulés lançant projectiles, pierres et feux d’artifice sur les forces de l’ordre. En réaction, la cheffe du gouvernement exprimait sa « solidarité à la police et à tous ceux qui verront leur travail réduit à néant par ces gangs de criminels ». Une déclaration qui assimile toute contestation à un acte hostile envers l’État.
Le week-end a en effet été marqué par d’importantes mobilisations : près de 10 000 personnes rassemblées à Milan, plusieurs incidents perturbant fortement la circulation ferroviaire dans le nord du pays, et des affrontements avec la police. Le ministre italien des Transports, Matteo Salvini, figure majeure de l’extrême droite italienne, a dénoncé de « graves actes de sabotage », saluant fièrement l’adoption d’un nouveau dispositif de sécurité destiné à renforcer l’efficacité des forces de l’ordre contre « voyous et criminels ».
Ce durcissement n’est pas qu’un discours. Un décret adopté le 5 février par le gouvernement italien, après des violences à Turin, visant des politiques sociales et économiques plus large au sein du pays, renforce considérablement les pouvoirs de la police. Arrestations préventives, protection juridique accrue pour les agents, extension des prérogatives répressives : le cadre légal s’aligne désormais sur une ligne politique portée par la droite radicale.
Les manifestants anti-JO dénoncent l’impact massif des infrastructures JO sur les territoires alpins, leurs conséquences environnementales et l’explosion du coût de la vie à Milan. À cela s’ajoute la présence controversée d’agents de l’agence américaine de contrôle de l’immigration (ICE), chargés d’assurer la sécurité de la délégation américaine, symbole pour beaucoup d’une militarisation excessive de l’événement.
Ces critiques résonnent puissamment en France, où les Jeux olympiques d’hiver 2030, attribués aux Alpes françaises, suscitent déjà de vives inquiétudes, notamment en Haute-Savoie. À l’heure où les alertes se multiplient, et où la France connaît, elle aussi, un net virage politique vers la droite radicale, la crainte d’un scénario à l’italienne n’est pas à écarter. D’autant plus que la France a déjà été condamnée en 2024 par la Cour européenne des droits de l’homme pour violences policières lors de manifestations.
Photo d'en-tête : Greenpeace- Thèmes :
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