Voir le Japon autrement au rythme de la course, traverser les Alpes japonaise de Kyoto à Tokyo, c’est l’idée que notre journaliste avait en tête. Pour cette aventure, il a réuni un groupe de potes, des coureurs pro. Rien moins que Des Linden, Magda Boulet, Tim Tollefson et Ruth Croft. Un périple de 200 km, à un rythme soutenu sur des étapes courtes. Du haut niveau sur fond d’auberges traditionnelles, de dégustations de nouilles japonaises et d’immersion dans les onsen, ces merveilleux bains naturels japonais. Un rêve totalement accessible, nous raconte-t-il à son retour de son périple sur l’un des parcours les plus secrets de l’archipel nippon.
Les fans de Japon connaissent le Kumano Kodo, célèbre route de pèlerinage, l'une des deux seules de la planète classées au patrimoine mondial de l'UNESCO. En revanche le Nakasendo est pratiquement inconnu des étrangers, ce qui renforce encore son charme. Construite au début de la période Edo, au début des années 1600, cette route reliait l'empire à travers son intérieur montagneux. Pendant deux siècles et demi le Nakasendo et son chemin pavé étaient au cœur des échanges commerciaux, avant de tomber dans l’oubli.
À son apogée, cette route s'étendait sur 530 km. Elle reliait Kyoto à Edo (l'actuelle Tokyo), du sud-ouest au nord-est, en plein centre du pays. Le long du chemin se trouvaient 69 relais de poste, espacés d'environ 8 km, où les voyageurs pouvaient s'arrêter, se restaurer et faire du commerce. Si la majeure partie du chemin est aujourd'hui goudronnée, certains tronçons et villes d'origine sont bien conservés. Là, les bâtiments en bois et les intérieurs traditionnels vous replongent 400 ans en arrière. C’est précisément de ça dont rêvait Andy Cochrane, notre journaliste. Sans surprise, il n’a pas eu beaucoup de mal à convaincre un groupe de potes de le rejoindre sur le tronçon le plus emblématique, de Nagoya à Matsumoto. De très bons coureurs, des pointures devrait-on dire quand on voit l’équipe. A commencer par Des Linden (détentrice du record mondial féminin des 50 km), Magda Boulet, qu’on a également vu aux Jeux, Tim Tollefson et Ruth Croft (vainqueure de l’Ultra Trail Cape Town cette année), tous deux spécialistes du 100 miles.

Une dream team animée par le plaisir de la course et celui de la découverte. Mais pas en mode touriste, au rythme de leur pas. « Chaque jour, nous parcourions environ une trentaine de kilomètres en nous arrêtant dans les anciens relais de poste, découvrant au passage des temples et des petites échoppes de ramen (nouilles japonaises, ndlr). Au soir, le groupe s’installait dans des auberges traditionnelles, les beaux ryokan, après avoir récupéré dans un onsen, ces sources d'eau chaude naturelles dont les Japonais raffolent .
Le Nakasendo est-il fait pour vous ?
« Construire un itinéraire autour d'un sentier tracé il y a 400 ans a des avantages et des inconvénients », explique en toute objectitvité Andy. « Le Nakasendo conviendra surtout à un coureur en quête d'une expérience, et pas seulement d'avaler les kilomètres. On y va avant tout pour son histoire et sa culture, d’une richesse exceptionnelle. Mais aussi pour sa gastronomie et ses auberges traditionnelles. Sans parler bien sûr de la découverte de certaines zones éloignées de tout, superbes et quasiment restées intactes depuis l'époque d'Edo. Prendre le Nakasendo, c’est avoir l’immense plaisir de découvrir ce que c'était que de voyager à pied le long d’une ancienne route postale.
Cela dit, si vous recherchez simplement le meilleur sentier de course à pied du Japon, ce n'est pas le Nakasendo qui s'impose. Car il est composé aujourd’hui d'un mix de sentiers, de rues, de petites routes de campagne d'autres plus passantes, sans grande continuité en raison des développements urbains récents. Il faut donc s'attendre à une bonne dose de course sur route pour atteindre les sections de sentiers emblématiques. Mais je reste convaincu que cela en vaut la peine », conclut Andy Cochrane.
Comment s’est organisé ce périple ?
« Notre itinéraire a traversé quatre ex relais postaux bien préservés, Tsumago, Magome, Fukushima et Narai, à proximité de dizaines de temples et de sanctuaires, avec de nombreuses possibilités le long du chemin de séjourner dans des auberges traditionnelles et des onsens. Un moment fort. De quoi nous permettre de nous imprégner de la culture japonaise, tout en récupérant pour engranger des kilomètres le jour suivant. Il nous est même arrivé certains jours de prendre le temps, tôt le matin avant le départ, de nous plonger dans ces bains créés en pleine nature. On a tous adoré !
Pour parcourir en moyenne plus de 30 km par jour, nous avons fait appel à un service de transfert de bagages (très fréquent au Japon, ndlr) pour acheminer nos sacs jusqu'à l'hébergement suivant. Cela nous a permis de n'emporter sur nous que de l'eau, des en-cas et quelques vêtements de rechange, ce qui a rendu l'expérience beaucoup plus agréable. Si vous envisagez de suivre cet itinéraire, je vous recommande vivement d'envisager cette option.
Quant à la navigation sur l'itinéraire lui-même, notre expérience est mitigée. Une partie du parcours est bien balisée, tandis que d'autres parties sont quasiment inexistantes. Je recommande de télécharger des fichiers GPX et de maîtriser avant le départ une application de navigation comme Komoot ou Gaia.

Comment se rendre sur place ?
Longtemps fermé suite à la pandémie, le Japon a enfin rouvert ses frontières aux étrangers en novembre 2022 et il est aujourd’hui très facile de s’y rendre et d’y voyager. Notre groupe s'est retrouvé à l'aéroport d’Haneda, à Tokyo, puis nous avons passé une journée en ville pour explorer le célèbre marché aux poissons, manger des ramen (les premiers d’une longue série !) et nous remettre du décalage horaire. Nous aurions pu y rester plus longtemps, mais nous avons décidé de profiter au maximum de notre séjour sur le Nakasendo.
Depuis Tokyo, il est facile et tout à fait abordable de prendre des trains à grande vitesse pour se rendre dans d'autres villes du pays, y compris nos points de départ et d'arrivée. Le trajet jusqu'à Nagoya a duré deux heures et le retour depuis Matsumoto a été à peu près le même. Si je devais refaire le Nakasendo, je ne changerais rien à notre logistique. Le train nous a épargné le coût d'une voiture de location, sans parler de l'apprentissage de la conduite à gauche et des tracas de l’orientation dans un pays dont nous ne maîtrisions pas la langue (ni l’écriture !).

Quand y aller, qu’y voir ?
Nous avons visité le Japon en automne, histoire de jouir de températures fraîches et des couleurs automnales, et de voir moins de touristes. Un choix judicieux : la température variait généralement entre 4 et 15°C, nous n’avons eu aucun problème pour trouver des auberges et des onsens disponibles et les forêts étaient sublimes, notamment en montagne. Autre option, le printemps, très agréable aussi, ne serait-ce que pour découvrir, en mars-avril, la saison des cerisiers en fleurs et vivre une fois dans sa vie un événement connu sous le nom de hanami (littéralement, regarder les fleurs). En veillant à éviter la "Golden week", semaine (du 29 avril au 5 mai 2024) pendant laquelle les Japonais voyagent en masse, et où les auberges comme les transports en commun sont pris d'assaut.
Météo, ours, à quoi se préparer ?
Nous avons commencé notre course près du niveau de la mer et l'avons terminée dans les montagnes à environ 1200 mètres d'altitude. Si l'automne est souvent synonyme de météo imprévisible dans les Alpes japonaises, cela n'a pas été le cas lors de notre voyage.
On nous avait conseillé d'emporter un imperméable en raison de la forte probabilité d'orages, mais nous ne l'avons finalement jamais utilisé. Avec des conditions de course presque parfaites pendant toute la durée du voyage, nous avons pu ralentir et savourer des pauses dans les maisons de thé, les temples et les petites échoppes de ramen le long du chemin. De plus, bien que nous ayons vu plusieurs panneaux avertissant de la présence d’ours et que de nombreux randonneurs soient équipés de clochettes à ours, nous n'en avons pas vu aucun. Ce qui n’a pas étonné un guide local qui nous a expliqué qu’ils étaient nettement plus nombreux plus loin, dans le sud des Alpes japonaises.

Quid des permis, droits d’accès et.. de la langue ?
Parcourir le Nakasendo demande une bonne dose d'organisation - ce qui n'est pas évident si vous ne parlez pas couramment le japonais - mais il ne nécessite pas de permis ou de droits d'entrée. En dehors des grandes villes japonaises, l'anglais n'est pas très répandu, même dans les restaurants et les magasins, alors préparez-vous à utiliser des outils comme Google Translate pour vous débrouiller. Une grande partie du Nakasendo se déroule dans la campagne, où vous rencontrerez plus de locaux que des randonneurs ou des coureurs, et là encore, l’accueil sera chaleureux, mais les échanges parfois un peu difficiles. Quelques villes postales, développées autour des anciens relais postaux sont devenues assez touristiques mais de longs tronçons du Nakasendo semblent presque oubliés dans le temps. Et cela lui donne un charme unique.

Comment s’équiper ?
Chacun piochera dans son équipement, mais voici ce qui a fonctionné pour notre journaliste - Des chaussures de trail Nike Ultrafly : souhaitant faire des bagages aussi légers que possible, j'ai opté pour une paire de chaussures polyvalentes, durables et de confortables pour les grosses journées. L'Ultrafly - oui, la nouvelle chaussure de course à plaque carbone - a prouvé qu'elle pouvait être une chaussure de voyage polyvalente, offrant suffisamment d'adhérence sur les sentiers sans vous rendre la vie misérable sur les longues sections de pavé. Au final, pas d'ampoules, pas de chutes. Donc, je valide !
Un sac d'hydratation Patagonia Slope Runner : je cours régulièrement avec un appareil photo, un bonne trousse de secours, quelques vêtements de rechange, un GPS InReach et un tas d’en-cas à grignoter, j'ai donc tendance à choisir des sacs à dos de grand volume. Cela dit, j'essaie aussi de dénicher la perle rare, le sac qui va se faire oublier. Mon choix s'est porté cette fois sur le Slope Runner. D’une capacité maximum de 18 litres, il se fixe solidement au dos.
Et… un Theragun Mini : cela peut sembler tout à fait superflu, et c’est vrai que ce pistolet de massage n’est pas assez léger pour être emporté partout mais il s’est avéré parfait sur un trip comme celui-ci. Grand luxe, je l’ai glissé dans les bagages qui m’attendaient chaque soir à l’auberge, et il m’a permis d’accélérer ma récupération, de réduire mes courbatures et de m'assurer que mes quadriceps n’explosaient pas en essayant de suivre le rythme de ces coureurs complètement malades !
Pour en savoir plus sur le Nakasendo, c'est ici.
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