Rien de tel pour chasser un coup de blues qu’une rando en montagne, mais une simple sortie « outdoor » peut s’avérer tout aussi efficace, conclut une récente étude autrichienne. Alex Hutchinson, notre journaliste scientifique passe au crible ces résultats.
Alors que j’étais en train de planifier mes vacances au vert de cet été, j'ai repéré quelques petits carrés noirs sur les cartes dont je me sers pour préparer mon parcours en canoë. Non! Des cabanes!
La dernière chose dont j’ai envie quand je pars à l’aventure "into the wild " c’est bien de croiser sur mon chemin des indices qui me donnent l'impression de ne pas être le premier – à l’exception des fées discrètes qui nettoient les sentiers et les aires de bivouac — à traverser ces contrées sauvages. Pour moi, la nature doit avoir l’air aussi "pure" que possible.
Troublé, j'en suis venu à me demander si le simple fait d'apercevoir une maison durant ma randonnée allait vraiment casser mon trip. Une nouvelle étude publiée dans International Journal of Environmental Research and Public Health, explore précisément cette question. Réalisée par des chercheurs de deux universités autrichiennes, elle est financée par le Club Alpin Autrichien.
Les chercheurs ont envoyé 52 volontaires passer trois jours, au mois d’octobre, dans un "prestigieux domaine de sports d’été et d’hiver" des Alpes autrichiennes. Les sujets en question ont fait deux randonnées en deux jours consécutifs dans un ordre aléatoire. Les parcours, très semblables – environ 6,5 km en trois heures de marche, à la même vitesse, et avec un dénivelé positif et négatif de 750 mètres – possédaient cependant une différence fondamentale. Le premier traversait une zone pratiquement vierge de présence humaine, alors qu’en effectuant le deuxième on avait constamment à portée de vue des éléments tels qu’une autoroute, des remontées mécaniques, des canons à neige, des chantiers et un parking. Le but de l’expérience n’avait pas été communiqué aux cobayes.
Chute du niveau de cortisol en fin de rando
L’étude s’est basée principalement sur une série de questionnaires cherchant à évaluer la présence et le niveau de différentes émotions — anxiété, joie, colère, sérénité… — ainsi que des tests de salive pour mesurer les niveaux de cortisol, l’hormone du stress.
Nombre d'études ont bien évidemment souligné les effets bénéfiques d’une activité physique au grand air; suggérant au passage que cet effet serait plus marqué encore dans un espace sauvage. Mon ressenti, quand je préparais mon voyage en canoë, allait certainement dans ce sens.
Une question reste, cependant, encore sans réponse : sommes nous plus sensibles aux effets positifs de la nature, ou à ceux, négatifs, d'un environnement modifié par l’homme ?
Contre toute attente, les résultats de l’étude autrichienne suggèrent que le simple fait d’être au grand air nous fait du bien; que notre environnement naturel soit sauvage ou pas. Les données sur le cortisol, par exemple, montrent une différence considérable à la baisse entre les niveaux au départ et à mi-randonnée, ainsi qu’un niveau plus bas encore en fin de randonnée. Et ce, quel que soit le type de randonnée.

Ordonnée: concentration salivaire cortisol (en nmol / l)
Abscisse: matin // mi-course//post-course (International Journal of Environmental Research and Public Health)
Après les randonnées, l’humeur des sujets avait changé à peu près dans le sens attendu : on a pu noter une augmentation des sentiments positifs comme la joie et une diminution des sentiments négatifs comme l’anxiété. Mais, encore une fois, du point de vue statistique, il n’y avait pas de différence entre les deux randonnées : apercevoir en cours de balade une autoroute ou une remontée mécanique ne rendait pas l’expérience moins profitable.
Une préférence spontanée pour la nature
Bien sûr, toutes les infrastructures ne se valent pas. Les chercheurs rappellent que des éléments tels que les remontées mécaniques ou les canons à neige peuvent avoir une connotation très positive pour de nombreuses personnes, ce qui pourrait fausser les résultats. On peut imaginer des résultats fort différents si la randonnée avait eu lieu près d’une décharge ou d’une mine à ciel ouvert — ou, pire encore, d’une antenne de téléphonie mobile qui aurait rappelé aux participants le tas d’e-mails qui les attendaient dès leur retour à la civilisation.
Un autre petit "hic" : on a également demandé aux sujets leur ressenti quant aux effets des randonnées sur leur humeur en leur posant la question suivante : "Comment croyez-vous que l’environnement de la randonnée en montagne a influencé votre bien-être ?" Sur une échelle de 1 à 10, 10 étant le plus positif, la moyenne pour la randonnée plus "sauvage" était de 8,5, tandis que celle pour la randonnée plus "humanisée" était de 6,3. C’est-à-dire, que, comme moi, les sujets préféraient se trouver dans un espace naturel inaltéré, même s’il ne leur procurait pas des bénéfices physiologiques ou psychologiques clairement mesurables.
C'est un point qu'on ne peut ignorer. Sans pouvoir l'expliquer de manière rationnelle, le fait est que j’aime me retrouver le plus loin possible des signes de présence humaine. Reste que des études comme celle-ci m’aident à être un peu moins radical au quotidien. Je vis dans une ville de 4 millions d’habitants et j’ai acheté un kayak d'occasion l’automne dernier, en me disant que pagayer de temps en temps sur la rivière "semi-urbaine" près de la maison valait toujours mieux que d’attendre toute l’année la virée épique de l’été. Et vu que je cherche à tracer un parcours relativement facile à réaliser avec mes petites — 3 et 5 ans – il me semble plus réaliste d’accepter quelques carrés noirs sur la carte. Du moment que je suis sans réseau (téléphonique ou internet). Ça devrait aller!
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