Le site Akewatu s'appuie sur un réseau de shops indépendants pour vendre du matériel d'occasion ou neuf de surf et de ski. En faisant converger vendeurs et acheteurs, professionnels, particuliers et même athlètes, la plateforme a créé en seulement deux ans une communauté de la glisse qui ne cesse de s'agrandir. L'un de ses cofondateurs, Julien Martel, nous en dit un peu plus sur ce système unique et son futur.
Déjà, comment est née l'idée d'Akewatu ?
Akewatu est né d'une frustration. Je pratique le surf depuis longtemps mais je vivais à Paris. Régulièrement, je cherchais à vendre mon matos pour pouvoir me rééquiper. Sauf que j'étais limité à la fois géographiquement et par le volume de la planche : il n'y avait que le Bon Coin pour tenter de s'en sortir. Mais avec ce genre de matériel technique, je n’étais jamais sûr de l'état de ce que j'achetais d'occasion, et je ne parle même pas de la question du transport quand tu trouvais un acheteur intéressé dans une autre région...

Puis j'ai rencontré Nico Drouet, propriétaire d'un surf shop depuis 10 ans au Cap Ferret, qui galérait à vendre, notamment hors saison. On s'est dit que c'était absurde qu'acheteurs et vendeurs à travers la France n'arrivent pas à s'atteindre. C'est alors qu'on a croisé Franck Boniface, l'un des créateurs de Vestiaire Collective, un site qui a mis en place une certification des vêtements transitant sur son site. Il nous a aussi parlé du site Farfetch, et on a découvert que l'univers du luxe était parvenu à connecter des magasins partout dans le monde, aidant ces derniers à vendre sur internet en réglant le problème d'accès au produit pour les acheteurs. On a alors décidé de mélanger les deux modèles : on prend en charge l'occasion en certifiant le matériel et en gérant le transport, et on réunit des shops en présentant leurs stocks pour y donner accès à des acheteurs qui n'avaient pas ce choix de matériel à disposition.
Vous vous êtes lancés en avril 2017 et vous comptez 70 000 membres particuliers aujourd'hui, ça a vite décollé ?
C'est allé très vite. La partie surf a tout de suite bien fonctionné, donc on a étendu l'offre aux skis et aux snowboards l'hiver dernier. Côté neige, ça a très bien marché sur l'occasion, un peu moins moins sur le neuf qui est un marché sinistré. Pour le surf, 60% de nos ventes concernent le neuf, le reste étant de l'occasion. À ce jour, on a 150 magasins indépendants qui travaillent avec nous et cette année on devrait faire 100 000 ventes a priori.
Quel est le rôle des shops au-delà de figurer comme "vendeur pro" sur la plateforme ?
Un particulier qui vend sa planche met une annonce, qui devra d'abord être validée par Akewatu. S'il trouve preneur, il devra se rendre au magasin partenaire le plus proche pour la faire certifier. Une fois examinée, le shop l'envoie à l'acheteur, via un transporteur affrété par Akewatu. En cas de problème, le site organise une médiation entre l'acheteur et le vendeur. Et nous touchons une commission sur les ventes, entre 10 et 20 %, selon qu'il s'agit de neuf ou d'occasion. Le système permet aux shops de vendre toute l'année à leurs clients saisonniers et d'en toucher de nouveaux.
Avez-vous déjà constaté des retombées pour les magasins indépendants ?
On fait vraiment tout pour éviter qu'ils n'aillent sur Amazon demain, parce qu'on le sait, ça finit par tuer les petits commerces. Ce genre de plateforme communautaire peut aider à faire la différence. Un magasin de surf, qui était fermé cet hiver, a donné ses clés au pharmacien d'à côté pour qu'il permette la récupération des planches, parce que même si le mec était en vacances, il continuait de vendre ! Le mois de décembre, avec Noël, a vu des ventes pratiquement équivalentes au mois d'août, côté surf. Les shops n'ont plus forcément besoin d'aller négocier un prêt bancaire pour avoir de la tréso pour traverser l'hiver. En moyenne, nos magasins partenaires augmentent leur chiffre de 20% . Avec 500 km d'écart entre les acheteurs et les vendeurs, on peut dire que l'on connecte l'ensemble de la communauté de la glisse française via les shops.

Ça paraît étrange que personne n'ait songé à ce concept avant. Il n'existe pas ailleurs ?
Des marques le font, même en France. Mais nous avons trois composantes qu'on ne retrouve pas ailleurs : la certification et la prise en charge du transport, dont nous avons déjà parlé, mais aussi le conseil. On n'est pas tous capables de savoir quel matériel est le plus adapté à notre niveau : nous avons mis en place des conseillers, qui sont disponibles pour chatter en ligne ou échanger par téléphone pour répondre aux questions que peut se poser l'acheteur.
La communauté du surf et de la neige est de plus en plus sensibilisée aux problématiques environnementales. Quelle est votre approche ?
Nous saisissons toutes les occasions possibles pour pousser les membres de la communauté à donner une seconde vie à leur matériel. On leur donne aussi des informations sur leurs achats : ils ont accès à l'origine géographique de la planche. On les encourage à privilégier des circuits courts en choisissant des shapers locaux plutôt que des planches qui viennent d'Asie.
Et, côté transport, on utilise du carton recyclé et recyclable : on a développé une espèce de chaussette en nid d'abeille pour les planches, réutilisable au moins 3 ou 4 fois par l'acheteur s'il part en surf trip et a besoin de protéger sa planche.
Il paraît que si je veux je peux acheter la planche de Justine Dupont ou de Jorgann Couzinet sur Akewatu ?
On essaye de lier toute la communauté. Il y a donc les shops, les shapers, tous ceux qui pratiquent le surf... et les athlètes. On a eu envie de lancer un programme pour tous ceux qui font de la compétition aujourd'hui et qui ont parfois un peu de mal à vivre de leur sport. Ils ont souvent besoin de vendre leur planche, donc on les met en vente sur le site, sans commission, histoire de faire notre part pour aider. Et ça marche. Parfois ce sont des gens qui veulent voir s'ils sont capables de surfer la planche de tel ou tel surfeur, parfois c'est juste pour le kif.
Pour l'instant Akewatu connecte la France, la Suisse, la Belgique et l'Angleterre... Et demain ?
On a hésité entre plusieurs stratégies car on est limités en ressources, on ne peut pas tout faire. On avait pensé à décliner d'autres sports, mais ça demande des développements complexes sur le site, sans compter le problème de la certification. On a donc décidé de rester concentrés sur le surf et la neige et de passer à l'international. On a intégré l'Angleterre en fin d'année dernière et on va essayer de lancer de nouveaux pays en fin d'année : on vise l'Espagne et le Portugal pour l'instant. On regarde aussi ce que l'on pourrait faire du côté de l'Australie, pour un peu plus tard...
A quand Akewatu réseau social ?
C'est vrai que l'on a envie d'aller vers ce que l'on appelle un "social commerce", d'aller plus loin que le conseil, la certification, l'achat et la vente. On a créé un premier espace communautaire, que l'on voudrait étoffer. Par exemple, j'ai acheté des planches à des surfeurs un peu en avance sur moi en termes de niveau, mais qui me ressemblent : j'aimerais pouvoir les suivre et voir qu'en ce moment ils surfent telle planche ou sont sur tels skis. Peut-être que dans un an ils auront envie de vendre ce matériel et moi je pourrais être intéressé... Bref, on y pense, même si ça ne sera pas pour tout de suite !
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