« C’est la première fois que je portais un casque à Pipeline », raconte sur Instagram la star hawaiienne du surf de grosses vagues. Victime d’une chute jeudi dernier alors qu’il participait au DaHui Backdoor Shootout, il ne doit certainement son salut qu’à son casque… fendu en deux. Une démonstration de plus de l’intérêt de s’en équiper. Pas besoin quand on débute ou qu’on ne surfe que du 50 centimètres sur un beach break ? Au contraire ! C’est là que bon nombre d’accidents se produisent, ne cessent de rappeler les médecins. Quels sont les risques réels ? Comment choisir le bon casque ? Explications.
« Je ne me souviens pas de grand-chose, sauf que c’était pendant ma série du DaHui Backdoor Shootout et que les sauveteurs m’ont fait asseoir sur une chaise au Beach Park. J’ai une grosse commotion cérébrale et des saignements de l’oreille gauche. Tout devrait bien se passer, j’ai juste besoin d’un peu de temps », commente sur Instagram Kai Lenny depuis son lit d’hôpital, où il est encore en observation à Hawaii.
L’Américain de 31 ans, surfeur, windsurfeur et kitesurfeur connu pour sa polyvalence, est considéré comme l'un des meilleurs watermen du moment. Sur la photo de son post, il affiche un large sourire, bien conscient toutefois qu’il a échappé au pire cette fois. C’est le sixième accident grave cet hiver sur ce spot.
Engagé dans la catégorie SUP, il s’est engouffré dans un barrel de taille moyenne côté Pipe où il a chuté avant de se faire attraper par la lèvre. Certes il est sorti de l’eau par ses propres moyens, sur ses deux jambes, planche sous le bras, mais le casque brisé. On ne sait pas s’il souffre d’un choc avec le récif ou avec sa propre planche, accident courant, mais on imagine facilement ce qu’il en aurait été de lui sans cet équipement Or, il le portait pour la première fois à Pipeline…
Pas cool le casque de surf ? Inutile ? C’est ce que les surfeurs ont longtemps laissé entendre … alors même qu’ils reconnaissaient qu’il était efficace. Il suffit de se plonger dans une étude publiée par la Bibliothèque Nationale de Médecine qui a longtemps fait référence pour avoir un aperçu de la situation. En 2005, des chercheurs qui avaient interrogé des surfeurs australiens révélaient que 73% d’entre eux (90% d’hommes, de 28 ans en moyenne, avec plus de 10 ans d’expérience pour la plupart) pensait que les surfeurs qui portaient un casque étaient moins susceptibles de se blesser. Pourtant, 62% déclarait préférer ne pas en porter. Principales raisons invoquées ? « Ne pas en avoir besoin, l’inconfort, la claustrophobie et les effets sur les sens et l’équilibre. »
Près de vingt ans plus tard, certaines réticences persistent – notamment au niveau du look ! - mais la tendance semble s’inverser. Au point que même la World Surf League propose des casques aux athlètes à Pipeline. A juste titre, car en porter peut éviter bien des traumatismes. Et pas qu’aux amateurs de big waves. Les accidents de surf étant l'un des premiers motifs d’admission aux urgences de l'hôpital de Biarritz, sur la Côte Basque, selon Guillaume Barucq, médecin généraliste et surfeur.
Pourquoi la tendance s’inverse-t-elle enfin ?
De plus en plus de surfeurs au line up ces dernières années, notamment depuis l’épidémie de COVID. Ajoutez le boom du stand-up paddle, occupant également l’espace, et un goût certain pour une pratique de plus en plus engagée chez les surfeurs. Et vous avez tous les ingrédients pour que les chutes, et les chocs, se produisent.
Quels sont les risques de surfer sans casque ?
Le traumatisme crânien, ce qui n’est jamais anodin. En surf, la tête est atteinte dans plus de 50% des accidents. Or moins de 1% des surfeurs porte un casque. Absurde quand on sait que la majorité des snowboarders rident casqués alors que la tête est touchée dans à peine 10% des accidents. En cause, bien souvent, sa propre planche via une dérive acérée ou un nose pointu. Mais aussi bien sûr un rocher mal placé ou un choc violent sur le fond sableux.
Le risque ? La perte de connaissance pouvant entraîner la noyade, surtout si vous surfez seul et que personne ne peut vous porter secours rapidement. Moins graves mais non négligeables, les plaies au cuir chevelu. Sans parler des chocs au visage. Entaille au visage, nez cassé, œil touché, autant de conséquences possibles d’un choc. Mais là, il est vrai le casque ne vous sera pas d’un grand secours.
Quels sont les bénéfices ?
Outre la protection contre les risque d’accidents graves évoqués ci-dessus, le casque permettrait de protéger les oreilles, et notamment de réduire le risque de développer une exostose (surfers’ ears ). Pathologie survenant en moyenne au bout de 5 ans de surf en eau froide.
Quand le porter ?
Tout dépend bien sûr de la dangerosité du spot, du monde à l’eau et du niveau d’engagement. Mais vous avez beau maîtriser votre planche, le débutant qui va vous foncer dessus pourrait bien vous laisser de mauvais souvenirs. Alors on joue particulièrement la prévention quand il y a foule et qu’on surfe sur le reef, notamment quand il y a peu de fond.
Quelles sont les limites ?
Le casque ne protège pas de tous les chocs. Mais les modèles légers vont permettre de prévenir la majorité des petits traumatismes qui sont fréquents (coups de dérives ou de nose). Mais si vous arrivez avec un choc puissant, tête contre fond marin, le casque ne va pas forcément être suffisant, rappelle le Dr Guillaume Barucq.
Est-ce inconfortable ?
Argument souvent avancé par les surfeurs, plus par à priori que par expérience. Or les marques ont beaucoup travaillé sur ce point aujourd’hui et le confort est réellement optimisé.
Est-ce que ça affecte les sensations ?
Autre crainte récurrente, que balaie Justine Dupont, interviewée par Surfession. « Je me suis habituée, ça fait partie de l’ensemble. Je pars du principe que le matériel existe, il ne me gêne pas et ne m’empêche pas de performer. Donc si ça augmente ma sécurité et que ça ne m’empêche pas de performer, le rapport est intéressant pour moi » ajoute-t-elle.
Est-ce qu’on a l’air idiot avec ?
Point hautement subjectif, surtout pour une pratique où l’image compte. Gardons seulement en tête que les mêmes à priori ont longtemps trainé dans d’autres sports. Du VTT au skate en passant par le snowboard… et que les choses ont bien changé au fil des années, la sécurité étant enfin prise en compte. L’amélioration de la technologie et du design des casques y est aussi pour beaucoup.
Comment bien choisir son casque ?
Un casque mal adapté va rester au placard, dont optez pour un modèle réunissant ces 3 critères principaux :
Léger. Trop gros, il va être inconfortable. Vous risquez d’avoir mal au cou voire d’avoir une entorse cervicale. Optez pour un modèle à votre taille qui va vous protéger sans gêner votre évolution et sans nuire à son équilibre.
Protégeant bien vos oreilles. Le centre de l’équilibre est dans l’oreille. Il faut donc que votre casque la protège. Mais vous avez également besoin de bien entendre ce qui se passe autour et de conserver votre équilibre.
Abordable. On trouve aujourd’hui des modèles très accessibles, à partir de 30 euros pour les modèles les plus légers. Efficaces, accessibles… désormais vous n’avez plus de raisons de faire l’impasse sur le casque !
Et pour ceux qui ne seraient pas encore convaincus, voir le témoignage de Jamie O'Brien
Né à Kahuku sur le North Shore d'Oahu à Hawaï, d'un père sauveteur, il a grandi du côté de Banzai Pipeline. C'est l'un des meilleurs surfeurs de ce spot majeur.
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