Sept ans qu’on attendait cette compétition de surf pro ! L’une des plus prestigieuses au monde, l’une des plus rares aussi - qui ne se tient à Hawaï que lorsque toutes les vagues atteignent au moins neuf mètres - et… sur invitation. Le vainqueur, cette année de la Eddie Aikau Big Wave Invitational ? Pas John John Florence, double champion de la WSL, ni Billy Kemper ou Kai Lenny, mais un « life guard », qui y a participé entre deux tours de garde !
Normalement, dimanche dernier, Luke Shepardson, 27 ans, aurait dû être de garde sur la côte nord d'Oahu. Son job ? Maître-nageur-sauveteur pour la ville et le comté d'Honolulu. Mais il se trouve qu’il est aussi surfeur de haut niveau et qu’il avait obtenu une invitation pour le Eddie Aikau Big Wave Invitational. Le genre d’invitation qu’on ne refuse pas : le « Super Bowl » des surfeurs de grosses vagues n'avait pas eu lieu depuis 2016 ! Et le nombre de participants, tous invités, est limité : quarante cette année.
En pro consciencieux, il a assuré son tour de garde, puis il a pagayé dans la houle déjà très forte de Waimea Bay pour participer à l'événement. Bien lui en pris, il a réussi à prendre une série de vagues monstrueuses - dont une de plus de neuf mètres. De quoi lui assurer le meilleur score de l’épreuve, soit 89,1 points. Presque la perfection, le maximum possible étant 90. De quoi aussi lui permettre d’arracher la victoire ( et 10 000 dollars de prix ) au champion en titre, John John Florence.
Honolulu City & County Lifeguard Luke Shepardson wins the 2023 Eddie Aikau Big Wave Invitational Championship ▪️ @KHONnews' @chrislatronic caught up with the champ following the announcement https://t.co/GkBMcle9AN Stay 2/ #KHON2 for more coverage throughout the evening 🤙🏽 pic.twitter.com/ecWT1OnTot
— Rob DeMello (@RobDeMelloKHON) January 23, 2023
Pour la remise des prix, à laquelle assistaient Kelly Slater, Bruce Irons et Ross Clarke Jones,, Luke Shepardson est monté sur le podium en toute simplicité, vêtu de son uniforme de travail - une chemise jaune de sauveteur et un short de surf rouge - apparemment encore surpris lui-même par sa victoire
"Je me suis dit que si on m’avait invité, c’est que j’avais des chances de gagner", a-t-il déclaré à un journaliste de la télévision locale. "C'est ce que je me suis répété toute la journée. C’était super effrayant, les vagues étaient énormes. Faire partie de la Eddie, c'est un rêve qui devient réalité ! D’abord d'être sur la liste des suppléants, et puis d'y être enfin. Je n'arrive encore pas à y croire, c'est fou !" Dans la foulée, le maître-nageur-sauveteur a ajouté que sa journée de travail n'était pas terminée - il lui fallait retourner à son poste au plus vite pour « s'assurer que tout va bien jusqu'à la fin de la journée."
🌊🏄🏼♂️ Yesterday North Shore on-duty lifeguard Luke Shepardson won the Eddie at #waimea in front of his home crowd ✌️ What a memorable day of surfing celebrating the legacy of Eddie Aikau#surfer #surfing
— Gary Cowabunga (@gary_icloud) January 23, 2023
@petenajarian pic.twitter.com/fl7etdaeMP
Une happy end on ne peut plus approprié quand on sait que cette compétition hors norme doit son surnom « The Eddie », à une opération de sauvetage historique. À la fois tournoi de surf et événement culturel, l'homonyme de la compétition, le légendaire surfeur hawaïen Eddie Aikau, aurait été le premier maître-nageur à patrouiller le dangereux North Shore de l'île. L’homme, qui a sauvé plus de 500 personnes au cours de sa carrière, a trouvé la mort en 1978 en tentant de venir en aide à l'équipage d'un canoë, son corps n'a jamais été retrouvé. Pour honorer sa mémoire, la famille Aikau a donc lancé cette compétition en 1984. Mais elle ne peut se tenir que lorsque les vagues atteignent un minimum de neuf mètres à Waimea Bay pendant une durée suffisamment longue pour que les meilleurs professionnels puissent venir - des conditions qui exigent une combinaison parfaite de houle, de vent et de soleil. L’édition 2023 n'était donc que la dixième en près de quarante ans !
La compétition donne habituellement aux surfeurs 48 heures pour se rendre à Hawaï si les vagues sont suffisamment bonnes. Cela n'était pas arrivé depuis sept ans, et pour l'édition 2023, ce n’était pas gagné. Depuis plus une semaine, d'aussi loin que le Portugal, on suivait de près les énormes tempêtes traversant le Pacifique Nord pour voir si elles allaient produire les big waves requises par le concours. Peu après avoir avancé début janvier que l'événement aurait lieu cette année, les organisateurs l'ont annulé après que la houle annoncée se soit révélée plus faible que prévu. Ils ont reporté l'événement du 10 janvier au 22 janvier.
Ce report a joué en faveur de l’affluence : environ 50 000 spectateurs se sont massés ce jour-là sur la plage de Waimea Bay pour scruter les vagues. La liste des surfeurs était particulièrement impressionnante. On comptait John John Florence, bien sûr, mais aussi le duo père et fils Mason et Michael Ho. Sans parler de champions de surf de gros tels que Billy Kemper ou Kai Lenny, pour ne citer qu’eux."On a tous eu des posters d'Eddie Aikau dans nos chambres d’ados, alors avoir l'occasion d'aller surfer pour Eddie et son Ohana (famille, ndrl), les Aikaus, c’était un pur rêve devenu réalité pour moi", raconte Kai Lenny au New York Times. Aujourd'hui, la famille Aikau sélectionne elle-même les surfeurs invités à concourir. Selon la North Shore Lifeguard Association, Luke Shepardson faisait partie des trois sauveteurs sélectionnés, aux côtés de Dave Wassel et de Joe Cadiz.
A noter que l'édition 2023 a marqué une première historique pour la compétition : six femmes ont été invitées à surfer : Makani Adric, Paige Alms, Justine Dupont, Emily Erickson, Keala Kennelly (concurrente suppléante seulement lors de l'édition 2016) et Andrea Moller. Cette dernière est ainsi devenue la première femme à attraper une vague dans l'histoire de l'événement. Jusque-là, explique à NBC News K. Mindy Pennybacker, chroniqueuse au Honolulu Star-Advertiser, dans le milieu du surf on supposait que Waimea était simplement trop dangereux pour les surfeuses. "Alors voir des femmes - pas seulement des femmes qui surfent à Waimea, mais des femmes et des hommes qui partagent le même événement, dans le respect mutuel et l'égalité – j’adore cette idée » dit-elle.
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