Pour limiter l’accès au célèbre site américain, un système de quota et de réservation avait été mis en place pendant la pandémie. Après trois étés consécutifs, l’expérience prend fin. C’est donc la porte ouverte au retour de la surfréquentation. Une décision qui questionne, à l’heure où en France, dans les Calanques comme en Corse, sont testées de nouvelles expériences de contrôle des flux.
Les visiteurs qui se rendront au parc national de Yosemite, en Californie, l’été prochain n'auront plus besoin de réservation, a annoncé l’administration sur Twitter le 15 novembre dernier. La pandémie ayant attiré un nombre record de touristes, le système avait été mis en place en juin 2020 pour éviter la surfréquentation du site dans un contexte sanitaire sensible. Dans la foulée, d'autres parcs lui avaient emboîté le pas : Arches, Glacier, Zion Rocky Mountain, Shenandoah et même Acadia ont demandé aux visiteurs de réserver plusieurs jours, voire semaines, à l'avance. Sans surprise, le Yosemite a reconduit son expérience en 2021, puis en 2022, à cause des nombreux projets de construction en cours. Mais dès 2023, moyennant finance – les accès aux parcs nationaux américains sont payants – on pourra donc accéder à nouveau sans limites à l’un des plus beaux sites du continent.
Sans doute l’un des plus médiatisés, mais pas le plus visité - 2021, Yosemite a accueilli environ 3,3 millions de personnes, contre 5 millions pour le Zion, dans l’Utah, et 14,1 millions pour le Great Smoky dans le Tennessee. Le parc semble donc avoir de la marge en termes de fréquentation et fait un pari que certains jugent osé : avec la fin de la pandémie, l’enthousiasme pour les grands espaces devrait retomber. Dès lors, il serait possible d’ouvrir à nouveau les visites sans réservation et sans générer d’afflux ingérables. Voire s’inquiètent certains. Mark Rose, représentant de l’association pour la préservation des parcs naturels ne cache pas sa déception « Nous ne voulons pas que l'on revienne à l'époque où il fallait faire la queue pendant des heures avant d'emprunter des sentiers surpeuplés ». De nombreux visiteurs semblent être de son avis, soutiennent ce système de réservation et aimeraient qu’il perdure.
Des réservations pour les sites les plus visités du parc ?
A l’opposé, d’autres se réjouissent, car selon eux la visite était devenue moins spontanée et plus difficile à planifier. Sans parler bien sûr de tous ceux, qui, business oblige, soutiennent que la fin du dispositif va renforcer l’attractivité du site et favoriser la reprise économique du secteur touristique local. Un élément important selon eux, dans un contexte de récession mondiale. Argument que le National Park Service (NPS) s’empresse de nuancer car l’administration entend bien tirer des leçons de ces trois dernières années et élaborer une solution en collaboration avec les entreprises locales et le public pour déterminer la meilleure façon de gérer l’affluence à l'avenir. Entre autres options envisagées, des réservations pour les sites les plus visités. Une tactique que des parcs comme Zion et Acadia ont adoptée pour faire face à un nombre record de visiteurs.
Aux Etats-Unis comme en France, force est de constater qu’on tatonne donc face à une surfréquentation qu’on espère éphémère. Sans trop y croire quand même. Du 10 juillet au 21 août dernier, au plus fort de la saison touristique, l’accès à la calanque Sugiton à côté de Marseille, était limité pour la première fois à 400 personnes par jour contre 2500 habituellement. Soit une baisse de la fréquentation de 84%. Un chiffre qui est encore loin du nombre de réservations optimal pour la préservation du site, qui s’élève à 200 places par jour. La mesure aurait été plutôt bien perçue, tant les effets néfastes de la surfréquentation sont évidents. L’érosion des sols, largement accélérée par le piétinement menaçant la pinède et la pousse des végétaux. Par extension c’est toute la biodiversité locale qui est en grave danger.
Dernier tabou, la gratuité de l'accès à la nature
Le Parc national des Calanques (PNdC) devrait rendre très prochainement un bilan de l’expérimentation et statuer sur l’avenir du dispositif. La surfréquentation est l’un des chantiers qui attend Gaëlle Berthaud, nouvelle directrice depuis septembre 2022. Nul doute que ses conclusions seront suivies de près par d’autres sites français. En Corse, notamment, où le lac sur les îles Lavezzi, les aiguilles de Bavella et les gorges de Restonica ont également fait l’objet cet été de restrictions. Ces deux initiatives, très médiatisées, font suite à d’autres dispositifs antérieurs, comme dans les parcs nationaux du Mercantour et de Port-Cros. Là comme ailleurs, la prudence est de mise et l’heure reste plus aux développement des quotas qu’à l’ouverture des vannes. Car, contrairement aux Etat-Unis, où le ticket d’entrée est en soi une vraie limitation, la plupart de nos sites naturels publics français sont en accès gratuit afin que tous puissent y accéder. Après l’accès libre à la nature, la gratuité, dernier tabou ? Le débat sur ce sujet très sensible est ouvert depuis quelques années déjà. Pour répondre au manque de financement des parcs nationaux, certains spécialistes planchent sur l’instauration de droits d’accès à certaines zones naturelles protégées. Ils restent heureusement minoritaires. Pour l’instant.
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