En décembre 2025, Fundo Puchegüín, un territoire de 133 000 hectares de nature vierge niché au cœur du district de Cochamó, a été acquis pour 63 millions de dollars, marquant une étape majeure dans la protection de ce joyau de la Patagonie chilienne. Cette réussite est le fruit d’une initiative locale, Conserva Puchegüín, devenue, en août 2025, la Fondation Conserva Puchegüín, une organisation chilienne à but non lucratif désormais propriétaire des terres. À sa tête, Puelo Patagonia, en partenariat avec Patagonia, Inc., The Nature Conservancy (TNC), Freyja Foundation, et la Wyss Foundation.
La protection de Fundo Puchegüín est aujourd’hui saluée comme une victoire pour cette vallée chilienne. Pourtant, il y a trois ans, rien ne laissait présager un tel dénouement. En 2022, Fundo Puchegüín est mis en vente par son ancien propriétaire sur Christie’s International Real Estate, plateforme immobilière de prestige affiliée à la célèbre maison de ventes aux enchères du même nom. Derrière l’annonce se trouve l’homme d’affaires Roberto Hagemann, également associé à l’ancien projet hydroélectrique Mediterráneo sur le río Manso — un projet controversé de 400 millions de dollars qui avait profondément divisé la région en 2012. Pour les habitants et les défenseurs de l’environnement, voir 133 000 hectares — près d’un tiers de la superficie communale de Cochamó — proposés sur le marché international fait craindre un retour en arrière, voire la relance de projets d’envergure auxquels ils s’opposent depuis des années, comme la construction de résidences de luxe ou l’aménagement de routes bétonnées traversant la vallée. La réaction est immédiate. L'annonce déclenche une mobilisation sans précédent, à la fois locale et internationale. En l’espace de deux ans, 78 millions de dollars sont réunis grâce à l’engagement de grandes fondations et de centaines de donateurs individuels déterminés à faire de ces terres un patrimoine naturel et culturel protégé. Le signal est clair : Cochamó n'est pas à céder.
Une protection pour la biodiversité et le climat
Les efforts massifs de mobilisation pour acquérir le Fundo Puchegüín trouvent toute leur justification dans l’importance exceptionnelle de ce territoire, « l’un des endroits les plus époustouflants sur Terre », selon Molly McUsic, présidente de la Wyss Foundation. La vallée de Cochamó n’en représente en réalité que 10 %. Elle relie environ 1,6 million d’hectares d’aires protégées à travers le Chili et l’Argentine, formant l’un des plus grands corridors biologiques d’Amérique latine.
La région abrite des espèces endémiques et menacées : le cerf huemul, emblème figurant sur les armoiries nationales chiliennes, la viscacha de Wolffsohn, la grenouille de Darwin ou encore le monito del monte, l’un des rares marsupiaux sud-américains. Les forêts d’alerce, présentes sur 17 000 hectares de la vallée, comptent parmi les plus anciennes au monde et représentent 11 % des alerces encore présentes sur Terre. Pour Alex Taylor, directeur général de Cox Enterprises, qui a découvert Cochamó en 2025 grâce à Yvon Chouinard, fondateur de Patagonia, « c’est presque comme le centre spirituel de l’univers pour la biodiversité forestière.» «Je ne peux imaginer un endroit plus vierge », racontait-il à The Guardian.
Au‑delà de la biodiversité, Fundo Puchegüín joue un rôle crucial dans la lutte contre le réchauffement climatique : ses 58 000 hectares de forêt primaire, ses tourbières et ses zones humides, qui stockent environ deux fois plus de carbone par hectare que l’Amazonie, font de la protection de ce puits de carbone l’un des objectifs centraux de Conserva Puchegüín.
La suite fondée sur un modèle de conservation participative
Alors que le processus d’enregistrement de la nouvelle propriété est désormais achevé, la vallée entame une nouvelle phase de protection durable, portée par un modèle de gouvernement participatif. Le plan de gestion prévoit que 80 % de Cochamó seront strictement protégés, avec l’ambition de lui conférer un statut de parc national à terme, tandis que 20 % seront destinés à des usages durables : agriculture légère, tourisme à faible impact et activités traditionnelles. Cette approche permet aux communautés locales de continuer à vivre de la vallée tout en préservant ses valeurs écologiques et culturelles, notamment la tradition arriero-gaucho de transhumance à cheval à travers les Andes. Un système limitant le nombre de visiteurs à 15 000 par an a également été mis en place afin de garantir l’intégrité des sites.
C’est un jalon historique, non seulement par la taille de la zone protégée, mais aussi par la manière dont cela a été réalisé : avec participation, transparence et respect des communautés vivant à Cochamó
Andrés Diez, directeur exécutif de Puelo Patagonia
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