C’est chez lui, dans les montagnes du Caucase qu’il affectionnait tant, que le Géorgien Archil Badriashvili a perdu la vie ce week-end. L’alpiniste auréolé d’un Piolet d’or en 2022 aurait été frappé par la foudre dans la descente du Shkhelda (4388 m). Il avait 34 ans.
Samedi 10 août. Archil Badriashvili et trois de ses amis, des alpinistes expérimentés membres d’une équipe de secours en montagne, descendent du Shkhelda (4388 m), un sommet caucasien particulièrement exigeant qu’ils viennent tout juste de gravir. C’est à ce moment-là que les conditions se dégradent. Si bien que très vite, l’orage se met à gronder. Soudain, la foudre tombe, frappe Archil Badriashvili et le fait chuter de l’arête sur laquelle il se trouve.
Prévenus dans les foulées, les secours ne pourront pas atteindre la zone avant le lendemain. La faute à une météo désastreuse rendant impossible le vol de l’hélicoptère qui, une fois sur place, fera le constat du décès de l’alpiniste géorgien.
L’un des guides les plus reconnus de son pays
Adepte de premières en style alpin, Archil Badriashvili a commencé à faire parler de lui en 2017. Année où il a décidé de délaisser ses très chères montagnes du Caucase, sur lesquelles il avait fait ses armes, jusqu’à devenir l’un des guides les plus reconnus de son pays, pour l’Himalaya. Là-bas, il va signer la première du Larkya (6416 m), un sommet voisin du Manaslu (8163 m), aux côtés de ses compatriotes Baqar Gelashvili et Giorgi Tepnadze.
Toujours accompagné des mêmes compagnons de cordée, il va, deux ans après, réaliser un beau doublé : le Pangpoche I (6620 m) et le Pangpoche II (6504 m). Des premières qui lui permettent d’inscrire définitivement son nom dans l’histoire de l’alpinisme.
Le Saraghrar, une première témoignant d’un haut niveau d’engagement
Une ascension va propulser Archil Badriashvili au rang de star nationale dans son pays : la première du Saraghrar (7300 m), réalisée avec ses compères des débuts, Baqar Gelashvili et Giorgi Tepnadze à l’automne 2021. « À la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan, la vallée de Rosh Gol est l'un des trésors oubliés de l'Hindu Kush » racontait l’alpiniste peu après son exploit. « C'est un endroit magnifique entouré de quatre sommets escarpés entre 6 000 et 7 000 mètres. L'imposante montagne Saraghrar compte plus d'une poignée de sommets (dont le principal s'élève à 7 349 m) qui ressemble à une couronne. Le seul sommet non gravi était le point NW, à 7 300 m. On aperçoit sa beauté exceptionnelle depuis la vallée. La face NW semblait logique et a attiré notre attention dès le premier regard ».
Cette première de grande ampleur leur vaudra un Piolet d’or, la plus grande distinction dans le monde de l’alpinisme. Le jury a d’ailleurs félicité « une approche by fair means, une face jamais tentée auparavant, une petite équipe, une longue ascension de neuf jours dans un pur style alpin avec des difficultés techniques importantes au-dessus de 6 200 mètres d’altitude, un passage-clé entre 6 750 mètres et 7 000 mètres ainsi qu’un haut niveau d’engagement ».
À noter qu’après leur ascension, les trois Géorgiens, tout juste arrivés au camp de base, ont participé au sauvetage d’une cordée en difficulté sur un sommet voisin. Leur soutien fut décisif.
Un printemps prolifique en Inde
Archil Badriashvili avait une nouvelle fois fait parler de lui au printemps dernier en ramenant deux belles ascensions de l’Inde. Aux côtés du Français Manu Pellissier et du Slovène Marko Prezelj cette fois-ci. Tous les trois, partis pour explorer la face Sud du Nanda Devi (7816 m), avaient finalement signé la première du Nanda Shori (6344 m) ainsi que l’ouverture d’un couloir sur le Changush (6322 m).
« From Georgia to the Hindu Kush », un podcast pour apprendre davantage sur Archil Badriashvili (en anglais)
L’alpiniste, interrogé par Dougald MacDonald, rédacteur en chef de l’American Alpine Journal, revient sur son ascension du Saraghrar qui lui a valu un Piolet d’or en 2022. Mais aussi sur son enfance et sur sa vie au rythme de ses entraînements chez lui, dans les montagnes du Caucase, ce « petit Himalaya », comme il aimait les surnommer, qu’il affectionnait tant.
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